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One Team One Goal : Victory

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Chap 13 - Ep 26 | Perdre son âme...

 :: Chapitre 13
Jeu 1 Juin - 20:51

Perdre son âme
Chap 13 - Ep 26



La mort... Elle est en chaque chose, en chaque instant de la vie. Certains la craignent, d'autres l'accueillent avec bienveillance. Mais elle ne cesse jamais de rôder... Elle frôle les coins des pièces sombres, se cache sous les lits pour faire peur aux enfants, ou se laisse encore porter par la brise pour vous taquiner, les frais matins d'été... Etait-ce elle qui, en ce froid matin de fin d'été, est venu caresser la joue du jeune homme ? Jamais il ne le saurait vraiment, mais au fond, il le sentait...

Il se réveilla en sursaut, ouvrant grand les yeux d'un seul coup, comme si quelqu'un ou quelque chose l'avait doucement secoué pour le sortir de son sommeil. Pendant un instant, il se demanda se ce n'était pas à cause d'un cauchemar, mais il ne se souvenait pas de son rêve avant ce réveil brutal. Peut-être ne rêvait-il tout simplement pas... Il se redressa sur son séant et observa attentivement la pièce, tendant l'oreille. Mais il n'y avait rien d'anormal. Yennefer dormait paisiblement à côté de lui. La fenêtre entre ouverte laissait entrer un léger courant d'air frais, soulevant à intervalle régulier le voilage qui pendait devant elle avec légèreté. Une faible lumière pâle et grise, celle qui vient juste avant l'aube, éclairait la pièce, commençant à dissiper les ombres. Sa gorge se serra en même temps qu'un sentiment de malaise l'envahit, sans qu'il ne sache pourquoi. Instinctivement, il fronça les sourcils et se leva sans faire de bruit, se dirigeant à pas feutré jusqu'à la chambre de Sora. L'enfant dormait tout aussi paisiblement que sa mère. Il resta là un moment, à l'admirer, essayant de faire passer la drôle d'impression qui l'envahissait, mais cela semblait être en vain. Avec un soupir léger, il regagna sa chambre et se posta devant sa fenêtre, laissant l'air frais caresser son torse nu, le regard perdu sur l'horizon, enfermer dans ses pensées. Il mit un certain temps avant de se rendre compte du bourdonnement discret venant de sa table de nuit. Il posa le regard dessus, les sourcils froncés, sans pour autant la voir au départ. Finalement, il se rendit compte du rectangle lumineux se détachant du reste. Un appel ? Non... Seulement un message. Il attrapa d'une main leste le petit appareil avant de consulter ledit message. Il n'eut besoin que de quelques lignes pour sentir une vague glacée le parcourir. Son coeur se serra et il resta là, figé, avec la nette impression que tout autour de lui s'effondrait...

***

« Il faut que je parte. » La réplique avait résonné, impérieuse, pressée, dans le bureau de Liam. Elle était comme un appel inflexible, un ordre incontestable... Inviolable. Il avait été incapable de cacher son trouble puis son agacement face à l'incompréhension. Depuis qu'il était revenu avec Calum dans un état proche de la mort ou même plus encore, depuis qu'ils avaient vu Calum débarquer au Haras pour leur annoncer sa mort, ils étaient réticents à le laisser partir. Liam savait que personne, sauf peut-être Yennefer, pourrait le faire changer d'avis. Pas dans un tel état de trouble. Mais il essayait. Il essayait de le raisonner, de savoir ce qui se passait. Mais il était implacable. Il dit simplement à Yennefer qu'il devait partir quelques jours, que Misako avait besoin de lui. Il ne se donna même pas cette peine pour les autres. Il évita soigneusement Calum ; il aurait comprit en un regard et il ne voulait personne avec lui, pas même sa femme. Il avait prit le premier vol commercial qu'il avait trouvé en partance pour le Japon avec un petit sac de voyage avec lui. Une fois qu'il était monté dans le taxi le menant hors de l'académie, il s'était fermé ; sourd au monde qui l’entourait, essayant de se construire une carapace pour affronter les jours à venir...

***

Machinalement, il attrapa son sac sur le tapis roulant et le jeta sur son épaule. Il jeta un regard froid alentour, sans pour autant voir quoi que se soit. Il aimait les aéroports, leur ambiance fébrile ; l'excitation des enfants massé devant les baies vitrées, à regarder les avions avec des étoiles dans les yeux ; la course folle des voyageurs en retard zigzaguant à travers la foule ; le pas paresseux de ceux qui étaient très en avance ; le mélange de cultures et de personnalités, concentré en un même endroit ; l'odeur particulière de ces endroits grouillant de monde... Des villes dans les villes... Mais aujourd'hui, il était aveugle à tout cela. Il avait passé la douane sans mal. A vrai dire, maintenant qu'il avait des papiers japonais, c'était plus facile. D'un pas rapide, il prit la direction de la station de taxi la plus proche et attendit sagement son tour avant de s’engouffrer dans un des taxis jaunes de la file. Il resta silencieux tout au long du trajet, le regard perdu sur le paysage, la tête appuyé contre la paume de sa main, soutenu par la portière. Il leur fallu une bonne heure avant que le taxi ne le dépose devant chez lui.

Il paya le taxi et sorti, passant rapidement les portes d'entrée de son immeuble, tenues ouvertes par le portier. Il ne resterait pas longtemps. Il le savait. Il grimpa dans les étages uniquement pour prendre les clés de la voiture et de la cave. Il n'avait pas prévenu le gardien de son arrivée, et ne fut pas étonné de retrouvé l'appartement plongé dans le silence, le frigo entre-ouvert et débranché. Il ne s'attarda pas, n'accordant pas même un regard sur les lieux. Aussi vite qu'il était apparu, il disparu, reprenant l'ascenseur pour descendre à la cave cette fois. Entièrement carrelée, empli de rayonnages en métal sur lesquels étaient disposé des cantines ou des caisses, elle avait quelque chose d'inquiétant. Froide, sans vie... Et un peu trop propre pour ce que l'on se représentait d'une cave. Mais il ne cherchait pas à en faire un lieu chaleureux, au contraire. Elle n'existait que comme un entrepôt pour lui. Certain avait des conteneurs cachés, aménagés, lui, il avait une cave. Il parcouru les rayonnages, les yeux passant d'une cantine à une autre, lisant rapidement les étiquettes en japonais collé sur chacune d'elle. Il en cherchait une précisément. Quand il la trouva, il la fit glisser sur le sol et l'ouvrit. Elle contenait un système de cryogénisation et des petites boîtes de verre, contenant chacune trois fioles numérotés sans autre marque de distinction ou d'explication. Mais il n'en avait pas besoin ; il savait exactement à quoi servait ces boites. Il en prit une parmi la demi douzaine qui occupait la moitié de la petite cantine et remit le tout en place.

Il avait six heures de route jusqu'aux montagnes. Il voulait arriver le plus vite possible mais malgré cela, il prit le temps de s'arrêter au pied du mont Fuji, allumant une cigarette en contemplant la pointe enneigée du mont solitaire, appuyé sur le capot de sa voiture. Le soleil couchant donnait des teintes rougeâtres à la montagne, laissant la drôle d'impression qu'elle s'enflammait de l'intérieur. Il se laissa le temps de sa cigarette avant de reprendre la route, aveugle à la fatigue, ignorant la faim et la soif. Il aurait été bien incapable d'avaler quoi que se soit tant le nœud dans sa gorge était serré. Il entendit son téléphone sonner dans l'habitacle de la Nissan, mais y jeta à peine un coup d'oeil avant de détourner les yeux. C'était Calum. Et c'était la dixième fois au moins qu'il ignorait son appel. Il avait prévenu Lia et Yen de son arrivée sur le sol japonais, mais plus rien depuis. Il jeta le mégot de sa cigarette dans une poubelle proche et soupira longuement avant de se remettre derrière le volant. Il ne s'arrêterait plus jusqu'à la maison de Nobu...

***

La nuit était tombée depuis quelques temps lorsqu'il gara sa voiture à côté de celle de Lia. Dans son dernier virage, le faisceau des phares avait éclairé une silhouette solitaire, debout sur le perron, qui l'attendait. Il coupa le contact et s'étira, engourdi par ses heures de routes, avant de sortir de la voiture en prenant son sac. Il frissonna en sortant. L'air froid arrivait à vaincre facilement la maigre barrière qu'offrait sa veste de sweat noire et son polo gris. Il grimpa les quelques marches avec lenteur, s'arrêtant face à la silhouette qui lui barrait la route. Ils restèrent un moment ainsi, silencieux, avant que Lia ne décroise ses bras et s'accroche à son cou, en douceur. Avec un soupir, il répondit à son étreinte, refermant son bras libre autour d'elle en fermant les yeux. Il ressentait plus qu'il n'entendait les sanglots silencieux de Lia, mais il ne disait rien, restant immobile, se concentrant sur sa propre respiration pour ne pas flancher. S'il devait s'écouter, cela faisait bien longtemps qu'il aurait déjà fait demi-tour...

Il ne sut combien de temps ils restèrent ainsi en silence, mais c'est la morsure du froid qui les décida à entrer dans la maison. La demeure, qu'il connaissait si bien, était étrangement silencieuse et plongée dans le noir, hormis la pièce principale. La porte du salon était ouverte et une très faible lueur en émanait. Il suivit sagement Lia, qui avait de nouveau croiser les bras sur sa poitrine, comme si elle cherchait à se blottir contre elle-même. Elle gagna le salon et s'assit sur un siège, passant les jambes sous le kotatsu du salon. Le foyer était presque éteint et une théière pendait sur son trépied, au dessus du feu. Au milieu de la table, une grosse bougie était la seule source de lumière. Le coréen s'assit en face de Lia, et l'observa un moment en restant silencieux. Elle avait baissé les yeux sur ses mains et jouait avec ses doigts, sans doute pour s'occuper les mains plus qu'autre chose. Elle avait toujours son carré court asymétrique, mais il n'était pas parfaitement coiffé. De même qu'elle ne portait pas de maquillage et qu'elle avait revêtu un kimono très classique, bleu nuit. Il était étrange de la voir ainsi... Mais c'était une vision qui ne choquait pas le coréen outre-mesure. Il avait déjà connu Lia dans des situations difficiles et éprouvantes et savait comment elle pouvait réagir. En revanche, l'inverse n'était pas tout aussi vraie...

La voix de la japonaise, enrouée, le sorti de ses pensées. Il releva les yeux vers elle, se rendant compte qu'il fixait sans la voir la table depuis un long moment.  

L – J'ai renvoyé le personnel chez lui ce matin... Niyama a protesté mais elle est quand même partie.
K – Très bien...

Il hocha doucement de la tête avant de froncer des sourcils et relever les yeux sur Lia.

K – Elle parle ? Niyama... Je ne l'ai jamais entendu prononcer un mot...
L – Je ne l'avais jamais entendu non plus ! Mais oui elle parle.
K – J'ai toujours cru qu'elle était muette...

Lia confirma d'un faible sourire, partageant ses pensées. Ils se retrouvèrent de nouveau plongé dans le silence, perdu chacun dans leurs pensées. Une fois de plus, sans qu'il ne sache combien de temps s'était écoulé, Lia brisa le silence.

L – Tu veux boire quelque chose ?
K – Non, merci...
L – Ok...

Elle se tut, mais cette fois, elle sembla en conflit avec elle-même. Des larmes coulèrent sur ses joues et c'est d'une voix tremblante qu'elle reprit, serrant ses doigts avec force, les fixant sans pouvoir lever les yeux sur le coréen.

