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Chap 13 - Ep 29 | Inquiétude dans le noir

 :: Chapitre 13
Sam 6 Oct - 9:42


↞ Chapitre 13 - Épisode 29 ↠
Inquiétude dans le noir
Liam - Misako
Liam regarda sa montre, levant ensuite les yeux sur la file de personnes qui le séparait des douanes japonaises. Il aurait peut-être le temps, finalement, mais il n'avait aucune idée de la circulation dans Tokyo. Mais il se doutait que, comme dans toutes les très grandes métropoles, c'était un joli petit enfer. Il eut un soupir et regarda autour de lui, en homme pressé qu'il était. Il n'aimait pas être aussi juste en temps. Ça lui était insupportable. Mais il n'avait guère le choix à priori. Il prit son téléphone, et regarda machinalement ses derniers mails, avançant lentement dans la file, jusqu'à ce que se soit enfin son tour. Une fois la frontière passé, il se mit en quête d'un taxi, traînant sa petite valise cabine derrière lui. Il eut un bref temps d'arrêt et un soupir en passant les portes coulissante de l'aéroport, face à la pluie drue qui tombait au dehors. Il ne manquait plus que ça...

C'était la troisième fois qu'il venait au Japon, mais bien la première qu'il y venait seul. C'était bizarre de voyager ainsi seul, alors qu'il n'en avait plus du tout l'habitude. Cela lui rappelait une époque fort lointaine... Il se perdit dans ses souvenir en contemplant le paysage urbain nocturne, derrière la vitre qui se couvrait d'eau de pluie. C'était presque sinistre... Si on enlevait bien sûr toutes les lumières de la ville. Tokyo était sans doute la ville le plus lumineuse de nuit, avec tout ses panneaux publicitaires et autres... Peut-être qu'il aurait apprécié la balade s'il ne venait pas pour un sujet aussi sérieux... Mais le fait est qu'il n'avait pas vraiment le cœur à apprécié l'endroit... Le taxi s'enfonça finalement dans un quartier plus typique, plus sombre aussi. Des lampions en guirlande pendaient aux devantures de bois sombres et basses. Certaines des rues étaient impraticables pour une voiture et il savait que c'était dans l'une de celle-là qu'il devait aller...

Bientôt, le taxi s'arrêta devant une ruelle en pente douce, au sol pavé, étroite. Il lui indiqua que c'était là, un peu plus haut. Liam le remercia, le paya, et sorti du véhicule avec sa petite valise. Il n'avait pas de parapluie. Il resta un instant planté là, à examiner la ruelle, regardant le taxi partir du coin de l'oeil, avant de finalement commencer son ascension. Le journal qu'il avait prit à l'aéroport ne lui offrit qu'une piètre protection contre la pluie, mais il n'avait rien d'autre. Il hésita face à une longue façade de bois et poursuivit son chemin, se maudissant pour ne pas connaître un peu mieux le japonais. Finalement, une maison dont la porte était encadré de deux lampions rouge attira son attention. La porte d'entrée, protégée par un large porche, était encadré de deux bandeaux de papier de riz, ou il ne savait trop quelle matière permettant de laisser passer la lumière sans que l'on ne voit rien de l'intérieur, pas même une ombre. Sacré tour de passe passe. Il fit teinté la cloche, et attendit, regardant la pluie dégringolé du ciel d'un noir d'encre. Il faillit sonné à nouveau, quand finalement, la porte s'ouvrit enfin et il fut soulagé de voir qu'il était au bon endroit. Après un soupir, il joignit les mains devant lui et s'inclina poliment, comme le voulait la tradition.  

L - Misako-san...
M - Liam-san... le salua-t-elle de la même façon. Entres, je t'en prie...
L - Merci...

La japonaise s'effaça de l'entrée et Liam s'engouffra à l'intérieur, la laissant refermer la porte. Il s'empressa d'enlever ses chaussures et ses chaussettes, acceptant ensuite avec délice la serviette chaude que lui présenta Misako avec un léger sourire. Elle prit sa veste de costume trempée en échange et la suspendit sur un cintre pour la faire sécher. La maison était étrangement calme, mais chaleureuse. Il y avait peu de lumière. Le sol des couloirs était en parquet d'un caramel sombre, les murs de séparation, pour certains, dans le même bois. Pour d'autres, ils étaient dans cette même matière que la porte, ce que Liam avait toujours appelé du papier de riz, tout simplement car il ignorait le nom de cette matière. En attendant, ces panneaux semblaient tous être coulissants. Du petit hall carré en jonc de mer partait un long couloir. Il desservait deux pièces à droite et à gauche, menait à un escalier et au fond, desservait une dernière pièce. Seule la pièce de droite était éclairé. Une lumière chaude filtrait par les panneaux de papier. Le reste était plongé dans une froide pénombre mais qui n'était pas pour autant effrayante. Misako monta la marche qui séparait le hall du reste et poussa le panneau coulissant de la pièce éclairée, invitant Liam à la suivre, ce qu'il fit.

Le sol était en tatamis typique. Sur le mur de façade, une fenêtre recouverte d'un panneau de bois percé de motif laissait entrapercevoir la rue. Mais de dehors, impossible de voir l'intérieur. Cependant en face de la porte, les vastes panneaux qui devaient d'habitude garder la pièce fermée, étaient ouvert. Une coursive en bois sombre, abritée par un auvent, précédait un petit jardin japonais, bien propre et taillé. Un petit puits, des arbustes, des graviers ratissé... Un écrin de verdures à la fois sauvage et arrangé. Le bruit de la pluie tombant dans le petit bassin poissonneux avait quelque chose de doux et apaisant. L'air n'était pas froid dans la pièce, ce qui en étonna Liam. Au centre de la pièce, une longue table basse, entourée de coussins à même le sol. A un bout pourtant, un trou carré était aménagé dans le sol et contenait un gros poêle, dont il émanait une douce chaleur. La pièce était éclairée par une multitude de petits lampions suspendu en haut des murs un peu partout. C'était presque enchanteur...

