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Tentative Kwai

 :: Chapitre 13
Mar 29 Aoû - 8:41


↞ Chapitre 13 - Épisode 28 ↠
Quand les ombres s'emparent de l'esprit
Kwaïgon - Ezra - Yen - Myriam - Saskia - Misako - Liam
« Fais-le. » La voix, impérieuse, résonnait dans sa tête comme un ordre. Le regard vague, fixé sur la planche à découpé qu'il avait devant lui, caressant du pouce la lame de son couteau... « Fais-le. » Encore cette petite voix, murmurant à son oreille, occultant tout le reste, de plus en plus présente jour après jour... Attirant de plus en plus son attention... Prenant de plus en plus d'importance... « Fais-le ! » La vision fugace de son poignet, à nu, exposé à la lame tranchante de son couteau japonais... La douleur, fugace, le reconnecta à la réalité. Il fronça des sourcils en lâchant son couteau et observa son pouce, sur lequel une fine entaille laissait perler une goutte de sang... Il resta un moment immobile à regarder la goutte de sang, devenir de plus en plus grosse, avant qu'un sursaut de conscience ne le fasse réagir. Avec lenteur, il attrapa un morceau de sopalin et le pressa sur la plaie....

*  *  *
 
Lorsqu'il entra dans leur appartement ce soir là, il était à bout. Une fatigue comme il en avait rarement connu. Il était seul et n'avait aucune idée de l'heure à laquelle Yennefer rentrerait. Mais ce n'était pas ce qui le préoccupait. Loin de là. A peine la porte refermée derrière lui qu'il se laissait tomber contre elle et glissait jusqu'au sol. Il laissa mollement tomber sa tête dans ses mains en poussant un lourd soupir de désespoir. Que devait-il faire ? Il l'ignorait. Vivre lui était, au fil des jours, de plus en plus insupportable. La petite voix dans sa tête se faisait de plus en plus présente. Il ne se passait plus un jour désormais sans qu'il ne pense à une façon de mettre fin à ses jours... Et si jusque là il n'avait pas encore véritablement pensé à passer à l'acte, c'était désormais une idée qui se précisait dans son esprit. Ce n'était plus qu'une simple pensée, c'était presque un désir. Un besoin de plus en plus viscéral. Il avait même réussi à se persuader, les jours passant, que se serait une meilleure chose pour Yennefer et Sora... Qu'ils seraient mieux sans lui... Pendant un instant, il avait simplement envisager de les quitter, tous et de s'exiler. Mais cela ne soulageait pas son mal-être et encore moins le malaise qui s'installait de plus en plus profondément en lui. S'exiler était une chose, quitter cette vie une autre. Et il en était arriver à la conclusion que se serait la meilleure chose possible... Autant pour Yen et Sora que pour lui...

Il fini par se relever, avec lenteur, en ayant la nette impression d'avoir des courbatures dans tout le corps. A pas lents, il se dirigea vers la salle de bain et enleva son polo. Il croisa son regard dans le miroir et détourna les yeux. Il faisait peur à voir. Pâle, les yeux cernés, le teint maladif, il avait également perdu du poids et cela s'en ressentait sur son physique. Bien qu'il n'était pas squelettique, il était tout de même loin de celui qu'il avait été. Il alluma l'eau du lavabo et la laissa couler, attendant qu'elle chauffe un peu avant de plonger les mains en coupe sous le jet et s'en asperger le visage. De nouveau, un profond soupir de désespoir s'échappa de ses lèvres et il se sécha le visage. En reposant la serviette, son regard se posa sur la lame de rasoir dépassant d'une trousse de toilette. D'un geste lent, hésitant, il s'en saisit et sortie la lame de sa protection, passant doucement le pouce sur son tranchant... Il en avait fait l'acquisition quelques années auparavant, mais ne s'en était jamais servi... Ses origines asiatiques avaient cet avantage là de lui conférer une pilosité presque inexistante... Alors pourquoi se procurer un couteau de barbier ? Il ignorait ce qu'il lui était passé par la tête à ce moment là mais aujourd'hui, elle pourrait trouver une toute autre utilité cette lame...

Il avait lu quelque part qu'il n'était pas si simple que cela de s'entailler les veines. D'une part, il y avait la douleur, qui faisait trembler la main, hésiter. D'autre part, il y avait une question purement anatomique : en sectionnant le poignet on sectionnait forcément une veine ou deux, mais pas forcément une veine assez importante pour être efficace... Une entaille dans toute la longueur du bras était plus sûre, à moins que l'on connaisse l'emplacement de ses artères, de configuration légèrement différente d'un individu à un autre. Il se prit à penser que la meilleure façon serait plutôt une entaille brève mais profonde au niveau du coude. Ou même mieux, l'artère fémorale... Sa main, tremblante, lui fit lâcher la lame sans le vouloir et le reconnecta à nouveau à la réalité. « Fais-le. » Encore une fois, la petite voix dans sa tête s'exprima, occultant toutes les autres de ses pensées. Insistante, insidieuse... Elle s'infiltrait dans son esprit, implacable. Et l'impulsion d'y obéir, jusque là relégué un peu plus loin, s'imposait elle aussi désormais.

Il referma la lame dans une inspiration chaotique et coupa l'eau du robinet, allumant celle de la douche. Portant les mains à ses cheveux il fit quelques pas dans la chambre, hésitant, sentant son cœur battre dans ses tempes et un vertige le prendre. Allait-il vraiment le faire ? En était-il seulement capable ? Ses bras tombèrent le long de son corps alors qu'il faisait de nouveau face à la salle de bain. Tout son corps tremblait désormais et il avait le souffle court, comme s'il venait de faire un sprint. D'un pas lent, il entra de nouveau dans la salle de bain et attrapa la lame, l'observant un instant, comme fasciné. Un malaise s'empara de lui, lui faisant louper un battement. Sans vraiment réfléchir, il entra dans la douche et s'appuya contre le mur du fond, froid. Il se laissa glisser jusqu'en bas, ignorant l'eau brûlante qui l'aspergeait d'un côté. Il gardait les yeux fixé sur cette lame de barbier, passait doucement les doigts sur le plat de la lame... « Fais-le. » Il prit une grande inspiration et leva les yeux au plafond en sentant un picotement dans ces derniers. Il hésita, l'espace d'un instant... Finalement, c'est sans regarder ce qu'il faisait qu'il posa la pointe de la lame au creux de son poignet et pressa, remontant doucement jusqu'au creux de son coude... La douleur le surprit, lui coupa le souffle, et fit trembler sa main. Mais quand il baissa les yeux et vit le filet de sang s'échapper de la plaie béante, sa tête bascula en arrière contre le mur et il ferma les yeux, sa respiration se calmant doucement, son esprit s'abandonnant à ses méandres les plus sombres...

La journée avait été éprouvante, mais elle seule en était responsable. Pour se vider la tête, pour faire face à la morosité qui s'était installé dans sa vie, elle se plongeait dans le travail. Elle était totalement démunie par le comportement de son époux, elle avait de plus en plus de mal à affronter son regard sans vie. Il était revenu du Japon comme un fantome, dont même la présence de son fils n'illuminait ses iris ternes. Sora... Qui par son jeune âge ne devait pas comprendre toute la situation, qui pleurait de plus en plus sous le manque d'attention de son père. Elle l'avait confié cette nuit aussi à Saskia, en se disant qu'il avait besoin d'une ambiance moins pesante que celle de leur foyer actuel. Son regard fut attirer par la lumière de la salle de bain, à peine venait-elle d'entrer dans l'appartement. Il était là, dans la baignoire parfaitement immobile. Elle ne tarda pas à s'approcher, quand soudainement elle comprit l'horreur de la scène. Un cri déchirant de désespoir s'échappa de sa gorge, elle criait de douleur en se précipitant vers lui. Dans l'affolement, elle attrapa cependant une serviette qu'elle s'empressa de nouer autour de ses bras. Elle le hurlait littéralement dessus, comme quoi il n'avait pas le droit de mourir, qu'il n'avait pas le droit de la laisser seule. Sa tristesse éclata avec virulence, bientôt dans l'agitation son sang avait entaché autant ses vêtemetnts à elle.

Le cri de Yennefer avait coupé leur conversation. Ils s'étaient regardé, et Ezra avait été le plus réactif d'eux deux. En quelques pas, et un bon coup d'épaule il avait pénétré dans l'appartement de Kwaïgon et Yennefer. Myriam l'avait suivit, tremblante de tout son corps. Ezra avait gardé son sang froid et s'affairait déjà dans la salle de bain, vidant sans douceur les tiroirs et les placards à la recherche de bandages. En une poignée de minutes, il avait coupé l'eau, trouvé des bandages et entreprenait de sortir le coréen de la baignoire. Myriam se figea à l'entrée de la salle de bain, le souffle coupé sous la vision cauchemardesque qu'elle avait devant elle... Qu'est-ce qu'il avait fait ? C'est la voix d'Ezra, ferme, forte, qui lui fit reprendre conscience.

E - Appelle les pompiers ! Les secours, une ambulance ! MYRIAM ! Appelle les secours !!

Elle se retourna et sorti son téléphone de sa poche avant de composer le numéro des secours du pays. Ezra avait enlever les serviettes et bandait le plus serré possible les avant-bras du coréen, faisant aussi vite que possible. Il y avait du sang et de l'eau partout mais cela ne gênait pas le métis plus que cela, qui restait concentré. Il se passa quelques minutes avant que l'éleveuse ne puisse raccrocher et qu'Ezra lève les yeux sur elle.

E - Alors ?
M - Ils arrivent... Ils font aussi vite que possible. Je vais descendre les accueillir pour les conduire ici.
E - Ok. Parfait.

Ayant fini ses bandages, le métis, le souffle court, se pencha sur le coréen à la recherche d'un pouls. Du sang commençait déjà à maculer ses bandages et il en pesta intérieurement. Il avait cependant un pouls... Faible, mais c'était mieux que rien... Yennefer s'était écarté à l'arrivée d'Ezra, bien que son regard était accroché au corps sans réaction du coréen. L'horreur s'était gravé sur les traits de son visage, dont les larmes baignaient ses joues. Des questions se bousculèrent dans ses pensées, pourquoi avait-il fait ça ? Souffrait-il à ce point d'en vouloir en finir avec sa vie ? Pourquoi n'avait-elle pas vu sa souffrance ? Elle aurait dû l'empêcher... Elle avait été impuissante, encore une fois et comme maintenant.

Les longues minutes qu'ils avaient dû attendre jusqu'à l'arrivée des secours lui parurent être une éternité. Quand les secours arrivèrent cependant, Ezra s'écarta un peu et leur expliqua ce qu'il avait fait et ce que le coréen avait fait surtout. L'urgence de la situation ne fit pas traîner les urgentistes qui se contentèrent de poser une perfusion, de le mettre sous oxygène et de l'embarquer sur une civière, donnant au passage à Ezra le nom de l'hôpital dans lequel ils se rendaient. Ce n'est qu'en les voyant partir que le métis se détendit un peu et se tourna vers Yennefer... Avec douceur, sans rien dire au début, il s'approcha d'elle et la releva d'une main ferme avant de la prendre dans ses bras.