L – Tu devras attendre qu'il se réveille, il veut te parler... Je n'ai... Je n'ai pas pu me résoudre à le laisser souffrir, je l'ai mit sous sédatif... Il va falloir attendre qu'il arrête de faire effet pour qu'il se réveille...

Le coréen se contenta de hocher doucement de la tête sans rien dire, sentant son estomac se nouer plus encore. Il resta quelques secondes figé, avant de se lever pour rejoindre la console le long du mur du fond. Il sorti un mouchoir en tissu de l'un des nombreux tiroirs et le ramena à Lia, qui le prit avec une certaine gratitude. Lentement, le coréen reprit sa place, avec un long soupir. Il lutta pour articuler quelques mots, la mâchoire raide tant elle était serrée. Il prit cependant un ton aussi doux que possible en levant les yeux sur la japonaise.

K – Tu devrais aller t'allonger un peu. Tu es exténuée...

Elle sembla hésiter un instant, vouloir protester, mais finalement, elle hocha doucement de la tête et sorti un baby-phone de sa poche, qu'elle posa sur la table. Sans un mot, elle se leva et disparu dans les ténèbres de la maison, laissant le coréen seul avec ses pensées...

***

Un grésillement dans le baby-phone le fit sortir de ses pensées. Au dehors, le soleil commençait tout juste à coloré le ciel pâle.  Le coréen avait passé toute la nuit là, à contempler le ciel étoilé. Après le départ de Lia il s'était trainé jusqu'à la terrasse à l'arrière de la maison et s'était assit à même le sol, de façon volontairement inconfortable pour éviter de s'endormir. Mais même si la fatigue physique était là, le tourment émotionnel était trop présent pour lui permettre de trouver le sommeil... Le baby-phone grésilla à nouveau et cette fois, la voix ce Nobu, faible, s'éleva du petit appareil, réclamant Lia. Le coréen se figea l'espace d'un instant, avant de se lever et d'éteindre le baby-phone. Sur le chemin de la chambre de Nobu, il attrapa son sac et y fourra le baby-phone. Il passa devant la chambre de Lia, dont la porte était ouverte et il s'arrêta un instant devant elle pour regarder la jeune femme encore endormie, avant de poursuivre son chemin en silence...

Quand il entra dans la chambre de Nobu, en silence, il n'eut pas le choc auquel il s'attendait. Nobu était allongé sur son lit. La fenêtre de la chambre, ouverte, laissait entrer un air pur et clair, non vicié comme on avait l'habitude de le sentir dans les chambres des malades. Le japonais semblait fatigué, à bout de force mais il gardait un air calme et paisible sur le visage. On aurait presque pu croire qu'il était simplement fatigué, si il n'avait pas eu une perfusion à côté de son lit. Il tourna la tête vers Kwaïgon et lui sourit, faiblement. Il semblait content de le voir. Le coréen resta cependant figé sur le seuil de la porte et mit quelques secondes avant de le saluer, dans une révérence caractéristique. Le japonais leva nonchalamment une main pour balayer son geste avant de prendre la parole d'une voix faible et enrouée.

N – Pas de ça entre nous Kwaïgon... Approche.

Le coréen, les yeux brillants, resta un instant figé sur place avant d'accéder à la demande de Nobu. Le temps de refermer la porte derrière lui, il avait chassé les larmes de ses yeux. Dans l'embrasure de la porte, juste avant qu'il ne la referme, il croisa le regard humide de Lia, cramponné à l'encadrement de la porte de sa chambre, le fixant avec une certaine détresse dans le regard. Il ne supporta pas de voir son expression trop longtemps et s'empressa de faire glisser la porte en silence pour l'isoler du monde. Il s'approcha du lit de Nobu en douceur et en silence et s'assit à même le sol, pas très loin de la perfusion. Nobu continuait de lui sourire, et il continuait de rester silencieux. Ils s'observèrent ainsi pendant un instant avec que le japonais ne reprenne la parole.

N – Comment vont Yennefer et Sora ?

Le coréen hocha de la tête positivement et tenta de répondre, mais le nœud lui enserrant la gorge était trop présent. Il s'éclaircit la gorge et reprit, bien que sa voix fut plus rauque que d’ordinaire.

K – Très bien... Ils vont tout les deux très bien...
N – C'est bien... Très bien même... Ils sont venu au Japon avec toi ?
K – Non. Je suis venu seul.
N – Tu aurais dû les emmener...
K – Non...

Leur regard se croisèrent un moment, chacun reprochant silencieusement à l'autre de camper sur ses positions, mais finalement, Nobu sourit et tourna la tête pour contempler le plafond.

N – Je voulais te faire une sorte de discours... Te prier de faire attention aux autres comme à toi-même mais... Je sais maintenant que c'est parfaitement inutile. Tout cela, tu le fais déjà...

Le coréen ne dit rien, se contentant de laisser son regard vagabonder sur le paysage au dehors. Le soleil illuminait de plus en plus les sommets encore enneigés qu'il voyait se découpé indistinctement sur le ciel bleu pâle. Il ne sut combien de temps ils restèrent silencieux. Nobu avait fini par fermer les yeux, le coréen se perdait dans ses pensées. C'est finalement la voix du japonais qui le sorti de ses rêveries. Murmurante, empli cette fois d'une certaine souffrance qui serra le cœur du coréen.

N – C'est une belle journée...
K – Oui...
N – Il est temps Kwaïgon.

Le coréen hocha doucement de la tête mais garda le silence. Il fouilla dans son sac pour en sortir la boite de verre remplie de ses trois fioles. Il aurait voulu expliquer à Nobu ce qui allait se passer, mais il en fut incapable. Avec des gestes machinal, il prit deux seringues stériles et les rempli avec les deux premières fioles. Puis il émulsionna les deux substances à l'aide d'un système reliant les deux seringues. Un liquide blanc, opaque, se forma à partir des deux solutions transparentes mélangées. Avant de l'injecter cependant, il posa sur le cou du japonais une petite électrode, reliée à un petit électrocardiogramme. L'appareil, silencieux, ne comportait qu'un petit écran sur lequel s'affichait la fréquence cardiaque, matérialisée par la caractéristique ligne à pics. Il prit enfin une profonde inspiration et injecta le premier produit, doucement, en se servant du cathéter de la perfusion. Il ne fallut que quelques minutes pour que le japonais ne se sente lourd et soit au bord de l'endormissement. Il croisa le regard de Kwaïgon, restant ainsi à le fixer longtemps, les paupières de plus en plus lourdes. Il prit la parole d'un murmure, la respiration de plus en plus lente et profonde.

N – Merci...

Le coréen lui adressa un bref hochement de tête, ne pouvant empêcher les larmes dans ses yeux avant que le japonais ne s'endorme réellement. Avant qu'il ne puisse plus rien y voir à cause des larmes qui envahissaient ses yeux, le coréen prépara une dernière seringue de la troisième fiole et attendit, retenant presque son souffle, que le japonais atteigne une certaine fréquence cardiaque, très basse, pour injecter le contenu de sa seringue. Cette fois, l'effet fut immédiat : à peine la seringue passée que l'électrocardiogramme émettait un bip strident qu'il coupa immédiatement.

Incapable de rester là plus longtemps il se leva et sorti en trombe de la chambre, courant presque pour rejoindre le parc à l'arrière de la maison. Plié en deux, il eut à peine le temps d'appuyer une main contre un montant de fenêtre lorsqu'il fut prit d'un violent haut le corps, répandant dans l'herbe rase le contenu de son estomac. Le souffle court, chaotique, le corps tremblant, il lui fallut plusieurs minutes avant de pouvoir regagner la terrasse de bois. Il s'y assit, gardant les pieds dans l'herbe, et prit sa tête entre ses mains, essayant vainement de lutter contre le chagrin qui l'envahissait, face à l'horreur de sa situation. Pourquoi avait-il accepté ? Combien de père allait-il encore devoir tuer ? Il sentit grimper une boule d'angoisse et de panique dans sa poitrine, enflé jusqu'à l'éclosion et il éclata en sanglot...

***

Après sa crise de larmes, le coréen avait retrouvé avec peine assez de sang-froid pour faire évacuer le corps de Nobu par les autorités locales. Après quoi il était resté prostré sur la terrasse, le regard vague. Il avait à peine sentit Lia lui enrouler une couverture autour des épaules. Il avait perdu toute notion du temps et de l'espace, complètement enfermé dans sa bulle. Il était à peine conscient des passages de Lia autour de lui, lui proposant boisson comme nourriture, qu'il refusait à chaque fois d'un simple signe de dénégation, le regard désespérément dans le vague. C'était comme s'il ne ressentait plus rien. Combien d'heures s'étaient écoulées ? Il en était totalement inconscient. Il ignorait le doux bruit de la cascade qui s'écoulait dans le bassin, non loin de lui. Il ignorait le champ des oiseaux, le bruit du vent dans les sakuras, les gargouillements de son estomac, tout comme la course lente du soleil au dessus de lui et de la mine anxieuse que Lia posait sur lui. Il se sentait vide, dénué de tout sentiment, de toute émotion et de toute humanité...

C'est une silhouette l'enveloppant de ses bras qui le reconnecta à la réalité. Il se figea à ce contact, à cette étreinte, n'y répondant pas, essayant presque de s'y soustraire. D'un ton triste mais réconfortant, il entendit la voix de Misako, murmurant des mots réconfortant à son oreille. Mais il n'écoutait pas. Ses yeux se posèrent sur les arbres devant lui, et la silhouette sombre de la montagne se détachant avec peine dans la nuit brumeuse. Doucement, il reprit conscience de ce qui l'entourait, mais aussi de la douleur qu'il ressentait. Et cette reprise de conscience lui était insupportable. Il prit la parole, à demi-mot, à peine audible, mais d'un ton qui ne laissait aucune place à l’ambiguïté.

K – Laisse-moi...

Plus qu'une demande, c'était un ordre. Son regard se perdit à nouveau dans le vague et il se ferma au monde extérieur, sourd et aveugle à tout ce qu'il pouvait s'y passer...

***

Quand il ouvrit les yeux, il était toujours à la même place. La couverture resserrée autour de ses épaules, assit, en appui contre un angle de la maison, il avait toujours vue sur le parc, même si celui-ci semblait pencher, du fait qu'il avait lui-même la tête penchée. Il faisait clair, et il lui semblait être le petit matin. Cela signifiait donc qu'il venait de passer les dernières vingt quatre heures là, assit par terre. Son corps était perclus de douleurs et de courbatures quand il se releva. Ses jambes, tremblantes, faillirent céder sous son poids. Il renversa sans le vouloir ce qui semblait être une tasse de thé froid, qui avait sans doute été posée à côté de lui par Misako ou Lia. Il ramassa les morceaux de porcelaine brisée et se dirigea machinalement vers la cuisine. La maison était silencieuse, elle semblait même vide... Un peu comme à son image.

Il laissa tomber les morceaux de porcelaine dans la poubelle et se lava les mains avant d'aller satisfaire un besoin naturel qui ne saurait attendre plus de vingt quatre heure. A son retour dans la cuisine il était un peu plus conscient du monde qui l'entourait et maître de ses gestes, bien qu'il restait renfermé sur lui-même. Muré dans un silence et une froideur qu'on ne lui connaissait que trop peu. Un coup d’œil à l'horloge lui apprit qu'il était près de six heures. Après un léger soupir, il s'occupa les mains en préparant un petit déjeuner pour les filles...