L - Misako-san... Qu'est-ce que c'est que cette matière sur les panneaux coulissants ?

Misako sourit, poliment, et invita d'un geste l'éleveur à prendre place près du poêle, se dirigeant vers le fond de la pièce, ouvrant un nouveau panneau pour prendre un plateau de thé. Tout en faisant cela, elle répondit à la question.

M - Shoju... Les panneaux sont des Shoju et ils sont fait d'une armature de bois et de wagami, ou washi. C'est du papier en fibre de mûrier à papier, ou mûrier de Chine. Les occidentaux l'appellent souvent papier de riz mais ce n'est pas du tout avec cela qu'il est fabriqué.
L - Oh... Je vois...

La japonaise déposa son plateau devant Liam et s'installa en face de lui, commençant à préparé le thé. Liam la regarda faire un moment, fasciné. Il laissa passer quelques minutes avant de reprendre la parole dans un murmure.

L - C'est très calme ici...
M - Oui... Les filles sont en déplacement à Osaka depuis quelques jours. On fait une sorte d'échange avec une autre Okiya, pour qu'elles puissent voir autre chose que Tokyo.
L - C'est plutôt sympa ! Pourquoi tu ne les accompagne pas ?
M - Je m'occupe de la maison et de mon association. Elle est en plein essor et nécessite une présence quotidienne.
L - Je vois. Ce n'est jamais très facile les lancements comme ça...

Elle eut un bref hochement de tête avec un léger sourire, avant de se concentré sur sa cérémonie du thé. Elle faisait cela avec des gestes habituels, mais aussi une très grande attention et l'éleveur ne doutait pas que c'était ce qu'elle faisait à chaque fois, malgré les années écoulé à répéter les même gestes... Elle fini par servir deux petites tasses, avec calme et en prit une de ses deux mains, qu'elle tendit à Liam. Il prit la tasse de ses deux mains, inclinant la tête dans un signe de remerciement auquel elle répondit, avant de prendre sa propre tasse. Elle attendit qu'il ait prit une première gorgée avant de prendre la parole d'une voix douce et calme. Il y avait quelque chose d'apaisant chez elle.

M - Je ne savait pas que tu étais autant au fait de nos us et coutumes...
L - J'ai eu un bon prof.

Ils échangèrent un sourire complice, se replongeant dans leur tasse de thé un instant. Seul le bruit de la pluie venait troublé leur silence. Et encore une fois, c'est la voix douce et murmurante de Misako qui vint troubler les pensées de l'éleveur.

M - Je crois comprendre que c'est pour lui que tu as fait le déplacement jusqu'ici.
L - Oui en effet... Tu es au courant de ce qu'il s'est passé ?
M - Oui, Yennefer m'a appelé pour me mettre au courant et m'annoncer qu'ils partaient pour New York.

Liam eut un bref hochement de tête en se mordant légèrement la lèvre, jouant avec sa tasse de porcelaine verte.

M - Je pense que c'est une bonne idée qu'ils soient parti à New York... Comment les autres ont réagi face à son geste ?

Liam eut un soupir face à la question de la japonaise et releva les yeux sur le rideau de pluie au delà d'elle. Il pinça les lèvres, indécis sur la façon de tourner sa réponse. Finalement, il prit la parole d'un ton légèrement désespéré...

L - Et bien au final, dans l'ensemble, pas très bien. Il a de la colère pour les plus proches et surtout de l'incompréhension chez les autres... Et même un peu de crainte je crois chez d'autres...

Il ne développa pas plus, son regard se perdant dans le vague. Misako, cette maison, appelait vraiment à la confidence. Mais la fatigue et la frustration étaient encore trop présentent pour qu'il se laisse aller à ce genre de chose et la japonaise le comprit d'un seul coup d’œil.  

M - On en reparlera demain matin, le voyage a été long. Je vais te montré ta chambre.
L - Merci...

Misako l'entraîna à l'étage jusqu'à une petite chambre toute simple. Elle lui expliqua qu'elle était destinée aux invitées de passage et que se serait bien la première fois qu'un étranger tel que lui séjournerait ici. Il s'en sentit flatté. A vrai dire, connaissant les coutumes de l'Okiya, il avait proposé de prendre un hôtel, mais Misako avait insisté pour qu'il vienne directement chez elle, et il ne s'était pas sentit de refuser.

M - Je vais préparer quelque chose à manger. Mets toi à l'aise, je serais en bas, dans la même pièce que tout à l'heure.
L - Merci... Merci beaucoup Misako-san...

Elle le salua d'un léger sourire avant de regagner le rez de chaussée, laissant Liam seul. Tout d'un coup, la tension accumulé ces dernières semaines lui tomba sur les épaules, l'épuisant d'un coup. Il s'assit sur le futon, la tête dans ses mains, restant ainsi un instant, le temps de reprendre ses esprits. Il fallait qu'il se ressaisisse de toute façon...

L - Aller Liam... souffla-t-il.

Il se releva et farfouilla dans sa valise quelque chose de plus confortable que son jean et sa chemise blanche avant de rejoindre Misako...