E - Chut... Ça va aller Yen... Je te le promets...
Y - Il n'a pas le droit de mourir... Il ne peut pas me faire subir ça une seconde fois...

sa voix était d'un murmure presque éteint, sa gorge visiblement irritée d'avoir trop hurler. Elle s'était pourtant laissé aller contre lui, s'accrochant à son haut. Avait-elle peur de sombrer elle aussi ? Il resta ainsi de longues secondes avant de se décoller d'elle et fixer son regard sombre dans le sien.

E - Écoute moi, tu vas te changer parce que tu es pleine de sang, tu vas te rafraîchir et on va aller à l'hôpital. Ok ?

Elle répondit d'un vague hochement de tête, puis se dirigea vers sa chambre. Il ne pouvait pas mourir. Elle ne tarda pas à suivre Ezra jusqu'à la voiture, elle s'était changé afin de faire disparaître les traces de sang. Son regard croisa Myriam, les pupilles toujours aussi chargées de larmes qui ne semblaient pas vouloir se tarir. A peine s'était-elle assis sur l'un des sièges du véhicule, qu'elle brisa le silence.

Y - J'aurai dû voir sa douleur... J'aurai dû l'empêcher... Je n'ai pas sû l'aider... Pourquoi il a fait ça...

Le métis croisa le regard de la jeune femme à travers son rétroviseur et répondit d'une voix calme, bien qu'une pointe d'inquiétude la teinte.

E - On aurait tous dû voir Yen, ce n'est pas de ta faute. Il a fait ça parce qu'il ne va pas bien et jusque là, on ignorait que c'était à ce point là. C'est un très bon acteur... Ce n'est pas si étonnant que cela, il a toujours caché ses plus grandes émotions. Il ne faut pas que tu culpabilise. Ce n'est pas de ta faute Yen.

Sa dernière phrase sonnait presque comme un ordre. Myriam prit une légère inspiration et se retourna sur son siège pour faire face à Yen, reprenant d'une voix plus douce.

M - Il a besoin d'aide et on va la lui apporter. Il est entre de bonnes mains maintenant...
Y - Je ne sais pas... si un jour... Il redeviendrait l'homme que j'ai épousé...

Elle dévoilait la crainte sournoise qui la rognait depuis quelques jours, depuis qu'elle se noyait dans le néant du regard du coréen. Elle l'avait peur de l'avoir déjà perdue... Et sa fatigué, en plus de l'émotion qui battait dans son cœur ne l'aidait pas à avoir des idées positives pour le moment. Finalement, elle aussi craquait à sa manière.

M - Ça va aller Yen. Tu n'es pas seule à faire face... On est là et on le fera revenir... Tous ensemble.

Elle semblait persuadé et Ezra acquiesça d'un bref hochement de tête tout aussi décidé. Ils ne la laisserait pas tomber. Ni elle, ni Kwaï...

* * *
Dr - Madame Ono ? Dr Hawkins... C'est moi qui ai prit en charge votre mari à son arrivée.

Le médecin, encore en blouse de bloc opératoire verte tâchée de sang et son calot sur la tête, s'était approché d'eux avec un air plutôt confiant, ce qui, pour Ezra, était bon signe.

Dr - Heureusement vous avez très bien réagi, il n'aura pas de séquelles de son geste, si ce n'est une fine cicatrice. Ses constantes sont bonnes. On l'a transféré dans sa chambre, il s'est bien réveillé après la petite anesthésié qu'on lui a faite. Vous pouvez aller le voir. Par contre, on a préféré le sédaté légèrement de façon à le garder dans son lit au cas où et on n'hésitera pas à l'entraver si nécessaire dans la nuit. Un psychologue passera demain matin... Je vous souhaite bon courage...
Y - Merci, dit-elle à bout de souffle.

Il leur serra la main à tous, un par un. Il avait fini son job. Avec un soupir de soulagement, Ezra se dirigea vers l'accueil afin d'obtenir le numéro de chambre du coréen alors que Myriam se tournait vers Yen.

M - Tu veux qu'on monte avec toi ou tu préfère y aller seule ?
Y - Je sais pas...

Elle avait répondu avec franchise, en tâchant de sécher ses larmes avec un mouchoir déjà bien imbibé. Elle redoutait de le voir, bien que le médecin l'avait rassuré sur son état de santé, elle avait toujours la vision de tout ce sang. Elle ne savait pas comment réagir, que doit-elle aussi lui dire ? Elle finit par se décider.

Y - Seule... Mais vous pouvez venir au bout d'un moment...
M - D'accord... On t'attend ici de toute façon...

Car eux aussi avait le droit de le voir. Et peut-être que leur présence aura plus d'impact sur le coréen... Elle en savait rien. Elle se dirigea vers la chambre dont Ezra lui informa le numéro. Elle resta plusieurs minutes devant la porte, la main sur la poignée sans pouvoir l'ouvrir. Et puis, elle osa enfin tout en retenant sa respiration. Son regard ne tarda pas à se braquer sur lui, vers son visage.

Y - Tu m'avais promis de ne pas m'abandonner...

Elle referma la porte derrière elle, s'approchant de lui avant de rapidement se glisser à ses côtés pour s'accrocher avec force à lui.

Y - Pourquoi tu m'as rien dit... Pourquoi tu as tout garder pour toi... Laisse-moi t'aider...

Il était dans un monde nébuleux, où les sons étaient étouffé par la camisole chimique qui le clouait dans son lit. En plus de l'état de faiblesse avancé dans lequel il se trouvait, les médecins avaient jugé préférable de l'empêcher de bouger dans la nuit, au moins jusqu'à l'arrivée du psychologue le lendemain qui ferait son bilan. Il fut à peine conscient de l'arrivée de Yennefer dans sa chambre et ne posa son regard sur elle que quand elle se glissa à côté de lui. Il entrouvrit les lèvres pour répondre mais ne trouva rien à dire, se contentant de hausser faiblement les épaules. Mais il se doutait bien que c'était loin d'être une réponse... Et surtout, une réponse acceptable. Il baissa les yeux sur l'épais bandage qui recouvrait tout son avant bras, avant de laisser glisser son regard sur la pièce, cherchant à assembler ses pensées confuses et disparates. Il portait une chemise de nuit d'hôpital et ses affaires avaient été emballées dans un sac en papier, posée sur une commode. Il fixa un moment le sac avant de prendre la parole dans un murmure.

K - J'ai pensé que vous seriez mieux sans moi... Plus heureux...

Quand au reste, pourquoi il n'avait rien dit et tout garder pour lui, il haussa de nouveau les épaules, ne sachant vraiment que répondre... Il avait toujours été comme ça, gardant les choses pour lui... Pourquoi changer sur cette affaire là ? Il ne l'avait pas même envisager de toute façon, s'enfermant peu à peu et toujours plus dans une dépression sans fond... Elle posa les paumes de ses mains sur ses joues, prenant son visage en coupe pour l'obliger à plonger son regard dans le sien. La tristesse brillait dans ses iris, mais aussi la flamme de son amour pour lui, malgré la situation. Ses paroles lui avaient légèrement serré la gorge, mais cela réveillait en elle une vivre émotion. Ou peut-être que son acte fut pour elle, le déclic dont elle avait besoin aussi...

Y - Jamais, tu m'entends jamais on pourrait être mieux sans toi. Ni plus heureux... Sans toi, tout ne serait que néant dans ma vie... Et je n'ai pas envie de revivre ce trou béant dans le cœur lorsque tu avais disparu...

Elle marqua une pause avant de déposer chastement ses lèvres sur les siennes.

Y - J'ai besoin de mon mari, Sora a besoin de son père...

Obligé, de par la poigne de sa femme, de la regarder dans les yeux, c'est ce qu'il fit, se laissant faire avec une certaine mollesse. Il fini par prendre une légère inspiration mais ne trouva rien à répondre, hochant faiblement la tête, plus par réflexe qu'autre chose. Au fond de lui cependant, il était secoué par la détresse que témoignait la jeune femme, dans ses paroles et dans ses gestes. Il détourna les yeux, laissant son regard partir dans le vague, s'enfonçant dans des pensées toujours aussi sombres. Il se passa de longues minutes avant qu'il ne murmure, d'une voix monocorde.

K - Excuses moi...

De quoi s'excusait-il ? De son geste ? Non. Il restait persuadé qu'ils seraient mieux sans lui, malgré les paroles de la jeune femme. Il s'excusait plutôt pour l'inquiétude qu'il avait provoqué chez elle... Du dérangement également, même si tout le monde s'accorderait à lui dire qu'il ne devait pas penser une chose pareille. Il était comme enchaîné au fond d'un gouffre et ne cherchait plus à se battre pour s'en délivrer... Sa réaction fut vive, en lui donnant un coup sur son torse sans pour autant y mettre de violence dans son geste. Mais ses sourcils s'étaient froncés en braquant son regard vers lui.

Y - Je ne veux pas t'excuser bordel ! Je veux que tu te bats pour te relever. Non, en fait je ne te laisse pas le choix, si je dois t'éventrer pour te tirer vers le haut je le ferais... Merde, nous avons encore toute la vie devant nous. Et je veux la vivre avec toi.

Le coréen braqua vivement les yeux sur Yen, fronçant les sourcils face à son geste et portant une main à son torse, là où elle avait frappé. Il se redressa légèrement sous la surprise avant de se détendre et retomber mollement sur ses oreillers, le sédatif qu'on lui avait administré n'y étant pas pour rien. Il reprit cependant la parole après un lourd soupir, à peine plus fort qu'un murmure, ce qui équivalait, dans son état, à une voix colérique.

K - Yen, rends toi à l'évidence ! Comment tu voudrais continuer de vivre avec moi ?! Je ne t'apporte rien, et ce depuis des semaines. Je n'arrive même pas à comprendre pourquoi tu n'es pas déjà parti... Je ne suis rien... Même pas l'ombre d'un homme.

Il soupira de nouveau et détourna les yeux, reprenant dans un murmure plus faible cette fois, ses bras retombant mollement sur le lit.

K - N'hésite pas à m'éventrer, j'ai peut-être une chance de ne pas me louper comme ça...

Il était dur dans ses paroles sans le vouloir et évitait son regard, replongeant dans une léthargie inquiétante... Elle lui attrapa de nouveau le visage, avec moins de douceur que la première fois. Ses paroles, ainsi que le ton de sa voix, elle l'ignora afin que ceux-ci ne puisse pas l'atteindre.

Y - C'est toi qui vas devoir te rendre à l'évidence ! Je ne te laisserais jamais, tu es mon époux et je serais à tes côtés pour le pire comme pour le meilleur. L'homme que j'ai épousé n'est pas mort, il est là malgré l'ombre qui a envahit tes pensées. Et je compte bien le retrouver... Je t'aime Kwaigon.