Il avait préparé la table de la pièce à vivre, allumé un feu dans le foyer et infusé le thé. Il était en train de posé la dernière cloche de porcelaine sur un bol de bouillon épicé quand Lia entra dans la pièce. Elle avait les yeux gonflé et paraissait pâle. Elle serrait contre elle un kimono d'homme et cela n'aurait pas étonné Kwaïgon qu'il appartienne à Nobu. Ils se jaugèrent un instant, en silence avant que le coréen ne montre la table d'un vaste geste du bras, incapable de dire quoi que se soit. Lia inclina doucement la tête, soufflant un "Merci" à peine audible. Le jeune homme la laissa se diriger doucement vers la table et prendre place, mais, voyant qu'il ne la rejoignait pas et qu'il n'y avait que deux couverts, elle fronça les sourcils. Prenant la parole d'une voix rendu rauque par le chagrin.

L – Tu ne manges pas ?

Il secoua la tête en signe de dénégation et sorti vivement, ignorant ses protestations. Il coupa court à ses tentatives en fermant sèchement la porte derrière lui, disparaissant dans les profondeurs de la maison...

Ses pas le menèrent à l'armurerie, pièce qu'il avait complètement oublié et délaissé lors de ses derniers passages et qui était pourtant l'un de ses lieux préféré ici. Ce n'était pas une armurerie comme ils en avaient au QG de Tokyo, mais plutôt une sorte de musée, de reliquaire, en hommage aux armes traditionnelles japonaises. Des katanas, des tachi, des tessen et autres armes blanches traditionnelles. Distraitement, il passa la main sur la hampe d'un yari, cette longue lance à double lame, avant d'effleurer le fourreau d'un katana. Il fronça les sourcils en reconnaissant la signature sur le fourreau : un Kotetsu. Il ignorait que Nobu possédait un katana presque antique, d'une facture aussi célèbre qu'ancienne. Avec précaution, il sorti le sable de sa protection et en testa le tranchant. Il fut presque déçu de constaté qu'il était légèrement émoussé. Pourtant, cela ne le découragea pas pour autant. Il entreprit de polir la lame afin de lui rendre son tranchant d'autrefois. Il prit tout son temps, se concentrant sur ses gestes pour s'éviter de penser et de trop réfléchir. Il ne suspendit son geste qu'une fois, lorsqu'il vit Lia apparaître dans l'encadrement de la porte. Sans un mot, sourd à ses protestations, il la repoussa fermement à l'extérieur et referma la porte, ignorant les coups qu'elle donnait dessus, ses cris et finalement ses sanglots.

Encore une fois, il perdit la notion du temps, enfermé dans son univers. Il ne pensait plus qu'au tranchant de la lame du katana, et rien d'autre. Même Yen et Sora étaient exclus de ses pensées. Elles le menait à des idées noires, des doutes encore trop douloureux pour qu'il ne s'y plonge en espérant en ressortir sans dommages. Alors pour l'instant, il s'évitait de penser. Il passa des heures, enfermé dans l'armurerie, à polir le katana. Quand il sorti enfin, l'arme en main, dans l'idée d'aller vérifier son travail, le soleil était déjà presque au sommet des montagnes, annonçant ainsi qu'il était une heure déjà avancée de l'après-midi. Quand il entra dans la pièce à vivre, Misako et Lia étaient toutes les deux là, assise sous le kotatsu, parlant à voix basse. Elles se turent dès son entrée et il se passa un court instant de flottement durant lequel ils se dévisagèrent avant que le coréen ne brise le moment d'un soupir las. Sa mâchoire se crispa, mais il ne dit rien et se dirigea d'un pas vif vers la grande console qui bordait le mur du fond.

Il voulu prendre un mouchoir en tissu dans l'un des tiroirs mais son regard tomba sur un objet qui suspendit son geste. L'album photo de Sora que Yennefer avait fait parvenir à Nobu. Il était négligemment posé sur la console. Il serra les dents et les poings pour empêcher le tremblement qui commençait à monter en lui et détourna les yeux pour ouvrir le tiroir. Il n'eut cependant pas le temps d'y plonger la main : celle de Lia surgit presque de nulle part pour le devancer. Elle attrapa le premier mouchoir en tissu de la pile et fixa son regard dans le sien. Un regard empli d'une certaine colère mais surtout d'une détermination sans faille. Elle referma le tiroir d'un coup sec et tendit le mouchoir devant elle, en le tenant par un coin, le laissant pendre dans le vide. Avec un léger soupir, le coréen recula un peu, ajustant la distance entre eux et plaça les deux mains sur le tsuka, la poignée du katana. Il plaça ses appuis et d'un geste sec, rapide, balaya la lame devant lui de façon à ce qu'elle tranche le mouchoir. Ce qu'elle fit. Les premiers maîtres forgerons testaient le tranchant de leur lame ainsi. Un bon katana devait être capable de trancher un morceau de tissu sans le déchirer et sans effort. Il resta un instant figé, là, regardant la seconde partie du mouchoir tomber mollement par terre, le regard vague. C'est la voix de Lia, rauque de colère et à peine maîtrisée qui lui fit relever les yeux.

L – N'y pense même pas...

Il plongea son regard, dur et froid, dans le sien et serra les poings à nouveau. Croyait-elle vraiment qu'il pensait au suicide ? Maintenant qu'elle soulevait cette crainte, l'idée lui paraissait séduisante, mais il ignorait s'il en aurait le cran. Bien que... S'il arrivait à prendre assez de recul et se persuader -ce qui était déjà en partie fait- qu'il était bel et bien un monstre, il n'aurait pas de mal à presser la détente... Cependant, il balaya ce genre de réflexion et tourna les talons sans répondre. Avec un katana de ce tranchant là, personne ne tenta de le ralentir ou de le retenir. Ce qui l'arrangeait bien. Il retourna à pas vifs à l'armurerie et rangea le katana avec une précaution infinie.

Qu'allait-il faire maintenant ? Perdu, le regard dans le vide, il resta figé de longues minutes, avant de finalement soupirer et ressortir, dans l'idée d'aller errer dans le parc, sans but particulier. Mais lorsqu'il sortit, Misako l'attendait. Il se figea devant elle en constatant qu'elle l'empêchait d'avancer et croisa son regard rougi par les larmes. Ils se jaugèrent un instant en silence avant qu'elle ne prenne la parole d'une voix qui se voulait ferme mais qui restait douce.

M – Viens manger quelque chose.

Il secoua légèrement la tête en signe de dénégation, glissant les mains dans ses poches et baissant les yeux, mais la japonaise ne semblait pas de cet avis.

M – Tu vas venir manger quelque chose après avoir prit une douche. Calum et Yennefer arriveront demain matin.

Elle ne lui laissait aucun choix. Il releva un regard froid sur elle mais se contenta de serrer les dents sans rien dire. Cependant, elle ne put soutenir ce regard glacial bien longtemps. Elle le salua d'une légère inclination de la tête avant de tourner les talons en le laissant seul au milieu du couloir. Une fois qu'elle eut disparu, il eut un regard las, et obéit, bien qu'à contrecœur...

***

Il prit la route avant l'arrivée de Calum et Yennefer, malgré les protestations conjointes de Lia et Misako. Lia avait même été jusqu'à copieusement l'insulter en espérant le faire réagir, qu'il éclate de rage et de colère, mais cela n'avait pas été le cas. Il s'était contenté de les ignorer et de monter dans sa voiture, démarrant avant que l'une ou l'autre ne grimpe dans l'habitacle. Il roulait vite, trop vite, mais gardait une parfaite maîtrise de son véhicule. Mais en un rien de temps il se retrouva au cœur d'Osaka. Il se gara à l'aéroport, devant la sortie des VIP et attendit, en profitant pour allumer la dernière cigarette de son paquet. Il n'était pas censé venir chercher l'homme qu'il attendait mais il était désireux de s'isoler et de s'échapper de Calum, même si cela signifiait éviter Yennefer également. Il n'eut pas à attendre longtemps avant que James McSaghan passe les portes de l'aéroport, un sac de voyage sur le dos et une valise cabine à la main. Il sourit à Kwaïgon et lui tendit une main chaleureuse, que le coréen serra sans pour autant répondre avec autant de chaleur à son sourire.

J – Je ne savais pas que tu fumais !
K – Cela m'arrive, à l'occasion...

Le coréen l'escorta jusqu'au coffre afin de charger celui-ci alors que James poursuivais sur un ton presque joyeux.

J – Seulement des cigarettes ou parfois autre chose ?
K – Parfois la pipe mais cela reste rare.

Le coréen referma le coffre, jeta sa cigarette et se dirigea vers la portière conducteur alors que James l'imitait de l'autre côté du véhicule.

J – Jamais de roulées main ?
K – Jamais celles-là.

L'américain eu une expression admirative avant de refermer la porte sur lui et attacher sa ceinture.

J – Ta femme ne devait pas arriver ce matin ?
K – Si.
J – Et c'est moi que tu viens chercher ?
K – Elle est avec Calum.
J – Oh...

Il y eut une légère pause avant que l'américain ne reprenne, avec une certaine gravité.

J – Il faudra que je vous vois tous les trois.
K – Pas nécessairement. Je me trompe ?

Ils échangèrent un regard, las pour le coréen, scrutateur pour l'américain avant que ce dernier n'esquisse un sourire.

J – En effet... Ce ne sera pas le cas si tu ne le désire pas.
K – Je ne le désire pas. Tu es descendu où ?
J – Au St Régis...
K – Bon choix.

James acquiesça et se plongea dans la contemplation du paysage un instant, se perdant dans ses réflexions. Le coréen sorti rapidement de l'aéroport pour rejoindre la voie rapide en direction du centre d'Osaka. Finalement, après de longues minutes de silence, c'est James qui reprit la parole.

J – Les funérailles sont déjà organisées ?
K – Oui. Elles auront lieu après-demain.
J – Très bien.

De nouveau, le silence retomba dans l'habitacle. A l'évocation des funérailles de Nobu, le coréen s'était un peu tendu mais il restait silencieux et concentré sur la route. Il se passa encore une fois de longues minutes avant que l'américain ne reprenne, gravement.

J – Est-ce qu'on parle des choses qui fâchent maintenant ou est-ce qu'on attend un peu ?
K – On est sûr de ne pas avoir d'oreilles indiscrètes maintenant alors je serais tenté de te dire tout de suite.

James eu un bref hochement de tête avant de prendre une grande inspiration.

J – J'ai pu entrer en contact avec Kyoshi. Il ne sera pas aux funérailles et n'est pas présent sur le testament de son frère mais il te transmet toutes ses condoléances.
K – Il peut se les mettre où je pense...
J – Je lui ai répondu un peu plus poliment que cela mais bon...
K – Tu as lu le testament du coup ?
J – Oui, je suis son exécuteur. Je n'avais pas vraiment le choix.

Le coréen fronça les sourcils et tourna un regard étonné sur l'américain.

K – Toi ? Son exécuteur testamentaire ?
J – Je ne suis pas qu'un bon gestionnaire et chef d'entreprise Kwaïgon... Avant ça j'étais également un très bon notaire.
K – Je ne savais pas. Je pensais que le notaire de Nobu était japonais.
J – Il l'est pour ce qui est de la gestion de son patrimoine. Mais c'est à moi qu'il a confié son testament. Nous ne sommes pas nombreux à oser tremper les mains dans les trafics illégaux tu sais...
K – Certes... Qu'en est-il alors ?
J – Il va y avoir quelques grincements de dents mais... Tu ne préfère pas attendre qu'on soit plus au calme ?
K – Non. Nous sommes presque arrivé de toute façon.
J – Bien... Dans ce cas...