* * *

La lumière grise de l'aube donnait une toute autre dimension au lieu. Sans bruit, au matin, la maison semblait plus froide. Liam se leva à pas de loup et enfila un jogging ainsi qu'un t-shirt, avant de descendre l'escalier, prenant garde à ne pas faire de bruit. Il se glissa dans la pièce qui devait être l'un des salons. Par curiosité, il avait jeté un coup d’œil à la pièce de gauche : elle était beaucoup moins formelle, contenait plus de coussins et de meubles ainsi que diverses affaires plus ou moins abandonnées. Le salon dans lequel il passait son temps devait être celui des visiteurs, plus officiel. Misako n'était pas en bas, tout était calme. L'éleveur commença par rallumé le feu dans le poêle et ouvrit les panneaux donnant sur le jardin. Il avait cessé de pleuvoir mais l'air était tout de même humide et frais. Mais malgré la fraîcheur, l'éleveur laissa les panneaux ouvert. Il resta là un instant, à contempler le jardin qui avait perdu un peu de son hypnotisme mais pas de sa magie. Il était toujours aussi apaisant, à la fois sauvage et bien rangé, mais sous cette lumière, il était également un peu plus mystérieux.

Après un soupir, il se dirigea vers la cuisine et ouvrit le panneau qui la séparait de son salon avec une certaine curiosité. Misako avait refusé qu'il l'aide pour quoi que se soit la veille et il n'avait donc rien vu de cet espace. La veille, il l'avait cependant trouvé très sombre, car aucune lumière n'avait été allumé, hormis celle qui semblait venir d'un autre poêle. Mais au matin, c'était tout autre, et finalement très lumineux. La cuisine se présentait sous la forme d'un long couloir sur lequel s'alignait les éléments de cuisine, un peu vieillot mais très propres. Le sol, en contrebas -il y avait des marches partout dans cette maison de toute façon, qui délimitaient chaque espace- était pavé de tomette couleur brique, serrées les unes aux autres. Un puits de jour, qui traversait toute la maison et éclairait chaque étage au niveau du palier de l'escalier, tombait devant la hotte qui surplombait une grande cuisinière à beaucoup de feux et deux fours, vraisemblablement au gaz. Si Kwaïgon avait apprit à cuisiner ici, il devait être bien malheureux avec ce qu'ils avaient au Haras... A chaque extrémités de la pièce se trouvait des portes à demi vitrée. Celle côté salon des filles -c'est ainsi que Liam l'appelait dans sa tête- donnait sur un espace clos, plus petit que le jardin japonais, ou plusieurs fils étaient tendu en l'air, sans doute pour étendre le linge, et qui servait également de réserve de bois pour les poêles. De l'autre côté, la porte donnait sur la coursive qui entourait en parti le jardin et qui ; maintenant qu'il était de jour, Liam le voyait ; donnait sur une sorte de petite grange. D'après ce que Liam en déduisait, ce devait être la buanderie ou quelque chose dans le même genre...

La cuisine contenait des ustensiles assez vieux en apparence, mais rien qui n'était un mystère pour l'éleveur. Il ouvrit les placards, à la recherche de ce qu'il voulait, et ne tarda pas à trouver de quoi faire du café. Il s'attela à la tâche, surveillant au dessus du plus petit feu de la grande gazinière la progression de son café dans la petite cafetière italienne. Il en rempli une tasse avant de se diriger doucement vers le salon, se postant à même le sol à la limite du salon, devant la coursive. Il commença à siroter son café, toujours sans faire de bruit, et fut un peu surprit de voir Misako rentrer par la porte d'entrée. Il ne l'avait même pas entendu se lever ! A vrai dire, il avait dormi d'un sommeil lourd et sans rêve, ce qui était loin d'être habituel chez lui. Cette maison avait peut-être bien un certain pouvoir finalement... Misako portait un jean et un chemisier bleu sous une veste en cuir. Elle faisait très moderne et jeune, malgré ses cheveux relevé en chignon. Cela contrastait beaucoup avec la Misako qu'il avait vu la veille, ou au Haras, toujours en kimono. Il en fut tellement surprit qu'il resta ébahie alors qu'elle entrait dans le salon après avoir enlevé ses chaussures et sa veste, les mains pleines de sachet en papier, et sourire aux lèvres.

M - Bonjour ! Tu as bien dormi ?
L - Ou.. Oui... Oui... Très bien merci...
M - Parfait !

La japonaise s'avança et déposa sur la table basse ses sacs en papier, avant d'aller jusqu'à la cuisine tout en poursuivant d'un ton joyeux.

M - J'ai été chercher le petit déjeuner ! Je ne voulais pas faire de bruit et risquer de te réveiller. J'espère que tu n'as rien contre les petits déjeuner salés ?
L - Euh... Non... Rien du tout...

Avec une certaine hésitation, l'éleveur se leva et s'approcha de la table, sa tasse de café à la main. Il entendait Misako dans la cuisine, qui ouvrait des placards et prenait des choses.

M - Installes toi !

Liam s'exécuta, se remettant à la même place que la veille, et entreprit de vider les sacs en papier, avec une certaine lenteur. Misako ne tarda pas à revenir, un plateau chargé dans les mains. Elle le déposa en bout de table avant de le vider, déposant baguette et bol devant lui, ainsi que diverses sauces dans de petites bouteilles et son éternel thé. Une fois la table remplie, Liam regarda attentivement tout ce qu'il y avait, n'arrivant pas vraiment à tout reconnaître. Misako dû le lire dans son regard car elle attrapa ses baguettes et entreprit de lui expliquer le contenu des barquettes tout en lui montrant.