Il se laissa faire, mais cette fois, il ne réagit pas, se contentant de soupirer lourdement. Que pouvait-il répondre à cela ? Elle ne comprenait pas. Il secoua négativement de la tête, doucement, ne comprenant décidément pas. D'un geste lent, las, il se pinça l'arrête de nez avec son bras sain. Une larme unique perla sur sa tempe avant qu'il ne reprenne d'une voix légèrement tremblante mais sans pour autant éclater en sanglot.

K - Tu ne peux pas... Tu ne peux plus... Personne n'aime les monstres Yen... Et c'est ce que je suis...

Il prit une grande inspiration et tourna à nouveau la tête pour échapper à ses mains et à son regard... Elle le laissa détourner son regard, mais elle se colla d'avantage à lui. Elle ne comptait pas s'éloigner de lui, ni maintenant ni dans plusieurs semaines. Craignait-elle qu'il puisse refaire une nouvelle tentative ? Ou voulait-elle seulement lui prouver la vivacité de ses paroles, comme quoi elle serait à jamais avec lui.

Y - Tu n'es pas un monstre, et tu le seras jamais. Quel monstre éprouverait cette douleur qui te détruit de l'intérieur ? Un monstre ne ressent rien, voir même il prend plaisir à faire souffrir. Et ça, ce n'est pas ton cas. Il n'y a pas plus humain que toi...

Cette fois il était exaspéré et c'est peut-être cette conversation là qu'il lui avait manquer. Il leva les yeux vers le plafond et laissa retomber aussi lourdement que possible ses bras sur le matelas. Il gardait des gestes lents et mous cependant mais sa voix contenait un désespoir non feint.

K - Parce que les gens normaux tuent leurs pères peut-être ? Comment tu peux encore m'aimer après tout ce que j'ai fait... J'ai tué un gosse bon sang ! Et si le prochain c'était Sora ? Ou toi ? Je suis un monstre Yen... Je suis incapable de sauver ceux que j'aime... Il faut que tu reste loin de moi. Pour ta sécurité...

Il avait simplement souffler ses derniers mots, plongeant un regard vide dans le sien, mais emprunt d'une froide détermination... Elle l'avait attentivement écouté, sachant qu'actuellement il n'avait pas les capacités pour comprendre ses paroles. Il était trop aveuglé par sa dépression, mais cela ne l'empêchait pas de dire le fond de ses propres pensées. Et qu'importe si elle devra radoter. Une de ses mains se posa avec tendresse sur sa joue, affrontant son regard vide.

Y - Tu m'as sauvé, de mon maitre-chanteur, mais aussi d'une certaine solitude dans ma vie. Tu as soulagé les souffrances de Nobu, qui était condamné à vivre l'enfer de sa maladie. Qui aurait eu le courage de respecter sa volonté aussi horrible soit-elle ? Personne, raison pour laquelle l'euthanasie est interdit. Nous sommes plus humain envers les animaux dont on refuse de voir souffrir, mais pour un homme.

Elle marqua une pause en gardant son regard dans le sien, lui caressant légèrement la joue.

Y - Jamais je resterai loin de toi... Jamais.

De nouveau il soupira, cherchant ses mots, mais cette fois, il n'avait rien à répondre. Il passa la main sur son bandage, ressentant quelques picotements, avant de laisser ses bras retomber le long de son corps, gardant le silence et un regard vague...

* * *

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Mar 29 Aoû - 8:41

↞ Chapitre 13 - Épisode 28 ↠
Quand les ombres s'emparent de l'esprit
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Avec un soupir consterné, la psychologue, une femme entre deux âges à l'air un peu sévère, referma la porte de la chambre du coréen et se dirigea d'un pas las vers la salle d'attente. Ses talons claquaient sèchement sur le sol au fil de ses pas et en quelques secondes, elle avait traversé le couloir pour entrer dans la salle d'attente.

Dr Lane - Madame Ono ?

Son regard fouilla la salle à la recherche de la jeune femme qu'elle avait gentiment congédié un peu plus tôt et lui sourit doucement quand elle la vit enfin. Yennefer avait levé la tête à son nom, qui provoquait toujours une certaine émotion. Elle rencontra le regard de la psychologue.

Dr Lane - Venez s'il vous plaît... On va aller dans une salle de réunion pour parler un peu.

Elle eut un sourire aimable avant de tourner les talons et entraîner la polonaise dans une salle de réunion vide. Elle alluma la lumière et l'invita à s'installer avant de prendre place à côté d'elle. Elle prit une grande inspiration pour rassembler ses pensées avant de prendre la parole.

Dr Lane - Bon... Je ne vais pas vous mentir, il est dans un état de dépression assez avancé. Et je doute que sans aide il puisse s'en sortir... Il m'a dit que vous faisiez parti d'un Haras c'est ça ?
Y - Oui, un Haras nomade. Il est cavalier professionnel, je suis ostéopathe là-bas.

Elle avait parfaitement entendu le début de ses paroles, mais elle préférait ne pas trop y penser sans pour autant faire l'autruche sur l'état de santé de son époux.

Y - Vous comptez lui donner un traitement ?
Dr Lane - Je pense que ça ne suffira pas. Il lui faudra une thérapie. Mais je dois bien avoué que si vous changez fréquemment de lieu se sera compliqué de faire un suivi efficace... A moins que les séances soient en visioconférence... Dans l'éventualité bien sûr où il accepte la thérapie. Je ne peux pas l'obliger à la faire. Je dois bien avoué qu'il est un peu déroutant... Est-ce que vous pensez qu'il acceptera traitement et thérapie ?

La psychologue avait posé sa question en toute sincérité et elle paraissait un peu éreintée par son entrevue toute récente avec le coréen.

Y - Pour les traitements, je souhaite uniquement en dernier recours. Car je doute qu'il accepte autrement...

Elle se pinça les lèvres avant de poursuivre.

Y - Je ne lui laisserai pas le choix pour la thérapie, mais avec lui je doute de son efficacité, dit-elle sincèrement.

Le docteur Lane fronça légèrement les sourcils, penchant un peu la tête sur le côté avec curiosité.

Dr Lane - Pourquoi en dernier recourt uniquement pour le traitement médicamenteux ? Quand à la thérapie, il semble y être assez réfractaire et malheureusement, je ne peux pas l'obliger à me parler... Moi ou un autre médecin. Ce serait complètement contre productif qu'il reste assit sur une chaise pendant une heure sans dire un mot.
Y - Je n'ai pas confiance des traitements, puis autant j'arrivais à aller voir un psychologue, même si c'est pour savoir sans un mot. Mais lui faire prendre un traitement de ce genre...
Dr Lane - Ce ne serait pas un traitement lourd. Seulement des somnifères et des calmants, jusqu'à ce qu'il retrouve assez de stabilité pour ne pas tenter un second suicide.

Elle soupira et enleva ses lunettes rectangulaire lui donnant un air moins dur.

Dr Lane - Mais sans aide de gens compétents, il continuera de s'enfoncer. C'est un paradoxe assez dérangeant, je ne vous le cache pas. Le résultat du bilan n'est pas très glorieux ni très rassurant...

Yennefer baissa le regard vers ses mains, dont un léger tremblement montrait l'inquiétude qui la rongeait, comme une certaine culpabilité.

Y - Ils nous a caché sa souffrance, j'aurai dû la voir. Mais, maintenant que je sais. Je ne compte pas le laisser s'enfoncer. Quand à l'aide de gens compétents, vous avez pu voir que mon époux possède un caractère atypique, il faut savoir poser les bonnes questions pour espérer une réponse.
Dr Lane - Oui en effet, c'est ce que j'ai cru comprendre...

Elle garda le silence un instant avant de finalement soupirer et relever les yeux.

Dr Lane - Je ne pourrais pas suivre votre mari. Cependant j'ai un collègue qui sera prêt à faire le déplacement et le suivre plus régulièrement de loin ensuite, quitte à venir en chair et en os une fois ou deux de temps à autre. Le Dr Lue. Il est américain mais d'origine coréenne...

Elle griffonna sur une carte de visite le nom et le numéro du médecin avant de la tendre à Yen. La polonaise récupéra la carte de visite, jetant rapidement un regard avant de la glisser dans l'une de ses poches de pantalon.

Dr Lane - Je vais lui envoyé le bilan et le prévenir par mail dès ce matin. Appelez-le... Je pense qu'il pourra vous aider...
Y - Merci, je l'appellerai.

Elle serra la main de la psychologue avant de rejoindre la chambre du coréen, où elle frappa doucement à la porte pour s'y faufiler à l'intérieur. Son regard se posa sur son époux en se rapprochant, elle se glissa à ses côtés.

Y - Ça va ?

Le coréen, assit dans son lit, les jambes replié contre lui et les bras entourant ses jambes, le front posé sur ses genoux, n'avait pas réagit à l'entrée de Yennefer. Ce n'est que lorsqu'elle s'adressa à lui qu'il redressa la tête pour croisé son regard. Il ne prit pas la peine de répondre à la question de sa femme, demandant simplement, d'une voix enrouée.

K - Je veux sortir d'ici. Quand est-ce que je pourrais sortir ?

Le sédatif qui lui avait été administré la veille avait cessé de faire effet et il était un peu plus maître de ses pensées et de ses gestes. La perfusion qu'il avait au bras venait tout juste de lui être enlevé mais il restait encore un peu pâle et faible. Et il n'avait pas touché à son plateau de petit déjeuner, qui gisait sur la tablette roulante qu'il avait repoussé aussi loin que possible de son lit...

Y - Cela dépend, sortir pour faire quoi ? Te replonger dans la morosité ? Retenter une tentative de suicide ?

Malgré ses paroles, le ton de sa voix était doux. Mais elle cherchait à le faire réagir, qu'importe de quelle manière, toute émotion était bonne à prendre... Il dévisagea la jeune femme pendant de longues secondes avant de soupirer lourdement. Pendant un instant, il avait envisager de simplement hausser des épaules sans répondre, mais il doutait que c'était ce qu'elle voulait voir comme réaction de sa part. Il n'avait pas non plus envie de lui mentir. De lui dire ce qu'elle voulait entendre, comme ce qu'il avait fait avec la psychologue quelques minutes plus tôt. Mais il ne trouvait aucun argument en sa faveur pour le moment. Alors il opta pour la carte de la semi franchise.

K - Ils ne peuvent pas me garder si je demande à sortir. Et ils ne chercheront pas à argumenter si j'accepte le traitement de la psy.

Il avait fixé son regard dans le sien et adopter le ton d'un enfant boudeur, mettant au défi l'adulte responsable de trouver un argument capable de contrecarrer les siens assez efficacement pour le convaincre. L'enfant têtu, presque détestable. Il ne cillait pas cependant, la fixant en perdant quelque fois le fil, partant dans le vague une fraction de seconde, selon ses pensées et clignait très peu des paupières.

Y - Sauf que vu ton acte, j'ai aussi mon avis dans ta sortie de l'hôpital. Surtout que tu n'as pas laissé une bonne image à la psychologue, ne l'oblige pas à te faire prescrire un traitement médicament...