L'américain laissa échapper un soupir lourd, prenant quelques instants pour peser ses mots et sans doute bien les choisir. Le coréen garda le silence, poursuivant sa route dans une conduite toujours un peu trop rapide mais contrôlée.

J – Lia et toi êtes les deux légataires universels de Nobu. Vous héritez à part égale de son entreprise mais tu as en plus tout ses biens immobiliers. En contrepartie, Lia hérite de ses titres et actions en banque. Vous aurez bien sûr des frais de succession à payer mais ce n'est pas grand chose.

Le coréen acquiesça d'un bref signe de tête, réfléchissant rapidement avant de prendre la parole.

K – Qui gère le patrimoine immobilier ?
J – Une étude japonaise mais je peux tout reprendre si tu le souhaite.
K – Je préfère oui. Tu n'auras qu'à faire la balance avec ce que nous avons déjà avec Yen.
J – Il y a une condition cependant... Yennefer doit être exclue de ce patrimoine. Ils ne rentreront pas dans le cadre de votre contrat de mariage ni des biens de votre communauté.
K – Même suite à notre mariage ?
J – Oui. C'est une condition d'héritage.
K – C'est absurde.
J – C'est comme ça.

Le coréen eut un lourd soupir mais lâcha prise. Ça ne l'étonnait pas plus que cela, finalement, de la part de Nobu.

K – Bien...
J – Je suis désolé.
K – Ce n'est pas grave.

Le silence s'installa de nouveau dans l'habitacle alors que le coréen garait la voiture devant l'entrée de l'hôtel et en sortait, laissant le moteur tourner alors qu'un voiturier prenait sa place pendant que James récupérait ses bagages. Il confia ses sacs à un employé et entra dans le hall, vite suivit du coréen. Le lobby, très moderne et épuré, n'était pas sans déplaire au coréen. Il laissa James prendre les clés de sa chambre et le suivit ensuite tranquillement jusqu'au bar où ils commandèrent deux cafés. L'américain se débarrassa de la veste de son costume avec un léger soupir de soulagement avant de prendre place sur l'une des chaises hautes du bar sur lequel le coréen s'était installé. Il était habillé plus sobrement que son gestionnaire, d'un pantalon en coton et d'un polo noir.  

J – J'ai également les résultats d'analyses que tu as demandé.
K – Alors ?
J – Kyoshi n'est pas atteint. Il n'est pas porteur des gènes qui ont tué Nobu. Il est donc peu probable que Yennefer également et encore moins Sora.
K – Ils peuvent sauter une génération.
J – Je le sais bien. Il faudra que vous fassiez tester Sora dans tous les cas.
K – Et Yennefer.
J – Et Yennefer.

Ils se turent à nouveau, buvant doucement leurs cafés, le coréen se plongeant dans ses pensées comme il le faisait souvent ces temps-ci. En réalité, son regard devenait vague, mais il s'efforçait de faire le vide dans son esprit, de ne penser à rien dans ces moments là, se contentant de ranger dans un coin de sa tête les informations qu'il venait d'avoir pour y réfléchir plus tard. Mais pour l'instant il était incapable de réfléchir à quoi que se soit sans que ses pensées ne le ramène à ce qu'il avait fait, sans qu'il ne se répète inlassablement quel homme horrible il était. Alors pour éviter cette souffrance là, il s'évitait de penser. Une fois de plus, c'est la voix de James qui le sorti de ses pensées.

J – Kwaïgon ?
K – Oui ?
J – Ton téléphone.

Le coréen baissa les yeux sur le comptoir, où il avait laissé son téléphone qui vibrait furieusement. "Yennefer" était écrit en travers de l'écran. Avec un léger soupir, le coréen pressa une touche pour replonger le téléphone dans sa veille et ignorer l'appel. La jeune femme tomberait sur la messagerie. Le coréen releva les yeux sur James qui semblait compatissant, à moins que ce ne soit de la pitié.

J – Ils savent que tu es venu me chercher au moins ?
K – Non. Tu es le premier à qui je parle depuis deux jours.

De nouveau se téléphone se mit à vibrer furieusement, avec cette fois "Lia" écrit en travers de l'écran. Nul doute qu'elle laisserait un message copieusement rempli d'insultes.

J – Tu devrais répondre.
K – C'est mon problème.

James eut une brève inclination de la tête. Ils n'étaient tout de même pas assez proche pour ce genre de conseil. Même si leur relation allait un peu au delà d'une relation professionnelle typique, le coréen ne pouvait pas vraiment qualifié James d'ami proche.

J – Tu veux qu'on fasse la lecture seul à seul ou on prend Lia en même temps ?
K – Avec Lia en même temps, se sera peut-être plus simple. Je ne suis pas étonné que Calum ne soit pas sur le testament en revanche je suis étonné que Misako n'en fasse pas parti...
J – Moi aussi... Vous avez fouillé sa chambre ?
K – Pas encore.
J – Il faudra le faire, au cas où une dernière version serait quelque part sans que j'en ai connaissance.
K – Je regarderais.
J – Merci.

Le silence retomba une fois de plus, seulement troublé par les nouvelles vibrations du téléphone de Kwaïgon. Cette fois, c'était Calum. James leva les yeux sur le coréen dont le regard était à nouveau plongé dans le vide et interrogea d'une voix douce.

J – Tu veux que je réponde ?
K – Non. Ils attendront. Ils doivent être à la maison à l'heure qu'il est de toute façon. Avec Lia et Misako... Je ne m'inquiète pas pour eux.
J – Mais eux s'inquiètent pour toi.

Le coréen le fusilla du regard. Bien sûr, James avait raison, mais il ne comptait pas lui faire ce plaisir que de lui avouer. Il fini par avoir un soupir las en se plongeant dans son café.

K – Fais ce que tu veux.

L'américain eut un petit sourire et attrapa le téléphone du coréen pour répondre à Lia.

J – Lia ! Comment vas-tu ?! Cela fais si longtemps ! ... Très bien merci... Oui... Toutes mes condoléances. Je suis désolé pour ce qu'il vous arrive... Oui je sais mais bon... On espère toujours avoir droit à un peu plus de temps... Oui... Hm... Oui, Kwaïgon est avec moi. Il a eu la gentillesse de venir me chercher. On avait des choses importantes à voir et comme j'avais un rendez-vous un peu plus tard je lui ai demander de venir ce matin... Oui... J'ai un emploi du temps serré tu sais... Très bien oui... Non, non... C'est tout à fait ça... Non ne t'excuse pas... Par contre si tu pouvais passer le mot aux autres pour qu'ils cessent de l'appeler... Oui c'est un peu dérangeant... Les rendez-vous pro dérangé ce n'est pas pratique tu sais... Oui... Merci beaucoup Lia... On se revoit très bientôt de toute façon... Oui... Très bien ! Merci beaucoup ! A plus tard Lia...

Il raccrocha avec un soupir et rendit son téléphone au coréen, qui le laissa gire sur le comptoir. Leurs regards se croisèrent un instant sans que l'un ou l'autre ne dise quoi que se soit, avant que James ne brise à nouveau le silence.

J – Tu vas rester quelques temps ou tu vas repartir ?

Le coréen eu un soupir las à cette question et prit quelques secondes de réflexion avant de prendre la parole d'un air grave.

K – Calum ne reviendra pas. Après ce qui s'est passé au Mexique, il ne voudra jamais reprendre sa place au sein du clan. Mais je ne peux décemment pas laisser Lia gérer seule. Il me faut quelqu'un pour remplacer Calum, et ça ne se trouve pas à tous les coins de rues. Je ne peux pas non plus abandonner Lia face à cette tâche sans avoir trouver quelqu'un avant. Je savais, en posant le pied sur le seuil de Nobu le premier jour, que jamais je ne pourrais me détacher de ce monde. J'ai essayé, mais ça a toujours été en vain. Même si Nobu n'était plus à la tête du clan, il aidait beaucoup Lia dans la façon de faire tourner la boutique. Tu n'es pas sans savoir, je pense, qu'il y a d'ailleurs eu beaucoup de changement dans notre politique et nos trafics. Nous en avons céder pas mal pour nous tourner vers d'autres et développer des branches un peu plus légales, même si elles ne sont pas franchement reluisantes...
J – Oui c'est ce que j'ai cru comprendre...
K – Nous avons moins de problèmes avec les gouvernements, mais il n'empêche que nous sommes une entreprise, avec des milliers d'employés, et que ce n'est pas une tâche facile que de gérer tout ce monde. Beaucoup de gens, de familles, comptent sur nous, même si nous incarnons encore une autorité qu'il faut plus craindre et servir qu'autre chose... Et il ne faut d'ailleurs pas que ce rapport de force change. Mais avec Lia seule, elle risque de tout perdre... Il va donc falloir que je reste, au moins jusqu'à trouver quelqu'un pour remplacer Calum.
J – Tu as des idées en tête ?
K – Quelques unes... Mais ce n'est pas encore assez net.
J – Tu penses devoir rester longtemps ?
K – Je ne sais pas... Je ne veux pas aller trop vite et devoir le regretter ensuite.
J – Et c'est bien normal...

Le silence les enveloppa à nouveau, alors qu'ils sirotaient leurs tasses de café. James termina la sienne et posa sur le coréen un regard compatissant mais empli d'une certaine retenue.

J – Je te recontacterais pour la lecture. Mais elle se fera à la suite des funérailles. Il y a un temps à respecter au Japon ?
K – Après les obsèques tu veux dire ?

L'américain acquiesça brièvement.

K – Non. On peut la faire dès le lendemain.
J – Très bien... Tu rentres directement là ?
K – Non... J'ai négligé les rites funéraires, je dois m'en acquitter avant de regagner la maison.
J – Dans ce cas je te souhaite bon courage.

Le coréen le remercia d'un bref hochement de tête sans rien dire. Ils se serrèrent la main et James prit congé d'un pas vif, laissant le coréen seul pour terminer son café. Ce qu'il fit, avant de payer la note et repartir vers la sortie d'un pas lent...
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Dim 25 Juin - 17:26

***

Le temple était frais, calme et silencieux. Un moine murmurait des prières à quelques mètres de lui, ajoutant un peu de mysticisme à l'ensemble. Mais l'ambiance du lieu était apaisante et c'est tout ce qui importait au coréen. C'est tout ce dont il avait besoin. Se retrouver devant Nobu avait été une véritable épreuve pour lui, et c'est la main tremblante qu'il lui avait humidifié les lèvres, puis avait disposé fleurs, encens et bougie  auprès de lui, dans l'ordre précis dans lequel elle devait l'être. Il avait déposé un poignard sur sa poitrine et croisé ses mains dessus, enroulées dans un chapelet de cent huit perles. Enfin, il avait glissé une bourse de cuir rempli de monnaie dans sa poche. Le tout en ne cessant de murmurer des paroles de réconfort adressées à Nobu, comme l'exigeait la tradition. Le rituel, y comprit le fait de devoir surmonter la vague de violent chagrin qui menaçait de le submerger, avait duré une bonne heure. Ce après quoi il avait regagné le temple et s'était assit à même le sol sur l'un des tatamis. Le corps tremblant, il faisait de son mieux pour retrouver son calme, dans le silence du temple. Il y parvient, après plus d'une nouvelle heure d'attente et de d'exercices de respiration.