M - Alors, on a ici la base, le riz vinaigré. Ensuite tu as ici de la soupe miso avec des algues et des champignons... Du saumon grillé, des concombre en demi rondelles, des poivrons mariné et des radis en saumure... Et ici, des œufs en omelette japonaise. Tu mets dans ton bol ce que tu veux et tu manges dans l'ordre de préférence... Tu connais le principe des repas japonais ?
L - Oui... Pleins de petits plats servi en même temps.
M - Exactement. Et si jamais tu aimes ça, j'ai aussi du tofu grillé.
L - Non merci, sans façon...
M - Je m'en doutais !

La japonaise sourit, se servant un peu de riz dans son bol, avant d'y ajouter plusieurs ingrédients et remuer joyeusement le tout.

M - Tu n'as pas eu de mal à trouver le café ?
L - Non du tout... J'avoue que j'ai tout ouvert mais ça été.
M - Tu as bien fait.
L - Je ne me doutais pas que vous étiez si bien équipé ! Kwai a apprit à cuisiner ici ?

Liam imita Misako, se servant d'un peu de tout, mais avec un peu plus d'hésitation qu'elle, l'interrogeant souvent du regard.

M - Non, du tout... Il savait déjà plutôt bien cuisiner quand je l'ai rencontré, malgré son jeune âge...
L - Il avait quel âge quand tu l'as rencontré ? demanda-t-il en fronçant les sourcils.
M - Quinze ans... Presque seize.

Liam eut un temps d'arrêt, son morceau de poisson se retrouvant suspendu entre son bol et ses lèvres. Il n'en savait absolument rien et il avait toujours cru qu'ils se connaissaient depuis longtemps mais pas... Aussi longtemps.

L - En effet tu le connais bien...
M - On peut dire ça oui...

La japonaise lui servit un fin sourire et pendant un moment ensuite, ils mangèrent en silence. Au dehors, la lumière grise de l'aube se fit plus chaude, au fur et à mesure que le soleil se levait au dessus de la ville. Des teintes plus vives parvenaient au regard de l'éleveur. Le rouge de l'érable du Japon se fit plus vif, le vert des autres feuillages plus lumineux... C'était comme si le jardin se remplissait de vie et que le mystère qui habitait ses ombres se dissipait en même temps que le soleil l'inondait. Malgré tout, une ombre

L - Il a passé beaucoup de temps ici ? Quand... Quand il était dans le clan...
M - Oui pas mal de temps... De plus en plus à partir du moment où je suis devenue Okasan. Il nous a beaucoup aidé financièrement, et apportait aussi un petit truc en plus dans le quotidien de l'Okiya. Il est vite devenu comme un frère pour les jeunes Maïkos et aussi pour les Geisha que j'avais avec moi... Il a connu des hauts et des bas et... Ici c'était une sorte de refuge pour lui. Un endroit où se retirer pour apaiser son âme... La vie au sein du clan n'était pas facile.
L - Il ne nous en parle pratiquement jamais...
M - Et je peux comprendre pourquoi... Il a vécu plus de drames qu'autre chose. Il est normal qu'il ne veille pas les revivre.
L - Mais dans ce cas, pourquoi avoir reprit le clan ?

Misako eut un léger sourire face à l'incompréhension de l'éleveur. Elle termina sa bouchée avant de répondre avec douceur.

M - Parce qu'il se sent responsable des gens qui travaillent pour le clan. Il a été presque tout de suite formé pour être l'un des leaders du clan, il a toujours été une référence pour ces gens et apprécié de tous ou presque... Ils lui font confiance et il se sent responsable de cette confiance qu'ils lui accordent. Et il fera tout ce qui est en son pouvoir pour les sauver, d'une façon ou d'une autre...

Elle fit une légère pause avant de reprendre doucement.

M - Malgré toutes les horreurs qu'il a vécu à cause du clan, il n'empêche qu'il n'a connu que cela pendant une dizaine d'année voir plus. Et pendant tout ce temps là, le clan a été sa seule famille... Il est normal qu'il veille prendre soin de sa famille... Même si cette dernière compte des centaines de membres...
L - Ouai... Je comprends...

A nouveau, ils mangèrent un moment en silence alors que la ville se réveillait doucement, les premiers bruits d'activité leur parvenant comme étouffés par le jardin. Liam se rendit compte qu'il n'avait aucune idée de l'heure qu'il était, mais il ne s'en inquiétait pas vraiment. C'est finalement Misako, après s'être servi un bol de soupe, qui reprit la parole avec un peu plus de sérieux.

M - Alors dis moi... Comment tu te sens ?

A son regard, Liam comprit bien que la question n'était pas dirigé vers son état à l'instant présent, mais sur ce qu'il ressentait face au geste du coréen. Il prit le temps de terminer sa bouchée de riz et de prendre une gorgée de son café avant de répondre, réfléchissant également à ses mots de cette façon. Misako attendit patiemment qu'il se lance, sachant pertinemment que ce n'était pas forcément facile de mettre des mots sur ses sentiments...

L - J'avoue que je suis complètement démuni... Je... Je n'ai pas comprit pourquoi. Je n'ai pas su voir. D'un côté c'est énervant mais c'est surtout envers moi-même que je suis en colère... De ne pas avoir vu alors que je le côtoie tous les jours... De ne pas avoir su le convaincre de rester, de le soutenir comme il se doit et... De comprendre. Mais... Face à toute la colère et la frustration des autres, qui doivent sans doute partager les même sentiments que moi, je me devais de refouler tout ça mais... Je n'ai quand même pas su trouver les solutions...

Misako hocha doucement de la tête, laissant un instant à Liam pour faire face à ses pensées. Il avait effectivement l'air démuni, et soudain très las, comme si la nuit qu'il venait de faire datait de plusieurs jours avant cela...