Elle voulait vraiment ne pas y arriver à cette option-là, elle ne voulait pas risquer de briser leur relation pour le tirer vers le haut. Cependant, elle était prête à tout maintenant.

Y - Car en soit convaincu, mais je ne te laisserai plus sombrer... Je te botterai le cul pour retrouver l'homme que j'ai épousé.

Encore une fois, il resta un instant silencieux, comme préparant son argumentaire avant de reprendre la parole, avec une pointe d'agressivité au fond de la voix sans pour autant que se soit encore une attaque. Seulement une suspicion.

K - Qu'est-ce que tu as contre le traitement médicamenteux ?

Il préférait encore prendre un cachet plutôt que de devoir faire face à un psychologue durant des heures... Il savait d'avance que se serait contre productif comme séance. Surtout s'il décidait de rester aussi buté qu'il ne l'était à ce moment là...

Y - C'est de la merde chimique qui te ramolli le cerveau, faisant de toi un légume. Alors oui, tu risques d'être plus conciliant, peut-être même joyeux selon les traitements... Mais c'est que de la poudre aux yeux, une illusion qui ne cachera que le fond du problème. Ce n'est pas ça dont tu as besoin, mais de percer l’abcès qui te rogne tes pensées et pour ça tu dois être lucide. De plus, je sais que tu es fort, tu n'as pas besoin de ça.

Elle marqua un pause, ne pouvant pas s'empêcher de déposer un chaste baiser au bord de ses lèvres. Elle comptait bien manifester son affection, qu'importe si ses réactions sont inexistante pour le moment. Elle veut qu'il sache que malgré tout, elle le désire et l'aime toujours.

Y - De toute façon, tu dois voir obligatoirement un psychologue. Tu n'y échapperas pas.

Il soupira, rageusement. Une part de lui voulait la mettre au défi, mais une plus grande part encore était las de tout ça et fatigué. Il n'avait pas encore assez de rage pour se battre. Il se contenta de la fixer intensément encore un peu, insensible à son geste, avant de se laisser lourdement tomber dans ses oreillers en détournant les yeux.

K - Je veux rentrer au Haras aujourd'hui.

Peu lui importait qu'il doive faire un scandale pour cela... Il était prêt à tout pour retrouver la solitude de son appartement...

Y - Uniquement si tu acceptes de manger quelque chose. Ne pense pas que j'ai pas vu que tu as repoussé ton plateau. Je peux concevoir que la nourriture ici n'est pas très appétissante, donc je suis prête à aller de récupérer quelque chose à l'extérieur.

Elle allait se révéler aussi têtu que lui, voir peut-être pire. La détermination brillait dans son regard, bien qu'elle savait que le combat risquait d'être difficile et qu'il allait jouer avec ses cordes sensibles. Mais elle ne lâcherait rien, elle ne le lâcherait pas tomber une nouvelle fois. Il tourna la tête vers elle, hésitant un instant à pousser le vice aussi loin que possible en l'envoyant chercher quelque chose à manger pendant qu'il filerait de l'hôpital. Mais après tout ce qu'il lui avait fait subir, se serait bien mal la remercier... A moins qu'un tel comportement ne la fasse fuir ? Il croisa les bras sur son torse, prêt à mettre à exécution son plan machiavélique quand une once de culpabilité l'arrêta. C'est d'une voix bourru, après un soupir rageur, qu'il accepta sa première proposition.

K - Très bien. Je te laisse aller signer les papiers de sortie ? Pendant ce temps là j'avale de mauvaise grâce le contenu de cet infâme plateau.

Il n'avait pas caché le dégoût dans sa voix, ni son regard noir. Mais il se prêterait au jeu. S'il n'y avait que ça pour qu'elle accepte et qu'il sorte d'ici, il le ferait. Avec une certaine vivacité retrouvée, il tira son drap pour aller chercher son plateau, se réinstallant avec lourdeur sur son lit pour commencer à découvrir les plats sans saveur qu'il cachait... Elle s'était levée aussi du lit, tachant de ne pas être toucher par sa contre voix ainsi que son regard noir. Après tout ne recherchait pas à faire naître des émotions chez lui ? Elle commençait à espérer ne pas fragiliser leur relation à cause de sa détermination à le tirer de sa dépression. Elle s'était dirigée vers la porte, s'arrêtant un instant pour se tourner vers lui.

Y - Je t'aime.

Sa voix était vibrante d'émotions puis elle quitta la chambre afin de signer ses fameux papiers. Il l'avait laissé partir sans un mot de plus mais lorsqu'elle se retourna pour lui dire qu'elle l'aimait, il suspendit son geste, et crispa les poings. Elle quitta la chambre sans qu'il ne lui réponde en face, murmurant plus pour lui même qu'autre chose à son départ.

K - Tu ne devrais pas...

* * *
Quand Yen refit surface avec ses papiers de sortie, il était habillé. Ezra lui avait ramené des vêtements propres et il était ensuite parti chercher la voiture, garée plus loin, sans omettre de lui faire comprendre à quel point il était déçu par son comportement et qu'il n'avait pas intérêt à recommencer, auquel cas il l'égorgerait lui-même. Loin d'en être touché, le coréen y avait vu une nouvelle façon de mettre fin à ses jours. Mais au fond, il savait que le métis ne ferait jamais une chose pareille... Il n'avait donc rien répliqué, encaissant les remontrances de l'irlandais sans broncher. Il avait seulement insisté pour emporter une boîte de somnifère, à défaut de pouvoir avoir autre chose.

Il avait ensuite nonchalamment suivit Yen jusqu'à la voiture, sans un mot. Il avait délibérément choisi de grimper sur le siège passager du tout terrain de l'équipe pour n'être en contact avec personne. Ezra le boudait, c'était une évidence. Il ne cessait de lui jeter des regard en biais en serrant les mâchoires. Kwaïgon faisait son possible pour l'ignorer, même s'il sentait le poids de ses regards sur sa nuque. C'est finalement en s'arrêtant très brutalement à un feu rouge, se rangeant sur le côté qu'il explosa. Le coréen, surprit par l'arrêt brutal, tendit les bras pour se retenir au tableau de bord, serrant les dents face à la vive vague de douleur qui lui remonta le bras gauche.

E - T'es qu'un enfoiré ! Tu le sais ça ? Un sacré connard même !

Son ton était rageur, à la limite du cri de colère. Le coréen s'obstina cependant à regarder devant lui, serrant son bras meurtri dans l'espoir de calmer la douleur.

E - T'avais pas le droit de faire ça. Ni à Yen, ni à Sora, ni à nous. A quoi tu pensais ? Tu crois qu'on a tenter de se suicider quand tu as été soit disant mort ? C'est jamais facile un deuil mais ce n'est pas une raison pour se foutre en l'air ! Surtout quand on a UNE FAMILLE !

Cette fois le coréen tourna la tête vers le métis, le regard plein de reproches. Il avait les yeux brillants, mais pas de larmes, plutôt d'une colère trop longtemps enfouie. Il répondit au métis en sifflant entre ses dents, tout le visage crispé.

K - Je l'ai tué Ezra. Il n'est pas mort tout seul.
E - Et alors ?! C'est tout comme ! Il était en fin de vie, tu lui a offert une mort douce. Que se soit toi ou la maladie, c'est pareil, le résultat est le même mise à part que tu lui as évité de souffrir le martyr ! Tu sais à quel point ça peut être douloureux comme maladie ? Crois moi, tu lui as fait un sacré cadeau !

Le coréen secoua doucement de la tête et détourna les yeux.

K - Tu ne comprends pas...
Ezra - Pardon ?! Répètes un peu ça !?[/color]

Le coréen eut un soupir las et tourna de nouveau les yeux vers le métis au visage toujours aussi colérique. Il répéta un peu plus fort, bien que les mâchoires toujours serrées.

K - Tu ne comprends pas...
E - Comment tu peux dire ça ? T'es pas à ma place à ce que je sache. Tu n'es pas le seul à avoir abattu des gens, et tu n'es pas le seul à avoir perdu un membre de ta famille proche ! J'avais une sœur qui était malade, et si à l'époque j'avais eu la possibilité de faire ce que tu as fait pour Nobu, je n'aurais pas hésité une seule seconde !

Il lui jeta un dernier regard furibond avant de soupirer lourdement en baissant les yeux sur ses mains. Il prit quelques secondes pour se calmer et reprit le volant pour se réinsérer dans la circulation, ajoutant d'un air colérique.

E - Alors ne viens pas me raconter tes putains de salades. Pas à moi Kwaïgon.

Le coréen ne répondit pas, gardant un moment les yeux fixé sur Ezra sans le voir, avant de reprendre sa position initiale en contemplant le paysage en silence... Ce n'est qu'une fois un peu de calme retrouvé que le métis croisa le regard de Yen dans le rétroviseur.

E - Excuses moi Yen... C'était un peu brutal comme freinage...
Y - Ce n'est rien... marmonna-t-elle.

Elle était encore légèrement sous l'émotion de la colère d'Ezra envers le coréen, qui fit resurgir les souvenirs de la scène. Cependant, les mots provoquèrent un certain soulagement chez la polonaise, qui ne se sentait pas seule dans la lutte pour remettre le coréen sur le bon chemin. Elle comprenait parfaitement la colère d'Ezra, elle-même la ressent. Et elle espérait que cela le fera réagir. Les deux hommes restèrent silencieux jusqu'au retour au Haras. Le métis se gara au parking avec un soupir et ils sortirent de la voiture. Automatiquement, le coréen glissa les mains dans ses poches. Le métis posa un nouveau regard sévère sur lui et finalement, se tourna vers Yen. Il avait un ton encore un peu dur mais ce n'était pas contre la jeune femme.

E - Si tu veux que je vienne lui foutre une baffe tu m'appelle. Sinon, dîner tous ensemble ce soir. Enfin... Je ne suis pas certain que tout le monde y vienne mais on vous y attend en tout cas...

Il attendit confirmation, sagement, se retenant fortement de ne pas tout de suite coller un pain au coréen, juste pour la forme, et soulager la rage qui fourmillait dans ses doigts...

Y - Je n'y manquerai pas... Merci, à tout à l'heure.

Elle tenta de lui lancer un maigre sourire, malgré qu'elle avait conscience du sérieux de sa proposition. Est-ce que le coréen avait aussi besoin d'un coup de pied physique ? Le métis leur lança un dernier hochement de tête avant de partir vers les élevages d'un pas vif. Son regard se tourna vers son époux, lui attrapant la main sans lui laisser trop le choix en se dirigeant vers leur chambre. Le coréen se laissa faire sans chercher à résister, bien qu'une certaine hésitation à la rébellion se ressente dans son geste. A choisir, il aurait préférer garder sa main.

Y - Tu veux parler ?