Il s'était efforcé de ne pas penser à ce qu'il avait fait, à ce que cela faisait de lui. Mais son esprit avait tout de même divaguer dans les méandres les plus sombres de son être. Plus que jamais auparavant il se haïssait lui-même. Plus que jamais auparavant il avait peur de lui-même. Quand bien même Nobu était condamné. Quand bien même lui avait-il évité des semaines, peut-être des mois d'une souffrance inutile, insupportable, il n'en restait pas moins un meurtrier. Et il s'effrayait de la facilité avec laquelle il avait exécuté sa tâche. Il n'avait pas oublié... Aucun des visages de ceux qu'il avait tué ne s'était échappé de sa mémoire. Et maintenant qu'un autre venait s'y ajouté, ils venaient tous le hanter, à nouveau. Il avait été, une fois de plus, impuissant, comme il l'avait été autrefois ; Il avait été incapable de sauver son père quand il avait mit le feu à leur maison, incapable de le convaincre de ne pas presser la détente. Incapable de retenir lui-même son geste, sa fuite. Il était jeune, certes. Mais il avait tout de même été impuissant. Il avait tué son propre père, pour sauver sa vie. Et qu'en avait-il fait de cette vie ? Rien d'honorable... Rien qui ne puisse faire de lui un homme honnête... Comment pouvait-on encore lui faire confiance après tout ce temps ? Après tout ces cadavres ? Les autres ne comprenaient décidément pas ; Il n'était pas bon de rester auprès de lui... C'était même dangereux. Mais finalement, il n'avait rien fait pour les repousser. Faible qu'il était, il avait accepté leur aide, leur amitié, leur confiance. Et comment le leur rendait-il ? En les tuant...

Il serra les dents alors qu'une unique larme perlait sur sa joue et s'écrasait sur le dos de sa main. Il prit une grande inspiration et fixa un instant l'autel en face de lui, constellé de bougies aux flammes vacillantes et aux morceaux de papiers gravés de prières. Il resta ainsi quelques instants, faisant le vide en retenant son souffle, avant de finalement se relever et rejoindre sa voiture, séchant ses joues humides, habillant son visage d'un masque dur et froid. C'est à contrecœur qu'il reprit la route et regagna la maison, mettant volontairement plus de temps qu'à l'aller, redoutant en partie ce retour. Il ne voulait voir personne. Il ne voulait que personne ne s'inquiète pour lui. Tout quitter ? S'isoler tel un ermite au sommet d'une montagne ? L'idée commençait à le séduire... Si cela pouvait lui permettre de ne tuer personne d'autre... Si seulement cela pouvait protéger les autres de lui-même...

Quand il gara la voiture, aussi loin que possible de l'entrée de la maison, il prit quelques minutes avant de descendre. Quelques minutes pour prendre une expression neutre, ne rien laisser transparaître, même au regard aiguisé de Yennefer. Finalement il sortit de la voiture et se dirigea d'un pas ferme vers la maison. Quand il leva les yeux, Lia l'attendait de pied ferme sur le perron, toujours enveloppée dans le kimono de Nobu. Sans lui accorder un regard, ignorant ses protestations, le coréen passa devant elle en la repoussant fermement mais gentiment et entra dans la maison. Il réserva le même sort à Calum et s'enferma dans la cuisine, se murant dans une silence aveugle et sourd pour commencer à préparer le déjeuner, avec des gestes sûrs et précis, sans trembler à aucun moment...

Sa colère, qui n'était que l'écho de son immense inquiétude, s’envola quand son regard se posa sur lui, elle en eut le souffle coupé. Elle s'était attendue à le voir détruit par le décès de Nobu, une douce mort qu'il avait fait de sa propre main. Mais elle ne s'était pas imaginé à ce point-là... Il semblait être plus que l'ombre de lui-même, loin de son époux. Elle l'avait suivi dans la cuisine en silence, mettant un moment avant d'oser s'approcher pour y poser une main sur son bras en murmurant du bout des lèvres son prénom. Le geste du coréen, en train de tailler en morceaux une pièce de poisson, se suspendit au contact de la main de Yennefer. Il ne l'avait même pas entendu ni vu le suivre et en était presque surprit. Il leva sur elle un regard vide, un peu vague, avant de lui servir une grimace à mi chemin entre le sourire contrit et le haussement d'épaule. Au fond de lui, une petite voix lui hurlait de répondre à son geste, de la rassurer, de lui dire quelque chose... Mais il en était tout simplement incapable. Il menait intérieurement une lutte acharnée pour ne pas éclaté en sanglot et pour conserver sur son visage une neutralité sans faille. Sentant monter en lui une boule de chagrin il détourna les yeux pour les poser sur son poisson et reprendre sa taille. Il lui fallu de longues minutes de silence et de reprise de contrôle pour pouvoir ouvrir la bouche, murmurant seulement, incapable de plus tant il avait la gorge nouée.

K – Tu as laissé Sora avec Saskia ?
Y – Oui.

Il eu un bref hochement de tête en réponse à la sienne. Elle le regarda, le fixant avec inquiétude avant de lui attraper plus fermant le poignet afin de le forcer à arrêter son mouvement. Il suspendit son geste encore une fois et posa son couteau avec lenteur, caressant la poignée du bout des doigts.

Y – Kwai... Viens-là...

Elle avait envie de l'enlacer, de serrer ses bras autour de son corps avec possessivité, mais aussi avec désespoir. Elle craignait d'avoir perdu l'homme qu'elle avait épousé, qu'elle aimait. Elle avait besoin de se replonger dans son odeur... Il hésita, l'espace d'un instant, resserrant les doigts sur son couteau. C'est finalement avec un soupir qu'il fit face à la jeune femme, se laissant enlacer, sans pour autant répondre véritablement à son geste. Il referma un bras autour d'elle, laissant son regard partir dans le vague, silencieux. Elle ferma les yeux, sentant l'émotion qui commençait à la submerger. Elle ne savait pas comment réagir, ni les mots qui pourrait le soulager. Était-il seulement possible de soulager ce deuil-là ? Une main caressa avec tendresse et amour la base de sa nuque, jouant avec ses cheveux. Elle ne voulait pas le lâcher, mais elle savait qu'elle ne pourrait pas le retenir bien longtemps. Il la laissa faire, sagement, durant de longues minutes. Ce n'est qu'en entendant la dispute entre Calum et Lia dans la pièce d'à côté qu'il se reconnecta à la réalité du moment. Il serra brièvement le dos de son épouse et se détacha d'elle pour reprendre sa taille du poisson. Il eu un léger soupir, se forçant à un murmure à l'adresse de la jeune femme.

K – Si tu veux rester là il y a des légumes à tailler. Mais je ne suis pas de bonne compagnie. Peut-être que Misako, Calum et Lia en seront de meilleures...

Bien qu'à entendre leurs cris, il doutait qu'ils soient véritablement de meilleure compagnie que lui... Mais il n'avait rien d'autre à offrir. Il n'arrivait même pas à se décider s'il lui en voulait ou non d'être venu jusqu'au Japon. Une part de lui lui en était reconnaissant mais sa part sombre aurait préféré qu'elle reste au Haras. Il tut ses doutes cependant, se remettant à la tâche en silence, jouant des couteaux pour faire un déjeuner qu'il ne mangerait probablement pas. Elle resta un instant immobile, l'observant dans ses gestes. Elle ne savait toujours pas comment réagir... Elle se décida à tailler les légumes, ne pouvant pas se résoudre à le quitter maintenant qu'elle l'avait retrouvé. Et cela malgré la sourde colère qui pulsait dans ses veines d'avoir été ignorer. Il l'avait blessé, probablement inconsciemment et vu les circonstances elle ne pouvait pas exploser.

***

Il avait terminé la préparation du déjeuner en silence, l'avait servit sans rien dire, fait acte de présence quelques instants puis il avait prit la fuite sans rien avaler d'autre qu'une tasse de thé. Il avait voulu allumer une cigarette, pour se souvenir qu'il avait fumé la dernière de son paquet le matin même. Alors il avait fouillé dans le bureau de Nobu, dans le but d'y trouver du tabac, ainsi que, peut-être, une version inconnue de son testament. Il n'y avait rien qui ressemblait à un testament mais en revanche, il trouva une vieille pipe en bois et du tabac. Il se réfugia dans un coin de la terrasse, pelotonné dans l'ombre, entouré de la fumée de sa pipe, silencieux, le regard perdu dans le vague. Il était comme engourdi. Las. Une coquille vide... Une enveloppe charnelle sans l'ombre d'une âme pour l'animer et l'habiter, la faire vivre. Le fil des pensées qu'il avait eu le matin même, dans le temple, était revenu à lui avec une certaine perfidie. C'était comme si une voix sifflante susurrait à son oreille sans arrêt, l'emmenant d'une idée noire à une autre, le plongeant peu à peu dans un cauchemar éveillé, un chaos qu'il n'avait jamais cru possible jusqu'ici.

Il avait vu, du coin de l'oeil, Lia passer, sortant en courant de la maison, en larmes, alors que Calum tentait de la retenir en vain, se voyant gratifier au passage d'un coup de genou un peu trop bien placé qui le dissuada de poursuivre la japonaise. Il avait vaguement eu conscience que Calum lui avait fait une remarque acerbe, mais rien de plus. Misako ne l'avait plus approché ni ne lui avait adressé la parole depuis la veille, quand elle lui avait ordonné de prendre une douche et avaler quelque chose. Et pour l'instant, il n'avait pas non plus revu Yennefer depuis qu'il s'était éclipsé après le déjeuner. Mais il l'avait exclue de ses pensées. Non pas qu'il ne veuille pas penser à elle ou qu'il ne ressente plus rien pour elle, bien au contraire. Ses idées noires la rendait, elle et Sora, plus douloureux encore que n'importe quoi d'autre. Autant que la mort de Nobu elle même... Plus que pour n'importe qui d'autre qu'eux, quel homme était-il devenu ? Comment pouvaient-ils encore lui faire confiance ? L'aimer ? Après tout ce qu'il avait fait... Après ce qu'il venait de faire... Cette simple idée lui était insupportable. Alors il s'enfermait dans le silence, toujours plus profondément...

Elle l'avait cherché pendant plusieurs minutes avant de poser enfin son regard sur sa silhouette, malgré l'obscurité où il s'était installé cela ne pouvait être que lui. Elle resta un instant à distance, croisant les bras autour de sa poitrine en retenant sa respiration. Son inquiétude grandissait d'heure en heure, elle avait la douloureuse impression qu'elle était en train de le perdre. Lentement, elle s'approcha de lui pour venir délicatement se coller contre son dos, posant sa tête tout en resserrant ses bras autour de lui.

Y – Tu n'as pas le droit de mourir à ton tour... Tu n'as pas le droit de m'abandonner...

Elle ne pensait pas à une mort physique, mais à celle de son âme. Le contact de Yennefer, bien que doux, l'avait surprit. Plongé dans ses pensées comme il l'était, il l'avait à peine été conscient de son approche. Lui qui d'habitude était toujours sur le qui vive, trop attentif, il se laissait surprendre sans arrêt, signe qu'il n'était déjà plus tout à fait lui-même. Il entendit ses paroles mais mit un certain temps avant de répondre. Une foule de pensées plus effrayantes les unes que les autres le submergeait doucement et il luttait pour ne pas céder à leur appel morbide. C'est d'une voix enrouée qu'il reprit la parole, à peine plus forte qu'un murmure, et affreusement plate et sans vie, là où elle aurait dû être empli d'une étincelle de colère et de rébellion. Un ton qui sonnait comme un abandon, comme s'il avait déjà baissé les bras...