M - Tu ne dois pas t'en vouloir pour ce qu'il s'est passé. C'est un très bon acteur et il a toujours refoulé au fond de lui ses sentiments... C'est ainsi qu'il fonctionne. Il garde tout pour lui, sauf qu'un jour, il y a un risque que tout explose... C'est toujours une bombe à retardement. Depuis qu'il a rencontré Yennefer cependant, il s'ouvre un peu plus...
L - Tu veux dire que c'était inévitable ? Que personne n'aurait pu rien faire ? Pourtant on a tous vu à quel point la mort de Nobu l'a affecté... On aurait dû s'en douter...
M - Comment auriez-vous pu ? Comment était-il en revenant du Japon ?
L - Triste mais...
M - Mais... ?

L'éleveur soupira, en se rendant compte que Misako avait raison. Le coréen était trop bon acteur et aucun d'eux n'avait son regard pour déceler la moindre petite anomalie...

L - Triste mais normal.

Misako acquiesça, en se pinçant légèrement les lèvres, comme désolée.

M - Il ne faut pas t'en vouloir, mais je comprends ta colère. Je l'ai été également par le passé, pour les même raisons...

Liam releva la tête, étonné.

L - Il a déjà essayé de... ?
M - Pas tout à fait. L'idée lui a traversé l'esprit mais il est venu se réfugié ici avant de faire quoi que se soit.
L - Et que s'est il passé ensuite ?
M - Il a passé trois jours ici, à contempler le jardin... Et je l'ai finalement envoyé dans les terres, isolé de tout, dans une maison d'accueil où il a suivi une thérapie...

Liam eut un soupir, ses épaules tombant, comprenant soudain... Il leva brièvement les yeux sur le plafond, avant de revenir sur Misako et reprendre la parole dans un souffle.

L - D'où la bonne idée de New York...
M - Oui... Il sera isolé de ce qu'il connaît... Sans pour autant être livré à lui-même puisque Yen sera à ses côtés... Et il suivra une thérapie. Se sera peut-être plus long cette fois, le traumatisme est plus profond et son esprit est moins malléable... Mais... Il s'en sortira.
L - Tu as l'air sûre de toi...
M - Il faut l'être. Douter de lui ne l'aidera pas. C'est difficile, je le sais, mais le mieux que l'on puisse faire pour l'aider, c'est de rester à son écoute s'il en a besoin, et de le soutenir. Lui rappeler pourquoi il doit se battre subtilement. Et pour cela, il faut être en paix avec soi même... Et c'est certainement la chose la plus difficile dans tout le processus...
L - Oui... Je crois bien en effet...

Misako eut un léger sourire, terminant sa soupe sans un bruit, laissant, encore une fois, Liam tout à ses pensées... Et il avait de quoi méditer... Finalement, elle se leva, entassant sur le plateau les restes de leur petit déjeuner. Liam tenta de l'aider, mais elle l'arrêta d'un geste ferme.

M - Non laisse. Tu es mon invité. Reste ici autant de temps qu'il te sera nécessaire... Il parait que le jardin a... Un certain pouvoir...

Elle eut un petit sourire amusé mais aussi mystérieux avant de disparaître dans la cuisine avec son plateau. Le regard de l'éleveur se posa sur le jardin, qui avait encore un peu changé sous le passage des heures, faisant découvrir de lui une autre facette. Une légère brise s'était levé, faisant chanté les feuilles et les tubes de bambous pendu aux arches de la coursive. Des gouttes d'eau tintaient à un rythme régulier sur une plaque métallique recourbée, faisant pensé à un gong abandonné, l'eau du bassin clapotait sur les roches qui la retenait... Il n'en doutait déjà pas du pouvoir de ce jardin, mais il le constatait de plus en plus...

* * *

Liam passa une bonne partie du reste de la journée à contempler le jardin, ou à lire, plongé dans ses pensées. Ses seuls moments de vivacités étaient les repas, qu'il partageait avec Misako. Elle avait raison en tout cas, ce jardin possédait un certain pouvoir... Il n'avait pas fait que penser au coréen de toute la journée, bien sûr, mais il avait également pensé aux autres, à ce qu'il allait leur dire en revenant de ce voyage, et aux décisions qu'il allait prendre. Parce qu'il avait bel et bien des décisions à prendre s'il voulait que tout le monde avance dans le bon sens, et que la rancœur ne s'installe pas... Et cela commençait par décidé de la suite de son voyage.

Le soir venu, dans le secret de la nuit, Misako lui avait longuement raconter les quelques fois où Kwaïgon s'était retrouvé dans un état presque similaire à celui là. Ses épisodes dépressifs lorsqu'il était plus jeune, et l'homme qu'il est devenu, qu'elle a vu se construire sous ses yeux. Puis il y a eu aussi l'incident pendant la grossesse de Yen, alors qu'ils étaient ici, au Japon, pour l'inauguration de son centre d'accueil. Liam se souvenait très bien d'avoir accepter ce voyage sans faire d'histoire, mais jamais ni Yen ni le coréen ne leur avait raconté ce qu'il s'était passé. Au retour, Liam avait simplement apprit par le coréen qu'il allait reprendre le clan, mais que cela n'impacterait pas son travail à l'élevage. Suite au récit de Misako et aux réponses à toutes les questions qu'il avait posé avec cela,  il prit conscience de certaines choses concernant Kwaïgon... Son fonctionnement, celui qu'il était. Il se doutait de beaucoup de choses, mais en avoir la confirmation, c'était une toute autre affaire...