Le coréen haussa des épaules sans chercher à répondre. Il était agacé. Sans vraiment savoir pourquoi, ce qui ne faisait qu'accentuer son impression. C'était la première émotion véritable qui l’envahissait autant hormis la peine et le dégoût de lui même depuis le décès de Nobu. A plusieurs reprises sur le chemin de leur chambre, il ouvrit la main avant de la refermé sur celle de Yen, comme si le contact le gênait. Mais c'était involontaire, réaction inconsciente qui réagissait selon le fil de ses pensées.

K - De quoi ? Tu sais très bien que...

Il suspendit sa phrase. Non. Il n'avait pas envie d'entrer dans ce jeu là. Il avait failli finir par "je ne fais que répondre aux questions qu'on me pose" mais il n'avait pas envie de répondre aux questions. Il avait plutôt envie qu'on le laisse tranquille. De préférence seul, mais il pouvait difficilement compter là dessus après ce qu'il avait fait. Il se contenta de soupirer, regardant ailleurs pour répondre.

K - A quoi bon de toute façon ? Je ne vais que répéter ce que tu sais déjà. Tu vas essayer de me convaincre que j'ai tord, et je vais encore te dire que tu as aussi tord. Donc...

Il haussa de nouveau des épaules, regardant le bout de ses chaussures, l'air un peu boudeur...

Y - Je ne pensais pas forcément à parler de ce qui te ronge, de ton acte. Mais de parler de manière générale... Mais visiblement, c'est le silence que tu recherches, très bien. Va t'allonger sur le lit, enlever ton haut, je vais te faire un massage. Et non, tu n'as pas ton mot à dire, j'accepte ton silence, tu acceptes mon besoin de t'avoir avec moi.

Elle chercha à croiser son regard, sa voix était douce, malgré l'intonation autoritaire. Il releva les yeux sur elle, cherchant à savoir à quel point elle était sérieuse. Cherchant un moyen de se soustraire à l'une comme à l'autre des solutions qu'il avait en face de lui mais sans en trouver une.

K - Pourquoi un massage ?
Y - Parce que j'en ai envie. Et comme toi, tu as envie de rien faire, tu pourras même t'endormir, je m'en fou.
K - Tu masse des chevaux toute la journée, t'en a pas marre ?
Y - Un massage de cheval n'a rien à voir d'un massage humain... Et j'ai besoin de m’entraîner, donc non. Et je ne changerais pas d'avis.

Il la dévisagea un moment avant de finalement soupirer lourdement et enlever son polo, le jetant avec rage et se laissant lourdement tomber en travers du lit à plat ventre, gardant le silence... Elle ouvrit l'un des tiroirs pour récupérer l'huile de massage, puis elle s'installa sur lui en s'asseyant sur ses fesses en douceur. Elle versa une dose dans la paume de sa main qu'elle chauffa légèrement en frottant ses mains, puis elle commença des mouvements lents sur le dos de son époux. Rapidement, elle se mit à chantonner en polonais, bien qu'elle donnait l'impression de parler. Le coréen se laissa faire, se détendant doucement sous les doigts de la jeune femme. Il l'écoutait chantonner sans essayer de comprendre quoi que se soit. Mais il faisait l'effort de se concentrer sur sa voix, pour tenter de se vider l'esprit, ce qu'il ne parvint à faire qu'à moitié. Au bout d'un certain temps, il ferma les yeux sur de longues minutes, avant de les rouvrir, n'arrivant pas à s'endormir. Après un soupir agacé il fini par abandonner ses tentatives de sieste pour ruminer ses pensées, serrant de temps à autres les poings, inconsciemment, comme tout le reste de son corps... Elle sentait sous ses doigts les contractions de son corps, il allait falloir du temps pour qu'il puisse réellement se détendre. Et elle n'avait pas eu la prétention de croire qu'elle pourrait y arriver aujourd'hui même. Comme de chasser ses pensées qui doit encore l'envahir.

Y - Est-ce que tu veux voir Sora, ou je demande à Saskia de s'en occuper cette nuit aussi ?

Il avait entendu la question de la jeune femme, mais il n'y répondit pas tout de suite. Il se passa même un moment avant qu'il ne réponde, à la limite du temps imparti avant que son auteur ne se demande si la question avait bel et bien été entendue. Il soupira et tourna la tête pour que la jeune femme puisse comprendre ce qu'il répondait.

K - Fais ce que tu veux. Ne te prive pas de Sora à cause de moi...

Il retourna la tête cependant, face contre le matelas et le reste de sa phrase fut moins intelligible.

K - Ce n'est pas parce que son père est un monstre qu'il doit aussi ne pas voir sa mère...

Sa réaction fut vive à ses paroles, elle lui donna une immense claque dans le dos sans mélanger sa force. Et elle savait parfaitement où frapper pour que la douleur soit diffuse un long moment dans son corps.

Y - ET PRIVE SORA DE SON PERE CELA TE FAIRE RIEN ! TU T'EN FOU QU'IL PUISSE AVOIR BESOIN DE TOI, DE TON ATTENTION !

Un second coup frappa la surface de sa peau avant qu'elle ne quitte la chambre en claquant la porte derrière elle, en rajoutant furieusement.

Y - Tu quittes ce lit, et je te jure que tu le regretteras !

* * *
Le coréen avait obéit et n'avait pas quitter la chambre. Ni le lit à vrai dire. Il était longtemps resté immobile après son départ, à attendre que la douleur se calme avant de se retourner et de se mettre dans la longueur du lit. Il avait déniché un vieux livre dans sa table de chevet et avait lu toute l'après midi, jusqu'au retour de la jeune femme. Il ne s'était levé que pour aller chercher un verre d'eau dans la salle de bain. Toute trace de sa tentative de suicide loupée avait disparu. Mais cela ne l'étonnait pas vraiment...

En entendant la porte de la chambre se rouvrir, il leva les yeux de son livre pour croiser brièvement le regard de son épouse, quelques secondes, avant de se replonger dans ses lignes sans un mot. Il aurait pu s'excuser... Demander des nouvelles de son fils... Mais il n'en fit rien, même si au fond, une petite voix lui avait soufflé ces répliques... Il l'ignora, tout simplement, cette petite voix de la conscience et de la bienséance... Il jeta simplement un regard à l'heure et soupira avec lassitude. C'était bientôt l'heure du dîner et il n'avait aucune envie d'y aller. Sauf qu'au vue de la colère dont avec fait preuve Yen, il doutait fortement de pouvoir l'amadouer sur ce coup là...

Y - On nous attends pour le dîner.

Elle s'approcha du lit, l'incitant silencieusement à se pencher en avant afin qu'elle puisse regarder son dos. Elle n'avait pas de remords de l'avoir frapper, mais elle voulait vérifier que la zone n'allait pas rester trop douloureuse, ou que celle-ci avait enflé. Puis elle se dirigea vers la sortie, l'attendant pour rejoindre le salon du manoir. Elle salua les gens déjà installée, avant de s'installer à son tour en soupirant légèrement. Elle n'avait pas faim, mais elle se forcerait à avaler quelque chose. Le coréen s'était laissé examiné avant d'enfiler un pull fin à manches longues, recouvrant son bandage, avant de la suivre dans le Haras. Autour de la table, tout le monde était là, hormis Louna, Siobhan et Carter. Liam leur avait réservé des places pas trop loin de lui. L'éleveur leur sourit quand ils entrèrent dans la pièce d'ailleurs.

L - Yen ! Kwai ! Venez, vous êtes les derniers.

Les conversations s'étaient à peine interrompue à leur arrivée, mais elles avaient vite reprit. Ezra avait jeté un regard colérique à Kwaïgon, mais le reste des regards étaient plutôt bienveillants à son égard. Inquiet. Hormis un qui, dès qu'il le croisa, fit tout ce qui était en son pouvoir par la suite pour ne plus jamais le croiser : celui de Myriam. Plus que celui de tous les autres, le regard de l'éleveuse, noir, était presque effrayant.

L - Calum nous a fait la cuisine ! Apparemment c'est une spécialité vietnamienne... Un assortiment de plats sauté fait au wok... Très sympa, je ne connaissais pas vraiment. Et vous ?

Le coréen eut un bref hochement de tête et un faible sourire qui s'apparentait plus à une grimace pour toute réponse et attrapa le premier plat qu'il avait à porter de main pour se servir et le proposer à Yen.

K - Tu en veux ?
Y - Oui, merci.

Elle attrapa le plat tendu par son époux pour se servir assez modérément. Elle avait laissé son regard glissait vers le contenu du coréen pour être sûr qu'il s'était servi une portion relativement normale.

Y - C'est quoi le programme pour demain ?

Elle avait reposé le plat sur la table, attrapant sa fourchette pour y manger une bouchée. Les saveurs étaient délicieuses, dans d'autres circonstances elle se serait jetée sur son assiette avec une gourmandise pulsant son regard. Et elle se serait aussi probablement resservir rapidement en gardant bien le plat à côté d'elle. L'éleveur les imita et se concentra sur la jeune femme quand elle posa sa question.

L - Demain c'est la journée de repos de l'équipe. Je passerais à l'élevage pour nourrir et sortir les chevaux mais se sera tout, il n'y aura personne. Donc tu n'es pas obligé de venir. Surtout si tu as d'autres choses à faire.
Y - Rectification, c'est aussi ta journée de repos. On s'occupera de nourrir et de sortir les chevaux.

Le ton de sa voix ne laissa pas vraiment à la négociation possible, ni son regard qu'elle braqua sur l'éleveur. Il n'était pas difficile de comprendre qui était considérer dans l'utilisation de on dans la phrase. Et le principal concerné n'avait pas non plus le choix. Il sourit, un peu gêné, jetant un regard en biais à Kwaïgon qui soupira, las, avant de reporté son attention sur Yen.

L - Que la rentrée alors, je ferais le matin. Comme ça on pourra peut-être aller dîner en ville... Qu'est-ce que tu en dit ma chérie ?

Il tourna la tête vers Myriam qui acquiesça avec un faible sourire, n'étant pas vraiment sur la même longueur d'onde que lui. Elle continuait de fusiller le coréen du regard, assit en face d'elle, qui s'obstinait à garder les yeux sur son assiette pour ne pas la regarder. La polonaise avait lancé un regard à Liam, acceptant ses paroles. Elle aurait bien l'occasion de combler la matinée d'une autre manière. Mais une chose était sûre, elle n'allait pas permettre à son époux de ruminer dans leur chambre. Ils gardèrent un moment le silence, savourant à différents degrés leurs assiettes. Calum était un excellent cuisinier, Kwaïgon ne pouvait pas lui enlever cela. Ils avaient cependant des goûts et des origines un peu différentes qui les amenaient à cuisiner différemment, ce qui n'était pas plus mal. Ils s'étaient mutuellement apprit des choses en cuisine au fil des années.

En face de Kwaïgon, Myriam ruminait toujours en jetant au coréen des regards noirs. Arriva un moment où elle posa sèchement ses couverts et se leva, attrapant son verre au passage qu'elle jeta sur le coréen. Son contenu, mais également le verre en lui-même. Le coréen n'avait pas perdu ses réflexes et attrapa le verre au vol, bien qu'il fut incapable de retenir le vin qui avait éclaboussé toute la table entre eux deux et une bonne partie de son pull. Il leva les yeux sur elle, silencieux. Autour de la table, toutes les conversations s'étaient tu et tous les regards étaient tournés vers eux. Il se passa de longues minutes dans un silence tendu avant que l'éleveuse ne dise finalement quelque chose.