K – Tu serais pourtant mieux sans moi... Regardes donc... Tu ne vois pas tout ce qui arrive à ceux qui m'entoure ? Regarde Calum... Traumatisé, humilié, torturé... Lia qui a été obligé de fuir, exilée de son propre pays... Mes parents, ma soeur, Nobu, sa femme, ses fils... Liam et Louna qui ont été kidnappé et torturé à cause de moi... Qui sera le prochain ? Qui d'autre va mourir ou souffrir à cause de moi ? Combien de temps encore avant que je ne doives tuer quelqu'un que j'aime ? ... Comment peux tu encore m'aimer après tout cela...

Il secoua doucement la tête en signe de dénégation, reprenant sur un ton légèrement plus bas, comme s'il se parlait à lui-même.

K – Je ne le mérite pas... Je ne mérite rien en ce bas monde...

Son murmure se perdit dans le fil de ses pensées. Ne rien mériter... Pas même la mort... Un frisson désagréable lui parcouru l'échine face à une pensée tout aussi désagréable... Et si la prochaine personne qui réclamerait son aide comme l'avait fait Nobu était Yennefer elle-même ? Cette pensée fugace l'avait effleurée plus tôt dans la journée, quand James lui avait communiqué les résultats des tests de Kyoshi mais elle revenait maintenant en force, s'imposant à lui, prenant le pas sur tout le reste. Le choc de cette révélation, jusque là latente, lui coupa le souffle. La barrière qu'il s'était efforcer de reconstruire pour maintenir à distance le flot de ses émotions céda à nouveau. Et se traduisit par une réaction physique aussi inattendue que violente. Il eut tout juste le temps de se lever, abandonnant Yennefer et sa pipe sur la terrasse, et de faire quelques pas avant d'être de nouveau secouer par un violent haut le cœur. Sauf qu'il n'avait pas grand chose dans l'estomac à rendre cette fois...

Il resta plié en deux longtemps, appuyé contre un arbre. Les paumes croisées sur le tronc, le front appuyé contre le dos de ses mains. Tout son corps tremblait, frissonnait, comme s'il avait froid. Son souffle était chaotique, ses yeux fixaient le sol sous lui sans le voir. Il fallait qu'il sache. Il fallait que Yennefer fasse ces tests. Mais pour cela, il fallait que Daria se décide à lui révéler l'identité de son père... Il avait occulté ce fait jusque là. Même s'il l'avait dans un coin de son esprit en permanence, tant que Nobu était vivant, la maladie ne lui semblait pas dangereuse. Plus simplement, il l'ignorait pour ne pas y être confronté. Il faisait l'autruche avec tellement de brio qu'il avait presque réussi à se persuadé que leur filiation n'était pas importante, que cela n'avait pas d'impact. Mais ce n'était pas le cas. Il s'était voilé la face tout ce temps. Ce n'était pas parce que Kyoshi avait fait un test négatif -qui pouvait être un faux négatif après tout- qu'il n'était pas porteur, et que de ce fait, Yennefer ne pouvait pas être atteinte. Maintenant qu'il s'en rendait compte, que Nobu était mort, cette ignorance lui devenait insupportable... Au point de le rendre malade...

Elle était restée silencieuse, le cœur serrait à l'énonciation de ses paroles lourdes d'émotions. Jamais, elle n'aurait cru le voir aussi dévaster, comme résigné de son sort et avec une image noircie de lui-même. Se voyait-il réellement comme un monstre ? Comment pouvait-il croire qu'elle serait mieux sans lui ? Elle se décida à s'approcher, après l'avoir observer sans savoir comment réagir.

Y – Non, je ne serais pas mieux sans toi... Je t'interdis de croire que tu es un monstre, que tu n'apportes que la mort autour de toi. Tu m'as offert la joie, l'épanouissement dans ma vie... Et un fils. Tu n'es pas coupable de la mort de Nobu, tu as respecté sa volonté aussi difficile qu'elle a pu être, car tu n'es pas lâche Kwaigon. Tu tiens tes promesses, il ne voudrait pas que tu culpabilises pour ça...

Sa voix était tremblante, ses larmes s'écoulaient silencieusement sans qu'elle puisse les retenir. Elle était incertaine de l'impact de ses mots, car elle était trop préoccupée. En entendant Yennefer proche de lui, il releva les yeux. Aussitôt, la nausée s'accompagna d'un vertige le faisant vaciller. Il se retint à son arbre, avec difficulté. Le manque de nourriture, d'hydratation et de sommeil s'imposait violemment à lui. Il tremblait toujours et quand il croisa le regard de Yennefer, le cœur battant. Il était incapable de lui répondre. Il était incapable de réagir. Il s'effondrait, au sens littéral du terme. Une larme perla le long sa joue. Avec lenteur, il secoua faiblement la tête en signe de dénégation avant de s'effondrer sur lui-même, inconscient...

***

Il papillonna des yeux un moment avant de les ouvrir et de réellement prendre conscience de ce qui l'entourait. Il était allongé sur un lit et emmitouflé dans une couverture, roulé en boule sur le côté. Une migraine lui enserrait les temps et il se sentait tout engourdi, courbaturé. Comme s'il avait une mauvaise grippe. Il laissa un long soupir s'échapper de ses lèvres et il regarda autour de lui, sans pour autant bouger. Il n'en avait pas la force à vrai dire. Il se sentait tellement faible, tellement mal... Ses yeux mirent un peu de temps à s'habituer à la semi obscurité ambiante mais ils firent lentement le tour de la pièce, jusqu'à se poser sur une silhouette familière... A la vue de Yennefer, son coeur se serra, au souvenir douloureux de la piètre figure qu'il lui présentait depuis qu'elle était arrivé. Malgré tout elle était là, elle était resté... Mais au fond de lui, l'effroi soulevé par l'ombre de la maladie s'insinuait de nouveau en lui, le rendant de nouveau nauséeux en plus de ses tempes douloureuses...  

Quand il s'était effondré dans l'inconscient, elle n'avait pas pu retenir un cri de désespoir, libérant son inquiétude à cœur déployer. Elle mit un moment à retrouver son calme, certaine que la vie de son mari n'était pas en danger. Et que cela était la conséquence d'un manque de sommeil, d'hydratation et de nourriture. Elle s'était installée sur un fauteuil près de son lit, où elle s'était finalement assoupie dans sa lecture. Et elle fut éveillée en sentant le livre légèrement glissé... Rapidement, son regard se posa en direction du coréen, croisant alors l'iris de ses pupilles. Elle se leva d'un bond pour réduire la faible distance entre eux, plongeant une main tendre dans ses cheveux avant d'y déposer un chaste baiser.

Y – Je t'aime.

Il la regarda faire sans bouger et sans broncher. Il ferma simplement les yeux à son approche et à son contact. A ses mots, un étau lui enserra de nouveau la poitrine, lui arrachant une légère toux et l'empêchant de répondre tout de suite. Il rouvrit les yeux et répondit dans un murmure enroué.

K – Pourquoi... ? Tu ne devrais pas...

La suite de sa phrase se perdit dans ses pensées alors que son regard partait dans le vague. Il était dangereux. Trop pour elle et Sora... Il ne méritait pas leur amour... La nausée se fit plus forte et il ferma les yeux pour la combattre, se recroquevillant encore un peu plus sur lui même. Il fallait qu'il contacte Daria, de quelque façon que se soit, pour lui dire de parler à Yen. Ou tout du moins, la mettre au courant. Elle prendrait ensuite la décision qu'elle veut, mais si elle ne faisait rien, il serait contraint d'agir. Il ne pouvait pas les laisser vivre sans qu'ils ne sachent. Il se fichait bien désormais que Kyoshi soit le père de Yen, mais il voulait savoir si elle était porteuse de la maladie qui avait atteint Nobu... Il se refusait d'ailleurs à penser que c'était elle qui l'avait tué, puisque c'était faux... Il n'était pas mort de maladie, mais de sa main... La nausée quelque peu passée, il rouvrit les yeux mais resta immobile, le regard fixant sans le voir le sol de la pièce...

Y – Kwaigon !

Elle lui attrapa doucement le menton afin de le forcer à plonger son regard dans le sien. L'inquiétude était toujours présente dans ses iris, mais elle avait retrouvé un peu plus de détermination dans ses pensées. Et elle comptait bien l'aider à remonter la pente, ne plus le laisser dans ses noirceurs.

Y – Je t'aime et je doute qu'un jour cela puisse changer. Comment pourrais-je ne plus t'aimer alors que tu es quelqu'un qui pense aux autres avant de penser à toi-même... Il y a juste ça qui me fait peur, que tu te détruise toi-même à forcer de penser aux autres. Comment puisse-je te faire rentrer dans le crâne que tu n'as pas tué Nobu... Pourquoi j'ai l'impression qu'il n'y a pas que ça qui te rogne...

Il tourna la tête vers elle, plongeant brièvement son regard dans le sien avant qu'il ne reparte dans le vague. Un nouveau soupir s'échappa de ses lèvres : elle ne comprenait pas. Comment le pourrait-elle ? Elle n'était pas à sa place, ni dans sa tête... Il secoua faiblement la tête en signe de dénégation, répondant à mi-voix.

K – Aux dernières nouvelles, c'est moi qui lui ai injecté le produit létal... Il ne l'a pas fait tout seul... Je suis dangereux Yen... Tu ne devrais pas rester là... Tout le monde meurt autour de moi... Et je ne veux pas que tu sois la prochaine...
Y – Tu as respecté sa volonté... Tu ne l'as pas fait par choix. Il n'est pas question de celui qui a injecté le produit, il avait pris sa décision... J'aurai eu beau hurler que je ne suis pas d'accord, il n'en aurait rien voulu savoir. Il voulait que cela soit toi, mais parce qu'il savait que tu le libérerais honorablement.

A ses propres mots, son cœur se serra de nouveau et il ferma les yeux, sentant une vague de panique se répandre en lui. Il tourna la tête, pour enfouir son visage dans son matelas, et étouffer le sanglot qui le secouait doucement. Comment pouvait-elle l'aimer ? Après ce qu'il avait fait, face à la piètre image qu'il renvoyait... Il ne comprenait pas. Il était empli de doutes, d'un chagrin et d'une peur viscérale, qu'il n'arrivait plus à contrôler. Elle monta doucement sur le lit, afin de se coller contre lui en enroulant ses bras avec tendresse.

Y – Je ne compte pas te quitter... Ni mourir. Nous avons encore beaucoup trop de chose à faire dans notre vie ensemble.

Il se laissa faire, s'abandonnant à son chagrin et à son sanglot. Il devait faire peine à voir... Mais il ne pouvait pas contrôler cela. Il ne le pouvait plus. C'était comme si l'homme qu'elle avait connu n'existait plus... Ou en tout cas, était en veille. Au bout d'un moment cependant, ils fini par sécher ses larmes, mais il restait crispé, recroquevillé sur lui même, tremblant. Dans l'état où il était, il n'arrivait toujours pas à comprendre sa femme ni a faire la part des choses... A prendre assez de recul pour remonter le mur qui maintiendrait ses émotions loin de lui. Il se passa de longues minutes avant qu'il ne se redresse, lentement. Il s'assit au bord de son lit, mettant la tête dans ses mains pour lutter contre la nausée et les vertiges qui l'assaillaient de nouveau. Il se sentait plus mal que jamais... Le pouvoir de l'esprit sur le corps... Mais il n'avait que ce qu'il méritait. Ou du moins, c'est ce qu'il pensait. Il reprit la parole dans un murmure enroué.