Il passa une nuit paisible malgré tout et au matin, il savait exactement qu'elle serait la suite de son voyage. Il descendit l'escalier de bois et retrouva Misako dans le salon des invités, en train de dressé la table du petit déjeuner. Le soleil était derrière les nuages ce matin là, et le jardin caché derrière les panneaux coulissants. Il faisait trop froid pour les ouvrir. Une lueur déçu passa un instant dans le regard de l'éleveur, avant qu'il ne se tourne vers Misako, déterminé.

L - J'aimerais aller sur la tombe de Nobu. Est-ce que tu pourrais m'y conduire ?

La japonaise eut un moment d'hésitation et finalement, un léger sourire apparu sur ses lèvres. Elle hocha doucement de la tête avant de répondre.

M - Bien sûr. On ira après le petit déjeuner.
L - Merci.

Après cette interlude un peu étrange finalement, ils prirent leur petit déjeuner comme de rien n'était...

Misako ne s'approcha pas du caveau des Tanaka, mais elle l'indiqua à Liam, avant de s'éclipser, l'attendant à la sortie. Chez elle aussi, la disparition du patriarche Tanaka avait laissé des marques... Il se dirigea donc seul vers le caveau, s'arrêtant finalement devant la plaque de marbre gravé au nom de la famille. Elle était toute simple, cachant un caveau plus grand. Le marbre noir semblait presque neuf, malgré les années... Peut-être qu'il avait été remplacé à un moment donné ? Il n'en savait rien... Et il n'oserait sans doute pas le demander à Kwaïgon, ni Misako. Le sujet était encore trop sensible chez l'un comme chez l'autre... L'éleveur resta longtemps debout, les mains dans les poches, observant chaque gravure, chaque détail. Finalement, il s'accroupit devant le marbre, posant les doigts sur le nom de Nobu. Il resta un moment silencieux, caressant du bout des doigts les aspérités créé par la gravure, avant de prendre la parole d'un murmure.

L - Kwaïgon est dans une mauvaise passe en ce moment... Mais je ferais tout pour l'empêcher de sombrer une fois de plus... Maintenant je sais. Je le laisserais pas te rejoindre trop vite... Je te le promets...

Sa main retomba doucement sur son genou alors qu'un soupir s'échappait de ses lèvres. Il resta quelques secondes supplémentaires accroupi, avant de finalement se relever et gagné la sortie d'un pas lent...

* * *

Lorsqu'il atterrit à New York, Liam se sentait un peu plus en terrain connu. Il faisait meilleur qu'à Tokyo et il connaissait la ville et la langue locale bien mieux. Ce qui aidait grandement, il en avait parfaitement conscience... En sortant de l'aéroport, un visage familier l'accueillit en souriant, lui ouvrant les bras avec plaisir. Il répondit à l'étreinte avec le sourire avant d'aller mettre sa valisette dans le coffre.

J - Tu as fait bon voyage ?
L - Excellent oui !
J - Mais, le Haras n'était pas au Chili ?
L - Si. Mais je viens de Tokyo !

L'américain eut un temps d'arrêt devant la portière conducteur, penchant la tête avec un regard interrogateur, ne comprenant pas très bien. Liam grimpa côté passager, avec un sourire énigmatique.

L - Emmène moi manger et je te raconterais tout. Je meurs de faim !

James ne se fit pas prier et sauta derrière le volant pour mettre le contact... Une heure plus tard, ils étaient attablés dans un bistrot de la ville, un peu à l'écart des autres tables. Liam lui avait fait le récit de cette dernière semaine, passant sous silence certains détails. Bien que James connaissait Kwaïgon depuis bien plus longtemps que lui, ce n'était pas une raison pour lui étaler certains morceaux de sa vie privée. Au fur et à mesure du récit de Liam, l'américain avait repoussé son assiette et s'était peu à peu décomposé. Quand Liam eut terminé, il y eut un moment de silence. L'éleveur laissa James à ses réflexions, piochant dans son assiette avec une certaine gourmandise. Il n'avait pas menti quand il disait qu'il mourrait de faim !

J - Miséricorde... Je ne pensais qu'il était... Qu'il était...
L - Capable de ça ?
J - On peut dire ça comme ça oui...
L - Aux grands hommes les grands maux...

James le regarda sans trop comprendre et Liam reprit la parole avec un calme bien à lui.

L - Avec tout ce qu'il a vécu, et tu en sais sans doute plus que moi, ça ne t'étonne pas à toi, que se ne soit pas arrivé plus tôt ? Seuls les fous n'auraient pas succomber ! C'est rassurant qu'il ne le soit pas.
J - C'est une façon de voir les choses...

Liam hocha doucement de la tête pour acquiescer, gobant une nouvelle fourchette de ribbs absolument délicieux.

J - Est-ce que je dois m'inquiéter pour l'entreprise et tout ce qu'ils sont en train d'entreprendre avec Lia ?
L - Non. Il va s'en sortir et il redeviendra le Kwaïgon qu'on connaît tous...
J - Tu as l'air très confiant...
L - Tu le serais aussi si tu venais de passer deux jours chez Misako.

L'américain eut un sourire en réponse à celui de Liam, consentant à reprendre devant lui le contenu de son assiette. Il grignota une bouchée avant de reprendre la parole avec une détermination toute nouvelle.

J - Bon... Si tu es là, c'est que tu attends quelque chose de moi j'imagine ?
L - Oui. J'ose espéré que, après toute ses années, Kwai est plus qu'un client à tes yeux...
J - Oui... C'est plutôt un ami. Peut-être pas un ami très proche mais... Un ami tout de même...
L - Alors j'aimerais que tu gardes un œil sur lui, de loin... Il est possible qu'ils te contactent, ou non mais...
J - Si j'ai eu un appel. Kwaïgon avait l'air déterminé mais relativement normal au téléphone... Il voudrait que je rencontre Yennefer tant qu'ils sont à New York. Profiter de l'occasion.
L - Tant mieux ! Utilise n'importe quel prétexte pour passer les voir de temps à autre, juste pour prendre la température...
J - Tu vas aller les voir ? Prévenir Yen ?
L - Non... Non. Je ne veux pas qu'ils sachent que je suis là... C'est encore trop tôt et j'ai... J'ai ma part à faire au Haras.