M - Je ne te pensais pas si égoïste.

Le coréen ne répondit rien, se contentant de hocher doucement de la tête comme pour confirmer ses paroles. L'ostéopathe eut un sourire cynique et posa des mains tremblantes de colère sur ses hanches avant de regarder un instant en l'air en se mordant la lèvre, les yeux brillant de colère.

M - Tu te ment à toi même en plus. Ça -elle désigne le coréen d'un geste vague- ce n'est pas toi Kwaïgon. Et ce n'est pas non plus celui qui a accouru au chevet d'un père malade... Tu as intérêt à le retrouver cet homme là Kwaïgon. Sinon tu le regretteras... Tout le reste de ta vie... Et si c'est le cas, j'espère qu'elle sera très longue... Pour que tu en souffre le plus possible.

La respiration chaotique, le corps toujours tremblant, la jeune femme échangea encore un long regard plein de colère et de reproches avec le coréen avant de s'excuser à demi mot envers les autres et quitter la pièce. Le coréen resta un moment interdit, reposant doucement le verre. Il eut droit à un regard colérique d'Izikel qui se leva d'un bond pour rejoindre Myriam. Après un soupir las, il entreprit de nettoyer la table, se levant pour aller chercher une éponge dans la cuisine attenante. Mais il ne revint pas dans la salle à manger. Il restait penché au dessus de l'évier, le regard vague, les mains agrippant avec force le rebord de l'évier, presque en apnée...

Yennefer repoussa doucement son assiette qu'elle venait de terminer, son regard en direction de la cuisine. Le geste ainsi que les paroles de Myriam l'avait surprise, elle ne s'était pas attendu à un tel comportement. Bien qu'elle avait vu le regard qu'elle lançait en direction du coréen. Comme pour Ezra, elle comprenait sa réaction, sa colère qu'elle avait du exprimer. Et elle pouvait difficilement prendre la défense de son époux, qui avait provoqué par son acte. Elle finit par se lever, pour le rejoindre en silence dans la cuisine. Elle resta là, à l'observer sans un mot. Le coréen avait plus senti la présence de sa femme qu'il ne l'avait entendu arrivée. Il se rendit compte à ce moment là qu'il retenait sa respiration et que ses doigts étaient contracté sur le rebord de l'évier. Il prit également conscience de la douleur qui irradiait dans son bras gauche, telle une brûlure. Il desserra les doigts et reprit une respiration un peu chaotique. Il se retourna finalement pour faire face à Yennefer, ne sachant pas vraiment quoi dire. Il tremblait légèrement et avait quelques sueurs froides à cause de la douleur. Il fini par souffler, dans un murmure chaotique.

K - Je crois qu'il est préférable de partir.
Y - Tu veux partir où ?

Elle avait demandé tranquillement, en croisant les bras sur sa poitrine. Une lueur de surprise s'était légèrement illuminée face à ses paroles. Il haussa des épaules en baissant les yeux sur ses pieds, s'appuyant contre le rebord de l'évier en se sentant vacillant.

K - Je ne sais pas... Ce ne sont pas les résidences qui nous manque. Tahiti, New York... Peu importe.

Yennefer pris le temps de l'observer avant attention, elle ne pouvait pas ignorer sa demande qui était selon elle positive. Toutes manifestations de sa part était un grand pas en avant, bien que le chemin sera long. Mais quitter le Haras... Elle commençait à se demander si elle aurait la force pour l'aider seul à remonter la pente ? Elle se pinça légèrement les lèvres.

Y - On peut aller à New York, j'ai bien envie de visiter cette ville. Cependant, si c'est pour refaire la moindre connerie, je te lâcherai à l'équipe...

Il hocha la tête en regardant toujours le bout de ses pieds. Il demanda timidement, le souffle toujours court.

K - Le psy que t'as conseillé le Dr Lane, il est de là-bas non ?
Y - En effet, bien qu'il a accepté de faire des déplacements si on reste au Haras. Il est aussi d'origine coréenne, qui sait il va peut-être te plaire.

Elle en doutait fortement, mais le sous-entendu de ses paroles étaient bien présente. Il n'allait pas échappé aux séances avec le psychologue. Il fit une grimace et hocha de nouveau de la tête avant de relever les yeux sur elle.

K - Est-ce que je peux te laisser annoncer la nouvelle et négocier avec Liam ? Je vais m'allonger...

Il se décolla de l'évier, toujours un peu vacillant et fit quelques pas. Il n'avait aucune envie de retourner dans la salle à manger. Malgré tout il s'arrêta quelques secondes pour croiser à nouveau le regard de Yennefer, murmurant.

K - Tu n'as pratiquement rien manger. Reste pour le dessert... Je vais seulement m'allonger.

Elle plongea son regard dans le sien, hésitante. Pouvait-elle réellement le laisser totalement seule, même pour quelques minutes ? Elle avait envie de garder une part de confiance en lui. Elle haussa vaguement de la tête, puis se pencha pour l'embrasser chastement avant de rejoindre l'équipe au salon. Il se laissa faire, bien qu'ayant une hésitation au contact des lèvres de la jeune femme sur les siennes. Dès qu'elle passa la porte, il prit le chemin de son pavillon, en évitant soigneusement de croiser qui que se soit...

* * *
Elle ouvrit la porte de leur appartement, portant Sora qui s'était agrippé à elle. Elle en avait profité pour recuperer son fils. Elle se doutait bien que son époux souhaitait partir rapidement, Liam s'était plié à sa décision malgré les regards sceptiques. Elle se dirigea rapidement vers la chambre, poussant un soupir légèrement en voyant qu'il n'avait pas menti et qu'il s'était bien allongé. Sora ne tarda pas à remarquer la présence de son père, manifestant rapidement son désir d'aller vers lui en gigotant tout en tendant les bras vers lui. Yennefer ne tarda pas à déposer Sora sur le lit, qui trottina à quatre pattes vers le coréen. Kwaïgon s'était endormi. Il s'était laisser tomber à sa place dans le lit, sans prendre la peine d'enlever ses vêtements ou de se glisser sous les draps. En sentant un poids sur le lit il se réveilla en sursaut. Il se mit sur le flanc et laissa Sora venir à lui, faisant simplement attention à ce qu'il ne chute pas du lit sans pour autant interragir avec lui. Il était encore un peu embrumé par ce réveil brutal mais ne dit rien, attendant seulement que les choses passent... La polonaise resta un instant à les regarder, elle ne peut pas empêcher un pincement au coeur de voir son fils réclamer l'attention de son père en vain. Mais malgré ça, Sora souriait en se blottissant contre son père.

Y - J'ai prévenu Liam. Tu veux partir quand ?

Il leva les yeux sur sa femme, reconnaissant. Il finit par hausser des épaules avant de baisser les yeux sur Sora qui souriait toujours.

K - Le plus tôt possible. Demain je regarderais les vols...

Au ton abrupt de son père, le petit garçon fronça des sourcils et tout sourire disparu de son visage. Le coréen soupira et regarda Yen.

K - Je pense qu'il vaut mieux que se soit toi qui le couche...
Y - Pour ce soir uniquement ! Il a besoin de toi, tu n'y échapperas pas.

Il eut un bref hochement de tête pour signifier qu'il avait bien comprit. Elle s'approcha du lit pour attraper doucement Sora qui ne tarda pas à se mettre à pleurer d'être éloigner de son père. Elle s'empressa de rejoindre sa chambre, prenant le temps pour le consoler pendant une longue heure avant qu'il n'y s'endorme dans son lit. Pendant ce temps là, le coréen se débarassa de ses vêtements et changea tant bien que mal le pansement de son bras, découvrant avec une légère grimace la cicatrice en formation qui lui séparait tout l'avant bras en deux. Il ne devait sa survie que grâce à l'intervention rapide de Yen et Ezra... Quelques minutes de plus et s'en était fini de lui... En revenant dans leur chambre, son regard se posa sur son époux.

Y - Demain matin, on ira faire quelques achats.

Il fronça des sourcils.

K - Quelques achats ? Qu'est-ce que tu veux acheter ?
Y - Sora a bien grandi ses derniers jours, donc il a besoin de nouveaux vêtements.

Il se glissa dans les draps avec un soupir, attendant la jeune femme. Elle alla dans la salle de bain, sentant un besoin d'une bonne douche pour détendre son corps noué. Elle traina sous l'eau avant de s'installer sur le lit en attrapant son livre de chevet sans réellement le lire. Il s'était allongé sur le flanc et la regarda faire un instant avant de finalement se mettre sur le dos, gêné par son bras. Il ne savait pas bien s'il avait bien fait d'insister pour sortir le jour même après seulement une nuit d'observation. Peut-être qu'il aurait été plus tranquille en restant à la clinique... Mais maintenant, le mal était fait. Il se sentait nauséeux et essayait de reléger au fond de son esprit les réactions de Myriam et Ezra. Il se prit à penser que toute l'équipe lui en voulait et le détestait, alors qu'en réalité, ils s'inquiétaient. Il eut un soupir las et ferma les yeux, sans pour autant s'endormir, trop prit par le flot de ses sombres pensées... Au bout d'un instant, elle referma le livre pour le reposer dans un soupir. Son regard se tourna vers son époux, qu'elle observa attentivement comme si elle souhaitait pouvoir lire dans ses pensées. Elle finit par briser le silence.

Y - Tu veux un somnifère pour dormir ?

Il papillona un instant des yeux avant de soupirer et tourner la tête vers elle pour répondre d'un hochement de tête.

K - Oui... Je crois qu'il vaut mieux...

Elle se leva du lit pour se diriger vers le meuble où elle avait rangé la boite de somnifère. Puis se dirigea vers la salle de bain afin de remplir un verre d'eau. Elle tendit le tour à son époux avant de se recoucher sur le lit. Est-ce qu'il ne serait pas préférable qu'elle en prend un aussi ? Non... Elle n'avait pas envie de dormir, elle resterait éveiller pour être sûr qu'il ne cherche pas à renouveller la tentative.

K - Merci...

Il attrapa le tout et avala le somnifère et tout son verre d'eau d'une traite, se recouchant avec lenteur, courbaturé. Vite rendu groggy par l'effet du cachet, il ne tarda pas à s'endormir, d'un sommeil sans rêves...

* * *
K - Ce n'est pas une bonne idée !

Yennefer la foudroya légèrement du regard avant de jeter un regard en direction de la porte de sa chambre. Elle n'avait pas pu fermé l'oeil de la nuit, mais elle était restée à ses côtés une grande partie de la nuit.

Y - Tu ne me feras pas changer d'avis.
K - Qu'est-ce que tu peux être têtue ! On peut t'aider, tu n'as pas besoin de gérer tout ça seule.