K – Je suis resté inconscient longtemps ?
Y – Quelques heures... Je n'ai pas vraiment fait attention. Attends...

Il acquiesça doucement, laissant échapper un soupir. Il s'était attendu à pire... Elle s'installa rapidement au bord du lit, cherchant un peu à le retenir. Elle aurait préférer qu'il reste allongé, mais elle n'était pas certaine qu'il l'écoute, surtout dans cet état-là.

Y – Il faut que tu bois, ainsi que tu manges un peu. Ne m'oblige pas à me fâcher...

Il soupira à nouveau, un peu plus lourdement cette fois avant de se frotter doucement les yeux. Il garda les paumes de ses mains sur ses yeux, répondant dans un nouveau murmure sans vie, d'une voix enrouée par l'irritation de sa gorge et l'étau qui l'enserrait toujours.

K – Je n'ai pas faim. Et je ne pense pas être en état de garder quoi que se soit... Je...

Sa phrase se suspendit dans les airs alors qu'il secouait doucement la tête en signe de dénégation. Il releva finalement la tête pour poser sur Yen un regard fiévreux. Il avait le teint pâle, maladif.

K – Je ne peux rien avaler. Pas maintenant...

Il détourna les yeux pour faire le tour de la pièce, à la recherche de son téléphone mais il ne le vit pas. Il interrogea alors Yennefer du regard.

K – Tu sais où est mon téléphone ?

Elle l'avait observé, espérant qu'il se rend compte à quel point il était faible. Elle ne serait même pas surprise de le voir s'écrouler de nouveau, alors qu'elle contemplait son visage au teint pâle. Elle se dirigea vers la porte afin de tourner la clé qu'elle enleva pour la glisser dans l'une de ses poches.

Y – Je ne plaisante pas Kwaigon. Tu dois boire et manger un peu, et si je dois t'attacher ou t'assommer pour te foutre sous perfusion, je le ferais. Tu veux sortir du lit, très bien mais tu vas t'installer afin de prendre une petite collation.

Son ton était claquant, elle était sérieuse, malgré l'inquiétude qui ne semblait pas la quitter.

Y – Oui, je sais où il est. Et je ne compte pas te le donner pour le moment.

Il avait vite comprit, à son ton, qu'il aurait difficilement gain de cause. Il n'avait pas la force de se battre contre elle, mais il savait pertinemment qu'il ne pourrait rien garder de ce qu'il avalerait. Pas pour l'instant en tout cas. Il fixait sans le voir le sol devant lui, la laissant parler, attendant sa réponse. Mais quand il l'eut, il n'eut aucune réaction. Il s'en doutait presque finalement. Avec lenteur il fini par se lever, vacillant un peu avant de retrouver son équilibre et avança lentement vers la jeune femme pour se planter devant elle, glissant les mains dans ses poches.

K – On ne mange pas dans les chambres ici... C'est une règle de la maison... Assommes moi si tu veux mais je ne garderais rien de ce que j'avalerais. Quoi que tu fasses, ça n'y changera rien. Ce n'est pas la peine de me menacer Yen... Je...

Il détourna les yeux un instant en sentant son menton trembler. Il inspira pour se donner un peu de courage mais fut incapable de la regarder en face à nouveau.

K – J'ai un coup de fil important à passer. Si l'heure du thé n'est pas passé je le prendrais avec vous...

De nouveau il inspira, difficilement, de façon hachée. Il avait toujours une voix faible, parlant dans un murmure enroué.

K – Dans tous les cas si tu veux que je prenne quelque chose il faut me laisser sortir de cette pièce. Et si le thé est passé, il faut préparer le dîner...

Elle poussa un profond soupir, même en étant chancelant il arrivait à contrer ses paroles. Elle en viendrait presque à maudire ses traditions japonaises. Elle attrapa la clé afin de déverrouiller la porte avant de poser sur lui un regard intrigué.

Y – Qui dois-tu appeler de si urgent, quelqu'un d'autre ne peut pas s'en occuper ?

Elle connaissait déjà une partie de la réponse. Il resta interdit un moment et cette fois, les prémices d'une réaction véritable passèrent sur son visage. Ses yeux se durcirent, ses traits se crispèrent et dans ses poches, il serra les poings. En une seconde il était passé de l'homme détruit à la détermination sans faille de l'assassin face à sa cible. Comme il en avait été capable devant James, il revêtait un masque. Certes, pour Daria, il en avait un bien différent que pour James, mais il n'empêche qu'il était capable, pour un court laps de temps, de changer de visage. Il ne s'effondrerait que plus encore une fois qu'il l'abandonnerait... Quand il reprit la parole pour lui répondre, l'hésitation n'était plus là. Malgré son ton bas, grave, un peu enroué, il était plus sifflant que murmurant, empli d'une colère sourde, mais non dirigée vers Yennefer.

K – Ta mère. Et non, personne ne peut le faire.

Il avait prit la décision de lui répondre en toute franchise, mais il n'irait pas plus loin. Ce n'était pas à lui de s'expliquer après tout, mais bien à Daria... Sur ce point, il serait intransigeant. Elle fut surprise de sa réponse, ainsi que la sonorité de ses paroles.

Y – Ma mère... Comment ça ma mère ? Qu'est-ce que vous me cachez vous deux-là ?

Elle braqua son regard dans celui de son époux, en fronçant les sourcils. Pourquoi devait-il appeler sa mère, alors qu'il venait de perdre Nobu. Et elle se doutait que ce n'était pas pour annoncer son décès, sa mère n'avait aucun lien avec lui et pour le peu qu'ils s'étaient vu... Le coréen secoua doucement la tête en signe de dénégation. Il ne répondrait pas à ses questions. Pas tant qu'il n'avait pas eu Daria au bout du fil.

K – Où est mon téléphone s'il te plaît ?

Il restait calme, bien qu'un fond de colère et de nausée semblait plus ou moins rester là, à l'envahir peu à peu. Il était bien campé sur ses pieds mais s'il bougeait un peu trop vite il savait qu'il ne le supporterait pas. Il gardait malgré tout un regard de plus en plus sans vie braqué sur celui de Yen, attendant sa réponse.

Y – Dans le tiroir de la table de chevet !

La colère avait teinté autant sa voix que les traits de son visage face au refus flagrant de son époux de répondre à ses questions. Elle ne tarda pas à sortir de la chambre tout en claquant avec violence la porte derrière elle. Elle se moquait bien des traditions japonaise à cet instant-là, qu'importe si son geste peut froissé les autres personnes de la maison. Elle quitta tout aussi vite la demeure pour s'enfoncer dans les alentours sans se préoccuper de sa destination, elle devait être seule pour éviter d'exploser et de regretter son geste par la suite. Il la laissa partir, restant longtemps immobile devant la porte avant de se diriger à pas lents vers la table de chevet et ouvrit le tiroir pour prendre le téléphone en question. Il ne tarda pas à le rallumer et composer le numéro de Daria, les traits crispés...

D – Kwaigon... J'espère que tu as une bonne raison de m'appeler à cette heure-ci ? Si c'est à cause d'une dispute avec ta femme, ne compte pas sur mon aide pour la raisonner, elle est butée. Laisse-là donc rumine... et moi dormir.

Sa voix était légèrement endormie, mais elle semblait parfaitement à l'écoute. Le coréen décida de ne pas y aller par quatre chemins. Mais il fut incapable, dans son état, de cacher la colère et la peur qui teintait sa voix enrouée. Il serra les mâchoires, prit une légère inspiration et se lança.

K – Nobu est mort.

Avant de lui laisser le temps de répondre à cela et de lui, perdre tout courage, il poursuivit.

K – Il faut que Yennefer fasse les tests. Il y a une possibilité qu'elle soit atteinte par la même maladie que Nobu. Mais il lui faudra une explication, elle refusera de faire les tests sans explication. Il faut lui dire qui est son père.

Son ton était insistant, sec et froid. Empreint d'une menace voilée. Il ne lui ferait pas de cadeaux, pas cette fois... La Polonaise resta silencieuse pendant plusieurs minutes, au point que si sa respiration n'était soudainement pas devenue agitée on aurait pu penser qu'elle s'était rendormie ou même avoir raccroché.

D - Toutes mes condoléances pour Nobu...
K – Merci...

Elle marqua une pause en poussant un profond soupir pour rajouter du bout des lèvres.

D - Je ne peux pas lui annoncer par téléphone, puis le moment est mal choisi. Tu n'as qu'à prétendre qu'il y a un vaccin qui est sur le point de devenir obligatoire au Japon, mais qu'ils ont besoin de faire des examens...

Un mensonge, le genre dont elle avait eu l'habitude de dire à Yennefer concernant son père. Cependant, l'inquiétude commençait à grandir dans la voix de Daria.

D - Nobu était atteinte de quelle maladie ?

Le coréen soupira lourdement et se pinça l'arrête du nez d'une main. Il resta de longues secondes silencieux avant de reprendre, contenant très mal sa colère, s'empêchant tout juste de crier.

K – Non Daria. Je vous l'ai dit, je ne lui mentirais pas. Le moment est toujours mal choisi. Maintenant c'est terminé. Soit vous le lui dites, soit je m'en charge. Jusqu'ici j'ai respecté votre souhait mais désormais ce n'est plus possible. Si sa vie est en danger, ça ne tient plus Daria.

Il avait été acerbe, colérique, la voix sifflante d'une émotion qu'il ne contenait plus. Malgré tout il reprit assez de calme pour répondre à sa question.

K – La maladie de Huntington. C'est une maladie orpheline qui ne se soigne pas. Je peux faire tester Sora seul mais je ne mentirais pas à Yennefer.

Il se répétait, mais c'était pour la bonne cause. Malgré tout, il reprit assez rapidement, ne voulant pas en dire plus sur la maladie en question. Le sujet était encore trop douloureux, trop insupportable.

K – Je peux vous prendre le premier vol disponible. Je ne pense pas que quiconque vous tienne rigueur de venir assister à des funérailles. Même si vous ne venez pas concrètement pour cela, vous avez une excuse toute prête.

Si elle en voulait une en tout cas, il lui en servait une...

D - Trouve-moi un vol.

Elle raccrocha sans ajouter un mot de plus, sa voix était restée qu'un murmure. Difficile de savoir ce qui la poussa à capituler, la colère vibrante du coréen qui la mettait au pied du mur ou de savoir que cette maladie est incurable. Le coréen soupira en entendant le bip caractéristique de la ligne coupée et ne retint pas son geste, balançant avec force et colère le téléphone à travers la pièce. Il vola en éclat en touchant le mur, arrachant au passage la latte de bois du lambris qui le recouvrait. Il prit sa tête entre ses mains, retenant avec peine un sanglot de rage pure. Il était à bout. A bout de souffle, à bout de nerfs. Tremblant, il retrouva cependant en quelques minutes assez de contrôle pour aller chercher sa carte sim et sa carte mémoire dans le cadavre du smartphone et regagner le bureau de Nobu, trouvant un téléphone de remplacement. Il ne lui fallu que quelques minutes pour réserver un jet privé, connaissant désormais par cœur les compagnies proposant ce genre de service, et envoyer un sms avec les infos du vol à Daria. Si tout allait bien, dans un peu plus de dix heures, elle serait dans le pays. Pour lui, à peu près le lendemain matin en somme...