A nouveau, l'américain fronça les sourcils sans comprendre. Liam eut un léger soupir et reprit.

L - Au Haras, le reste de l'équipe est en colère... Si je veux aider Kwai et que son retour se passe en douceur, il faut que je calme les esprits là-bas, que j'explique. Sinon, on ne s'en sortira pas. Si la rancœur s'installe, se sera un enfer pour lui.
J - Tu ne crois pas qu'avec le temps les gens ne se calmeront pas tout seul ?
L - Certains peut-être, mais ils ont tous besoin de réponses. S'ils sont en colère, c'est parce qu'ils sont frustré de ne pas comprendre, ou de ne pas avoir vu... En apportant des réponses ça ira déjà mieux... Et le temps fera le reste. Mais la situation ne peux pas rester telle qu'elle est trop longtemps...
J - Quand tu es parti c'était...
L - Tendu et triste. Loin d'être agréable en somme...
J - Une période compliquée pour tout le monde...

Liam hocha de la tête avec gravité, avant de reprendre la parole d'un ton de confidence.

L - Beaucoup dans l'équipe ne se rendent pas compte de l'influence qu'à Kwaïgon sur l'humeur de tout le groupe, et de la place qu'il prend dans l'équipe... Mais moi je le sais. Les autres sont plus sensible à lui qu'il ne le croit lui-même et que eux ne le pensent... C'est subtil... Mais c'est bien là. A chaque fois qu'il lui arrive quelque chose de néfaste, c'est tout le groupe qui en prend un coup. Si en revanche quelque chose de néfaste arrive à quelqu'un d'autre, la réaction sera totalement différente, et tout le groupe ne sera pas touché comme il l'est quand c'est à lui qu'il arrive quelque chose. Il est présent partout sans qu'on ne s'en rende compte... Il ne se passe presque pas un jour sans qu'on ne le cite pour une raison ou une autre... En exemple, au cœur d'une plaisanterie, pour les services qu'il rend, pour la logistique qu'il met en place... Il est toujours là, même quand il n'est pas physiquement présent...

L'éleveur fit une légère pause avant de reprendre.

L - Même moi je n'ai pas autant de présence que lui dans les esprits et les cœurs. Il ne veut pas de cette place et il le nie haut et fort mais pourtant c'est lui le réel leader de l'équipe... Il est là, avec nous, pour chaque acquisition d'équidé, il est là quand on teste de nouveaux cavaliers, il est là quand il faut faire les planning de travail, quand il faut prendre en charge le débourrage des jeunes... Il est à la base du travail de tout le monde. On ne fait que magnifier ce qu'il initie.
J - Et il ne veut pas le reconnaître ?
L - Non... Il refuse obstinément. J'ai essayé de lui en parler mais... Il dit que c'est moi le leader... Mais je ne suis qu'un porte parole au final...
J - Tu te sous-estime aussi un peu non ?
L - Mmmh... Oui peut-être un peu d'accord... Co-leader. Mais je suis certain de ne pas avoir le même impact sur le moral du groupe que lui.
J - Je veux bien te croire là dessus... Et admettre qu'il refuse de voir la réalité en face... Mais ce n'est pourtant pas trop son genre de ne pas prendre ses responsabilités de la sorte...
L - Il les prend... Mais il préfère rester l'homme de l'ombre.
J - Ouai... Ça c'est plus son genre...

Ils échangèrent un sourire, plutôt d'accord l'un avec l'autre pour le coup... C'est qu'ils commençaient à bien le connaître le coréen... Et plus encore désormais avec cette histoire...

J - Je savais qu'il était capable du pire comme du meilleur mais je ne pensais pas à cette dimension là du pire...
L - Moi non plus... Ç'a été un choc pour tout le monde.

Pensif, James hocha de la tête, restant un moment dans ses pensées avant de doucement reprendre en inspirant profondément.

J - Tu peux compter sur moi. Je garderais un œil sur les Ono... Sur Yen aussi. Ça ne doit pas être facile pour elle de se retrouver dans une ville inconnu, avec un mari qu'elle ne reconnaît plus, face à ses démons...
L - Oui je sais... Merci...

Ils échangèrent un sourire et la suite du déjeuner se fit beaucoup plus léger maintenant que les choses étaient dite. Liam était soulagé, il pourrait rejoindre le Haras l'esprit plus tranquille... Mais avant cela, il avait autre chose à faire dans la grande pomme, et une autre destination à rejoindre avant de rentrer chez lui...

* * *

Liam avait encore quelques habitudes de ses années de cinéma et il ne lui fut pas très difficile de se métamorphoser. Après quelques achats dans une boutique spécialisé et un passage à l'hôtel, il était méconnaissable. Barbe de trente centimètres de long, perruque de dreadlocks, lentilles de couleur, maquillage pour changer certains de ses traits et vêtements différents de ce qu'il avait l'habitude de porter et il pouvait passer pour un baba-cool en quête d'un peu de tranquillité... Assit sur un banc de central park, non loin de l'entrée la plus proche de l'appartement des Ono, il attendait, espérant qu'ils viennent y faire un tour. Mais avec le beau temps qu'il faisait ils allaient en profiter n'est-ce pas ? Yen allait tous les pousser dehors ? Oui... Yennefer les mettrait tous dehors, il en était certain. Elle ne pouvait pas rester enfermée une journée entière sans être malade et clouée au lit...