La polonaise rangea quelques vêtements dans la valise, elle avait commencé à préparer le séjour à New-York pour s'occuper autant l'esprit que les mains.

Y - Je vous appelerai si jamais j'y arrive pas... Mais peut-être qu'un terrain plus neutre l'aidera...
K - J'aurai plutôt tendance à croire que des paires de baffes sont la solution pour arriver à lui faire entrer dans le crâne qui va tout perdre à ce rythme-là. Comment peut-il faire subir ça à sa femme, à son fils !

Yennefer soupira sans pourtant rien rajouter de plus, elle plia l'un de ses t-shirt avec soin.

K - Ne sombre pas à ton tour.
Y - Cela n'arrivera pas.
K - Tu devrais demander à ce psychologue quelques séances, tu encaisses beaucoup de chose en ce moment... Cette tentative, ton père... Pas besoin de me lancer ce regard Yen, tu sais que j'ai raison. Et si tu veux l'aider correctement, tu vas aussi devoir t'aider toi-même.

Saskia lui lança un dernier regard avant de sortir de l'appartement en silence. La polonaise resta un instant immobile dans la pièce avant de se diriger vers la chambre où elle colla l'oreille à la porte afin de savoir si elle entendait du bruit. Dormait-il encore ? Il était encore tôt, puis avec le somnifère... Elle finit par s'écarter pour reprendre la préparation de la valise. Le silence avait de nouveau envahit l'appartement. Il fallu quelques secondes au coréen pour se rendre compte qu'il retenait sa respiration et qu'il serrait les draps avec force. Il lui fallu quelques instants pour se reprendre et retrouver son calme... C'est avec une certaine appréhension qu'il sortit finalement de la chambre, croisant les bras pour s'appuyer contre l'encadrement de la porte, regardant Yen avec une certaine sévérité, mais en gardant pour l'instant le silence... Elle suspendit un instant son geste en tournant la tête vers la porte, jetant un long regard avant de continuer à ranger la valise afin de rentabiliser la place.

Y - Tu as bien dormi ?

Elle se doutait bien de la réponse, posant juste cette question par habitude et politesse, oubliant ainsi la lueur de sévérité qu'elle avait aperçue dans son regard. Il eut un bref haussement d'épaule pour toute réponse, continuant de la regarder faire en gardant le silence. Avait-il entendu sa discussion avec Saskia ? Elles avaient pourtant chuchoté, mais vu la colère de son amie, le ton était monté régulièrement.

Y - J'ai commencé à rassembler quelques affaires. Sora ne devrait pas tarder à se réveiller.

Il hocha de la tête, pour signifier qu'il avait comprit mais resta immobile encore un instant, prenant une grande inspiration avant de soupirer fortement. Il se décolla de l'encadrement de la porte déclarant avec une certaine sévérité.

K - Elle a raison tu sais...

Sans attendre de réponse, et sans donner plus d'explication, il disparu dans la chambre, la traversant pour aller dans la salle de bain et dépouiller son bras de son pansement pour le refaire une nouvelle fois... Elle s'était légèrement figée à ses paroles, confirmant ce qu'elle avait redouté. Il avait entendu... Elle jura dans un souffle quelques insutles à l'intention de son amie, mais aussi envers elle-même. Puis, elle se dirigea à son tour vers la salle de bain.

Y - Raison de quoi ? Qu'il est préférable qu'on reste ici afin qu'on soit plusieurs pour te surveiller ? Raison que tu merites des baffes ? Ou que j'encaisse beaucoup trop de chose ses derniers jours ?

Elle aurait aimé ne pas aborder cette discussion, mais vu qu'il avait entendu autant s'en servir pour le faire réagir. Une réaction dont elle avait déjà percu sur ses traits du visage, maintenant elle voulait savoir exactement la raison. Son regard se posa sur la blessure de son bras, provoquant un frisson d'horreur chez elle. Elle en avait vu des blessures chez lui, elle l'avait déjà retrouvé à l'article de la mort... Mais cette blessure lui glaçait plus le sang que les autres. Il soupira, suspendant un instant son geste avant de poursuivre, ignorant un instant ses questions en cherchant ses mots. Il se passa un moment avant qu'il ne réponde, en haussant les épaules.

K - Tout. Mais je pense que le fond de sa pensée c'est que c'est une mauvaise idée que tu reste avec moi... Que c'est néfaste pour toi... Mais tu fais ce que tu veux... Je ne peux t'empêcher de rien.

Il haussa des épaules et poursuivit sa tâche les yeux baissé sur son bras.

Y - En effet, encore heureux que je fais ce que je veux. Et je ne compte pas te quitter à cause de cette passade difficile à vivre.

Elle marqua une pause, pour finalement changer de sujet, car Saskia pouvait être vive dans ses pensées. Et elle pourrait fortement sous-entendre ce genre de chose sous la colère...

Y - Tu souhaites toujours te charger des billets d'avion ?
K - Oui. Je finis ça et je m'en occupe.

Il ne changerait pas d'avis quand au reste mais il n'allait pas le lui répéter. Se serait un débat inutile qu'il savait perdu d'avance. Il ne chercherait donc même pas à s'y engager.

K - Je te laisse gérer les valises... Au pire si on a besoin de quelque chose on achètera sur place.

Il posa des compresses sur les points et refit le bandage, rendant le tout invisible au regard. En quelques minutes, il avait terminé et il fit ce qu'il avait annoncé. Ouvrant son pc, il chercha le premier vol commercial en partance pour New York et avec le moins d'escales. Il ne regarda même pas le prix, et acheta les trois billets, regardant sur son téléphone s'ils avaient bien chargé. Il ne tarda pas non plus à rassembler leurs papiers, lançant également les demandes de visas. Il ne savait pas s'ils en auraient besoin mais au moins, se serait fait. Finalement, il retrouva Yen pour brièvement lui annoncer la date de leur départ.

K - On part demain matin, l'avion décolle à sept heures. Je vais réserver un taxi. Ca te permettra de gérer tes urgences aujourd'hui...
Y - Parfait, merci.

Ils auraient pu partir le soir même mais le lendemain matin tôt les ferait moins souffrir du décalage horaire... Elle termina de boucler la première valise, en s'asseyant légèrement dessus pour la refermer plus facilement. Puis elle lui jeta un regard avant de tourner la tête vers la chambre de leur fils.

Y - Il doit être réveillé.

Le message était assez clair, il ne pourrait pas toujours se défiler face à son fils. Bien que c'était toujours déchirant pour elle de voir comment Sora cherche à attirer l'attention de son père en vain. Et qu'elle n'aimait pas voir se voiler son regard d'enfant. Il suivit son regard et eut un soupir avant de finalement se diriger vers la chambre de son fils. Quand il ouvrit la porte, ce dernier était bel et bien réveiller, et l'attendait, assit dans son lit, tout sourire. Il tendit les bras vers son père, qui le prit et se dirigea vers la salle de bain. Il le changea et l'habilla, râlant un peu quand il gigotait trop, faisant le strict minimum. Sora au début, cherchait à jouer, et attirer son attention. Mais il se rendit vite compte qu'il n'y avait aucune réaction de la part du coréen et ne chercha plus à jouer avec son père, se laissant faire sagement, trouvant d'autres distractions quand c'était possible. Une fois revenu dans leur espace de vie, le coréen déposa le petit garçon sur son tapis d'éveil et se tourna vers Yen.

K - Tu veux de l'aide pour la seconde valise ?
Y - Il faut faire la trousse de toilette, voir ce que tu veux amèner aussi...

Elle s'était dirigée vers Sora, en s'installant au sol en l'attrapant pour le blottir contre elle. Elle lui murmura tendrement, combien elle l'aimait. Elle prit le temps de jouer avec lui, lui consacrant l'attention que son père ne lui avait pas accordé. Le coréen avait acquiescé pour se diriger vers la salle de bain et remplir ladite trousse de toilette pour l'ajouter à la valise. Il ne mit pas longtemps à la faire et revint dans la pièce à vivre pour se diriger vers son bureau et commencer à rassembler les papiers et choses qu'il voulait prendre avec lui...

Y - Tu veux qu'on déjeune ici ou qu'on rejoint le salon ?
K - Je préfère resté ici... Mais si tu veux prendre l'air vas-y...

Il se retint d'ajouter une remarque à propos des autres. A vrai dire, il n'avait aucune envie de voir personne et tant pis s'il ne disait pas au revoir... Après tout, il était déjà parti sans saluer les autres par le passé... Alors pourquoi pas cette fois encore ? Il se laissa lourdement tomber dans un fauteuil après avoir rassembler une partie de ses affaires afin de regarder sa boite mail. Il préférait ne rien oublier ici et de ce fait, un petit tour de ses dossiers en cours n'était pas une mauvaise idée...

Y - On va déjeuner ici.

Il soupira lourdement mais ne dit rien, se résignant plus qu'autre chose... Elle n'arriverait pas à le laisser trop longtemps seul, ne pouvant pas faire taire cette voix qui lui murmurait qu'il allait recommencer. Et que la seconde fois serait probablement la bonne. Elle avait déjà eu tellement de chance, bien qu'il soit difficile de voir ça comme une chance... Elle finit par délaisser Sora, qui s'amusait seul avec ses jouets tranquillement. Et se dirigea vers la mini-cuisine de l'appartement afin de préparer le petit-déjeuner, quelque chose de simple. Elle n'avait pas réellement faim, mais elle se forcerait comme elle le forcerait aussi...

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↞ Chapitre 13 - Épisode 28 ↠
Quand les ombres s'emparent de l'esprit
Kwaïgon - Ezra - Yen - Myriam - Saskia - Misako - Liam
La japonaise regardait avec sévérité son élève noué un obi sur le dos de sa camarade. La jeune maïko était en formation et elle essayait de se rattraper d'une bêtise qu'elle avait fait le matin même, rendant un de leur précieux kimono hors d'usage. Au prix de ces habits de soie traditionnels, Misako pouvait difficilement laissé passer cela... Un de ses geisha passa la tête par la porte et s'inclina respectueusement devant la maîtresse de maison avant de lui annoncer qu'elle était attendu dans son bureau. Un appel longue distance apparemment. Un peu surprise, l'okasan remercia sa geisha, libéra ses maïkos et se dirigea vers son bureau, duquel elle referma la porte pour avoir un peu plus d'intimité. Dès qu'elle posa les yeux sur le cadran affichant le numéro, elle sut de qui il provenait. Elle sourit, de façon à ce que sa surprise et son sourire s'entende dans sa voix avant de répondre.

M - Yennefer-san ! Quel plaisir d'avoir ton appel ! Comment vas-tu ?

La voix de la japonaise provoqua un pincement au cœur, son sourire s'entendait dans ses paroles. Un sourire qu'elle risquerait de perdre en apprenant la nouvelle et la raison de son appel. Devait-elle tout lui dévoiler ? Elle jeta un regard autour d'elle, confirmant qu'elle était bien seule.

Y - J'aurai voulu t'appeler dans d'autres circonstances. Depuis son retour du Japon, Kwaï n'est plus que l'ombre de lui-même.

Elle marqua une pause, se mordant les lèvres avec force. Elle devait être honnête avec elle, puis elle sentait qu'elle avait besoin d'alléger le poids qu'elle portait sur ses épaules.

Y - Il... Il a fait... une tentative de suicide...

Sa voix s'était brisée, sentant l'émotion remontait jusqu'à ses yeux. Tout sourire disparu du visage de Misako et elle ne sut que répondre pendant un moment, laissant le blanc s'éterniser un peu entre elles. Elle tombait des nues... Jamais elle n'aurait penser le coréen capable d'un tel geste. Elle se reprit cependant et demanda à Yennefer, d'une voix ferme mais inquiète :

M - Mais... Une tentative... Donc il est... Toujours en vie ? Il n'est pas mort ?

Elle fronça les sourcils, finalement incapable d'imaginer ce fait. Elle l'avait déjà cru mort une fois, il ne pouvait pas trépasser une seconde fois... Pas de façon simulée en tout cas.

M - Il est à l'hôpital ? Qu'est-ce qu'il a fait ?

Elle enchaînait les questions mais sa voix restait ferme et posée, presque impérieuse, exigeant des réponses mais inquiète sur le fond. Elles parlaient de son fils après tout et elle sentait la panique s'emparer peu à peu d'elle...

Y - Il est toujours en vie, je suis... je suis arrivée à temps. Et Ezra aussi... avant que les secours arrivent chez nous...

Elle revoyait encore la scène, ses images la hantaient la nuit et même la journée quand son regard croise la baignoire de leur salle de bain. Arrivera-t-elle à les chasser complètement de son esprit ?

Y - Il a pu sortir de l’hôpital... Et... il s'est ouvert les veines. Sa vie n'est plus en danger maintenant...

Soudain, sous l'émotion elle éclata en sanglots, ne pouvant pas retenir sa tristesse. Malgré que Misako se retrouvait à l'autre bout de fil, elle avait l'impression de sentir sa présence à ses côtés. Elle avait bien entendu l'inquiétude qui vibrait dans sa voix.

Y - Je ne me suis pas rendue compte à quel point il souffrait... Il était devenu si... vide. Mais j'étais totalement perdue, je ne savais pas quoi faire... J'avais beau tenter de le faire réagir, en vain... Et puis... même avec Sora...

Misako était resté silencieuse, se figeant dans un horreur qui grimpait doucement en elle. Ce n'est que lorsqu'elle entendit les sanglots de Yen qu'elle se rendit compte de sa détresse à elle aussi. Elle se reprit, et, d'une voix calme, répondit doucement à la polonaise.

M - Bon... S'il est sauf c'est déjà ça... Maintenant qu'on sait à quel point il souffre on va pouvoir l'aider... Tu veux que je vienne passer quelques temps avec vous au Haras ? Tu n'es pas seule Yennefer... Tu n'es pas seule face à lui, on va tous t'aider. Il faut aussi lui trouver un psychologue... Tu as des pistes ? Les médecins de l'hôpital, qu'est-ce qu'ils ont dit ?

Elle enchaînait les questions mais restait calme et attentive. Il le fallait, elle le lui devait. Si elle voulait aussi apaisé la jeune femme, il fallait qu'elle reste calme et sereine et c'est ce qu'elle s'efforçait de faire... Yennefer inspira plusieurs fois afin de retrouver une respiration moins agitée. La voix de Misako l'aida beaucoup à se calmer.

Y - Il ne souhaite pas rester au Haras... Nous allons partir à New-york, peut-être qu'un terrain neutre pour l'aider. Et si jamais je ne vois pas de changement après quelques semaines... Je ne lui laisserai pas le choix de supporter les autres...

Elle marqua une pause, cette décision n'était peut-être pas l'idéale, car elle se retrouverait seule d'une certaine manière. Mais son instinct lui disait de prendre ce chemin-là, de tester...

Y - La psychologue de l’hôpital m'a donné les coordonnées d'un psychologue qui était prêt à faire le voyage jusqu'au Haras. Mais comme nous allons par chez lui... Il est d'origine coréenne, bien que ce détail importera assez peur à Kwai.
M - L'origine du psychologue n'y changera absolument rien... Ce qui peut changer, c'est s'il parle japonais et qu'il arrive à le faire parler en japonais. Autrement il y a de fortes chances qu'il se fasse manipuler... comme ses prédécesseurs...

La japonaise eut un léger soupir avant de reprendre avec calme.

M - Cependant j'approuve cette idée de partir à New York. C'est une grande ville, qui bouge, qui est toujours en activité à toute heure du jour ou de la nuit. Vous serez certes un peu isolés mais il craint tout particulièrement le regard des autres et je suppose que sa tentative n'a pas laissé ceux qui vous entourent indifférents ?
Y - En effet... Bien qu'ils sont tous inquiets pour lui, certains n'ont pas pu retenir leur colère face à sa tentative, avec plus ou moins de violence.

Elle eut un léger sourire, connaissant déjà la réponse à cette question.

M - Il a seulement besoin de temps et de soutien. Il va être imbuvable un certain temps, puis il aura sans doute une période de transition et après cela ira mieux...
Y - J'ai l'impression que tu dis ça comme si tu avais déjà vécu cet état-là par le passé, marmonna-t-elle dans un souffle.
M - C'est le cas... Une seule fois il y a très longtemps. Il a changé à ton contact mais il reste un homme égal, stable malgré la vie un peu dissolue qu'il a eu. Cependant, il n'avait encore jamais été jusqu'à la tentative de suicide... Tu sais à quel point il est difficile de le faire parler, inconsciemment c'est sans doute la seule solution qu'il a trouvé pour attirer votre attention.

De nouveau elle eut un léger sourire, se voulant rassurante, même si elle savait que Yen ne le voyait pas, elle le devinerait au ton de sa voix.

M - Souhaites tu que je vienne à New York quelques jours ?
Y - Je ne sais pas... Peut-être pas au début... Si jamais je vois que je n'arrive pas à l'aider. Je ne veux pas t'embêter, puis je ne sais pas comment peut réagir Kwaï.

Elle soupira légèrement avant de rajouter, avec un peu plus d'énergie comme si la discussion avec la japonaise l'aidait à rassembler ses réflexions positives.

Y - J'ai prévu de l'occuper une fois qu'on serait là-bas, des visites des environs... Comme une famille en vacances.
M - C'est une très bonne idée ! Peut-être que ça lui changera suffisamment les idées pour remonter la pente.
Y - Je l'espère, marmonna-t-elle du bout des lèvres.

Elle sourit, joyeusement malgré la gravité de la nouvelle, et reprit.

M - N'hésite pas à m'appeler ou à m'écrire si tu as besoin de parler ou même de crier. La période à venir va être difficile... Il peut se montrer d'une mauvaise foi sans borne. Mais vous valez la peine de se battre... Alors si tu perds courage, ou le contrôle, appelle moi.

Elle ne pouvait pas lui offrir grand chose de plus à ce stade...

Y - Merci... Merci beaucoup, je n'hésiterai pas à t'appeler ou t'écrire...
M - Je l'espère bien...

Les deux femmes se saluèrent et la conversation se termina là, laissant Misako légèrement tremblante... Mais que diable était-il en train de faire ? Elle resta assise devant son bureau de très longues minutes, immobile, une main sur le combiné qu'elle venait de poser sur son socle quand la voix fluette d'une de ses Maïko la sorti de ses réflexions sinistres. Elle sourit gentiment et suivit sa jeune apprenti, n'oubliant pas, dans un coin de son esprit, de prendre des nouvelles de Yen aussi souvent que possible...

*  *  *
Le trajet jusqu'à l'appartement de New-york avait été silencieux, uniquement brisé par les quelques gazouillis de Sora. Elle s'était perdue dans ses réflexions, le regard vers le hublot en admirant le ciel qui se lève, un nouveau jour qui commence. Et elle comptait bien tourner une nouvelle page...

Elle poussa un soupir de soulagement en ouvrant la porte de l'appartement, allant rapidement vers la salle de bain pour s'occuper un peu de Sora. Puis, elle commença à défaire les affaires, en jetant des regards vers le coréen.

Y - Je compte faire un planning à la semaine des activités qu'on va faire, mais aussi des menus. Tu as des envies ?

Elle se doutait bien de connaître déjà la réponse... Le regard du coréen, perdu dans le vague, se tourna lentement vers Yen et il mit quelques longues secondes avant de répondre.

K - Ce que tu veux sauf du japonais, coréen ou autre cuisine d'Asie du sud et de l'est. Il y a le contact d'un traiteur qui fait des menus et livre à la semaine dans le bureau. Tu peux jeter un œil...
Y - Je compte bien qu'on cuisine aussi, mais je regarderais cela peut donner des idées.

Il eut un soupir las et ramassa son sac pour le poser avec nonchalance sur une tablette spécialement prévue pour cela et s'approcha de la fenêtre. La dernière fois qu'il était venu dans cet appartement, c'était avec Moïra... Et même si cela faisait quelques années, cela lui semblait être une éternité avant ce jour. Durant le vol, il avait commencé à s'éteindre. La fébrilité qui l'animait jusque là, la colère envers lui même le maintenait dans un état irritable mais actif. Il continuait de travailler ses chevaux et d'être là. Le trajet jusqu'à la grande pomme avait consumé cette dernière flamme déjà vacillante. D'ombre de lui même il était passé à juste poussière.

K - Je voudrais profiter d'être ici pour voir James... Tu devrais le rencontrer d'ailleurs un jour. C'est lui qui gère tout tes biens.
Y - Il viendrait à la maison ?

Le coréen haussa des épaules.

K - Peut-être, ça dépend de son planning.

Il eut un léger soupir avant de doucement prendre le chemin de la porte. Avant de sortir, il eut un léger temps d'arrêt mais ne se retourna pas pour autant, adressant quelques mots à Yen.

K - Jason a rempli le frigo pour quelques jours normalement. Si tu ne veux pas faire appel au traiteur fais lui une liste, il ira faire les courses. Et si tu ne veux pas le voir, donne lui aussi notre planning par mail, de façon à ce qu'il vienne quand on n'est pas là...
Y - Ou on peut aussi aller faire les courses nous-même...
K - Ne le prive pas de son travail... Il dépend de nous.

Lentement, il sorti de la pièce pour regagner le rez de chaussé et se poster devant les grandes baies vitrées du salon. Le soleil du matin inondait la cime des arbres et de là où ils étaient, c'était presque comme s'il avait une mer verte et mouvante sous ses pieds... Elle l'avait suivi du regard avant de soupirer lourdement. Elle alla récupérer des feuilles de papier, ainsi qu'un stylo. En restant à côté de Sora qui jouait tranquillement, elle commença à faire le planning des activités possibles. Au fur et à mesure qu'elle écrivait, elle sentait la motivation monter en flèche. Elle ne lâcherait rien.

1 300 Lignes
Merci au correcteur !
utilisation d'un résumé x3
Des points pour Yen !! ^^
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