Et il eut raison de penser cela, car après une heure et demi d'attente et d'observation, il vit passer devant lui une petite flèche, courant maladroitement vers une étendue herbeuse, une main en l'air refermée sur un avion miniature. Il fouilla la foule du regard derrière ses lunettes de soleil effet miroir -il fallait que la panoplie soit complète- et ne tarda pas à repéré Yen et Kwai, un peu plus loin. Kwaïgon ne semblait clairement pas dans son élément, ni débordant d'envie d'être là, mais il était vivant, et c'était bien ce qui comptait. Yen avait l'air fatiguée mais déterminée. Il y avait quelque chose dans son regard dès qu'elle posait les yeux sur Kwaïgon qui le lui dictait... Il regarda du coin de l'oeil la petite famille passer devant lui et resta quelques minutes pour les observer à la dérobée.

A cette vision, il fut un peu rassuré. Yennefer semblait avoir prit les choses en main et ne lâchait pas son mari, ce qui était une bonne chose. Restait maintenant à savoir combien de temps ils resteraient ici, mais cela, ça ne dépendait que du coréen. Il ne pouvait rien y faire et il ne pouvait rien faire de plus. Il eut un léger soupir et fini par se lever, prenant la sortie du parc de son pas d'acteur claudiquant. Il y avait une dernière étape dans son voyage...

* * *

L - Et t'en as pas marre de toutes ces heures de vol en quelques jours ?

Liam avait fixé son regard dans celui de la jeune femme, plus étonné qu'autre chose, répondant finalement avec un léger soupir.

L - Si... Un peu...

Assit sous une véranda avec Louna, une tasse de café à la main, il regarda un instant les enfants sur la pelouse qui s'étalait à côté d'eux. Qui était-il déjà ? Des petits cousins d'Enzo... Liam était arrivé quelques temps auparavant et il venait de faire à Louna le récit de cette dernière semaine, depuis le geste de Kwaïgon jusqu'à sa mission d'espionnage dans le parc. Et la seule chose qu'elle avait trouvé à répondre jusque là c'était s'il n'en avait pas marre de l'avion ? Il y avait de quoi surprendre, c'était sûr et certain... La jeune femme et future maman pinça les lèvres dans un demi sourire et se leva pour aller chercher des cookies qui venaient de terminer de cuire. Elle prit le temps de les disposer dans une assiette, laissant Liam seul, avant de revenir, posant l'assiette devant lui. Elle reprit sa place avec un léger soupir, reprenant la parole en douceur.

L - Ça ne doit pas être facile pour Yen et Sora...
L - J'imagine oui...
L - Pourquoi tu n'as pas été les voir à New York ? Tu aurais dû...
L - C'était trop tôt... Ça ne fait qu'une semaine qu'ils sont parti...
L - Je pense que tu aurais dû quand même...
L - Tu y serais aller toi ?
L - Je pense... Il était vraiment dans un sale état ?

Liam pencha la tête et se contenta de soupirer sans répondre, un poil exaspéré. Louna fit une grimace désolée avant de doucement reprendre la parole en piochant dans les cookies.

L - Pardon... Ne pense pas que ça me touche pas, ça me secoue mais...
L - Mais tes pensées sont occupées ailleurs...
L - Non, c'est juste que... Je ne me rend pas compte... Ça me paraît tellement surréaliste... Kwaïgon, mettre fin à ses jours ? Pour moi c'est impossible... Même pas imaginable... J'ai juste l'impression que tu me raconte une mauvaise histoire... Je suis parti avant qu'il revienne au Haras après le décès de Nobu... Je ne l'ai pas vu quand il est revenu... Alors j'ai du mal à me rendre compte...
L - Je comprends... souffla-t-il dans un soupir.

Le silence les enveloppa un moment. Liam contempla les enfants, en grignotant son cookie. Louna sirotait son thé, en le regardant lui. Finalement, c'est elle qui brisa le silence, au bout d'un certain temps.

L - Qu'est-ce que tu veux que je fasse ?
L - Que tu ailles les voir... Quand Kwaïgon ira mieux, avant qu'ils ne rentrent au Haras.

Elle pinça les lèvres, son regard sondant son visage, avant de finalement hocher doucement de la tête pour donner son accord.

L - James va garder un œil sur eux, Misako prend régulièrement des nouvelles... Dès que l'un ou l'autre sent qu'il y a du mieux, je te préviendrais.
L - Ok...

Elle sourit à Liam, d'un petit sourire pas très rassuré mais qui était sincère. La fatigue envahit l'éleveur mais pas assez pour l'assommer. Il y avait encore trop d'inquiétude et de pensées dans son esprit pour que celui-ci ne permette un relâchement pourtant bienvenu. Il avait terminé son tour, même s'il passerait encore quelques temps avec Louna. Un jour ou deux peut-être, mais guère plus. Il fallait qu'il rentre maintenant, avec sa toute nouvelle détermination et ses réponses, et qu'il prépare le terrain. Il ne lâcherait pas l'affaire, c'était une certitude. Il occuperait la place de l'ombre pour une fois, celle que le coréen s'était toujours octroyé... Il y arriverait. Il n'en doutait pas... La dernière pensée qui l'envahit fut qu'il devrait faire un courrier à Yen, pour lui témoigner de son soutien... De ce qu'il avait entreprit -mais pas tout. De façon à ce qu'elle sache qu'elle n'était pas seule dans cette bataille... Même si elle était seule au front...

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Merci au correcteur !
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Journal : One Team One Goal
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