Après cet épisode, il regagna le rez de chaussé et s'engouffra dans la cuisine pour commencer à préparer le dîner. A peine avait-il passer la porte que Calum entrait à son tour dans la cuisine, le regard noir. Il referma la porte derrière lui, visiblement avec l'envie de lui parler, mais le coréen leva sur lui un regard glacial qui stoppa l'américain dans son geste. Jamais il n'avait encore vu le coréen lui lancer un regard de ce genre. Avant qu'il ne puisse se reprendre cependant, le coréen prit la parole.

K – Je ne sais pas où est Yen. Il faudrait la retrouver.
C – Pourquoi tu ne le fait pas ?
K – Parce que je doute qu'elle accepte de me parler pour l'instant.
C – Qu'est-ce que tu en sais ?

Il sentait la colère grimper en lui. Calum était de moins en moins assuré au fil de ses mots et son regard se faisait fuyant, mais il essayait de lui tenir tête. Le coréen baissa les yeux sur son plan de travail et serra les poings, dont un autour du manche d'un de ses couteaux. Même s'il ne comptait pas s'en servir contre l'américain, celui ci ne voulut pas le savoir et sorti de la cuisine après une série d'insulte bien sentie malgré une crainte latente, sous la surface de ses mots. De nouveau seul, le coréen se plongea dans la préparation du repas, s'enfermant de nouveau dans une bulle de solitude, sourd et aveugle à ce qui se passait autour...

***

Il avait prit de l'avance, en partie pour échapper aux résidents de la maison. Lia essayait toujours de le sortir de sa torpeur en le traitant de tous les noms dans l'espoir de le faire réagir. Calum restait pas trop loin de Yen et lui lançait des regards empli de colère, tandis que Misako l'ignorait tout simplement. Et Yennefer le boudait toujours. Il arrivait à rester seul, enfermer dans sa torpeur, mais il n'aimait pas l'ambiance qui emplissait l'espace. Il voulait fuir. Et l'arrivée de Daria était une bonne excuse. Il n'avait bien sûr prévenu personne de son arrivée -et lui de son départ temporaire- mais peu lui importait. Il profita de son avance pour aller chercher un paquet de cigarette et il en alluma une dès qu'il fut de nouveau à l'extérieur de l'aéroport. Peu lui importait les amendes qu'il encourait pour fumer ailleurs que dans la zone prévu à cet effet. Mais de tout le temps qu'il resta là, personne ne vint lui en tenir rigueur. Quand il vit Daria arriver, il écrasa son mégot et le jeta dans une poubelle proche, attendant ensuite sagement qu'elle le rejoigne, sans rien dire. Quand elle arriva à sa hauteur, il fit volte face pour poursuivre la marche avec elle, la conduisant jusqu'à la voiture...

K – Je ne suis pas garé loin. On a une petite heure de route jusqu'à la maison ensuite.

Il avait toujours la voix enrouée, rauque de ne pas dire grand chose, irrité par les sanglots qui le secouait. Mais il ne dit rien d'autre. Pas de salut, pas de commentaire... Que dire de plus ? Il n'était pas vraiment d'humeur à cela, et n'avait pas non plus la force de faire des efforts de politesse...

D - Très bien.

La Polonaise s'enferma à son tour dans ses pensées, malgré qu'elle a eu tout le trajet pour s'y perdre. Elle avait pris le temps de faire des recherches sur la maladie, dans un but vain d'éviter de devoir révéler l'identité de son père à Yennefer. Et elle fut rapidement envahie par la peur que sa fille puisse être porteuse de cette maladie. Elle ne savait pas comment elle allait lui annoncer, redoutant sa réaction... Il grimpa dans la voiture et attendit que Daria eut attaché sa ceinture pour démarrer, indifférent à ses états d'âme et ses pensées. Il conduisait vite -un peu trop- mais il avait retrouvé la fluidité qu'il avait tendance à perdre ces derniers temps. La Nissan étant maniable et légère, elle l'aidait beaucoup à prendre des vitesses folles pour rejoindre leur but aussi vite que possible. Il ne ralenti l'allure qu'une fois sur le sinueux chemin de montagne menant à la maison cachée de Nobu, qu'elle connaissait déjà. Quand il se gara à sa place, il était à peine l'heure du petit déjeuner et la maison devait tout juste se réveillée. Il n'avait pas décroché un mot de tout le trajet, mais avant de descendre, les yeux fixé dans le vague, d'une voix monocorde, il adressa quelques mots à Daria.

K – La cérémonie est à quatorze heure et elle durera une à deux heures. Vous pourrez rester ici avec Yennefer si vous le désirez. Sinon vous pourrez faire le trajet avec Calum, je devrais y aller un peu plus tôt et repartir un peu plus tard. La couleur de deuil traditionnelle est le blanc. Si vous n'avez rien de blanc, demandez à Misako.

Sans attendre de réponse ou en dire davantage il sorti de la voiture, se dirigeant d'un pas vif vers la maison...

D - Je ne désire pas venir à la cérémonie de Nobu, je m'en voudrais si mes réactions me dépassent... Et je compte faire une sieste. Tu avais posé la condition d'être présent lors de l'annonce, nous ferons cela en fin de soirée à ton retour dans ce cas-là.

Elle gagnerait encore quelques heures pour se préparer psychologiquement, bien qu'elle aurait besoin de toute une vie pour ça. Il acquiesça à ses paroles d'un air distrait et s'engouffra à l'intérieur...

***

Il y avait beaucoup de monde à la cérémonie. Mais le coréen ne les voyait pas. Il avait laissé à Lia et Misako le soin d'accueillir les invités, d'accepter les condoléances, les excuses et de récolté les enveloppes de fonds que tout un chacun laissait en mémoire du défunt. Le coréen pour sa part, revêtu d'un kimono traditionnel blanc, s'était enfermé dans un silence borné, butté même, dans une attitude digne, le dos droit, les mains croisés sur ses reins, et le regard au loin, malgré les traits fermés de son visage. Pour la première fois depuis sa plus tendre enfance, il priait. Pour l'âme de Nobu, mais aussi celle de Yen et Sora. Il n'était pas véritablement croyant et n'avait pas été élevé dans la foi. Seulement, c'était la seule chose à laquelle il arrivait à se raccrocher à cet instant là pour ne pas craquer et fondre en larmes. Il se répétait donc inlassablement une série de mantra destiné à discipliner son esprit et accompagner ceux de ses êtres chers...  

Elle l'avait accompagné à la cérémonie, malgré qu'elle était toujours en colère contre lui. Elle ne pouvait pas le laisser vivre seul cette épreuve. Cependant, elle avait les pensées ailleurs depuis l'arrivée surprise de sa mère. De nombreuses questions sans raison dont Daria a mis court à peine avait-elle ouvert la bouche. Après la cérémonie, nous aurons une discussion, maintenant je vais me coucher le trajet a été épuisant. Yennefer n'avait pas insisté, malgré le long regard qu'elle avait lancé à son époux. Elle commençait à s'inquiéter sur ses doutes, il se tramait quelque chose entre eux. Un faible soupir s'échappa de ses lèvres en tournant le regard vers le coréen, il s'était enfermé dans une attitude de statue selon elle. Mais au fond, elle le sentait en pleine détresse. Elle avait envie, et ceux malgré sa colère, de le prendre dans ses bras pour l'envelopper dans une bulle...

La cérémonie dura une bonne heure avant que la crémation ne commence. Mais à partir de ce moment là, ils étaient libre de partir. Le coréen ne pourrait récupérer les cendres que le lendemain. Malgré tout, il restait immobile, stoïque, et attendit que tout le monde parte. Il ne resta plus que Yennefer, Misako et lui au final. Misako s'approcha doucement d'eux, et brisa la bulle dans laquelle le coréen était enfermé pour le prendre dans ses bras, un bref instant. Le coréen reprit doucement conscience, papillonna un peu des yeux pour y chasser les larmes, mais ne répondit pas pour autant à l'étreinte de sa mère adoptive. Elle le lâcha donc et adressa un sourire compatissant à Yen avant de prendre la parole en douceur.

M – Il faut qu'on rentre...

Le coréen prit une grande inspiration avant de murmurer, la voix chargée d'émotion.

K – Laissez moi une minute... S'il vous plaît...

Il croisa le regard de Misako, suppliant. Cette dernière eut un faible sourire et lança un regard compatissant à Yen et un bref hochement de tête avant de prendre le chemin de la sortie d'un pas lent. Yennefer posa un instant son regard vers son mari avant de s'éloigner de quelques pas, elle ne pouvait pas se résoudre à le laisser totalement seul, mais elle comprenait et respectait son souhait. Une fois qu'elle fut éloignée, elle détourna son attention vers l'horizon qu'elle ne voyait même pas... Une fois seul, le coréen fit un pas vacillant en avant avant de retrouver un équilibre correct et poursuivre son chemin jusqu'au mur de prière. Il griffonna quelques mots sur un morceau de papier avant de le glisser dans l'une des interstices, fermant un instant les yeux en murmurant un mantra avant de finalement se détourner et rejoindre Yen. Il resta un instant devant elle, les yeux brillants, avant de soupirer lourdement et lui murmurer d'une voix timide.

K – On y va ?

Ils devaient encore retrouver Daria et ce ne serait pas une mince affaire... Elle l'embrassa chastement avec tendresse pour répondre à sa question, avant de rejoindre le chemin du retour.

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Sam 8 Juil - 17:42


* * *

Daria tournait en rond dans la pièce depuis une heure, elle s'était vaguement assoupie après leur départ pour la cérémonie, mais maintenant que l'heure de leur retour approchait une boule d'angoisse s'était nichée dans son ventre. Son instinct lui criait de partir, mais elle n'emporterait pas son secret avec elle, il lui annoncerait. Elle ne pouvait plus se permettre d'être égoïste, de vouloir préserver son lien avec sa fille. Un lien qui se fissurait de plus en plus... Et puis, il y avait l'ombre menaçant de cette maladie. La porte s'ouvrit soudainement, laissant apparaître sa fille en compagnie de son époux. Son souffle se coupa un instant, n'osant briser le silence qui s'était installé dans la pièce.

Y – Vous allez enfin me dire ce qu'il se passe ? Pourquoi tu es ici ?

Elle chercha à capter le regard du coréen, mais Yennefer se planta devant elle en poursuivant avec une certaine colère qui avait pourtant disparu pendant la cérémonie.

Y – Laisse-le en dehors de ça ! Je suis sûr que c'est à cause de toi qu'il refuse de me dire ce qu'il le travaille. Tu n'as pas le droit de t'immiscer dans ma vie, dans mon couple comme tu as voulu le faire depuis le début.
D - Je ne faisais que tu protèges de lui...
Y – MAIS DE QUI BORDEL !
D - De ton père.

Yennefer se figea en sentant son cœur manquait un battement. Allait-elle enfin connaître la vérité après autant d'année. Pourquoi maintenant ? Elle jeta un bref regard vers son époux, il connaissait l'identité de son père ? Kwaïgon ne se défila pas, soutenant son regard, mais il gardait le silence. Il restait simplement attentif.

Y – C'est qui.
D - Le frère de Nobu...

Le choc fut bouleversant pour Yennefer qui ne s'était pas attendu à cette révélation. Était-elle en plein rêve ? Tout ceci n'était qu'une vaste blague de très mauvais goût. Soudainement, elle se sentit de plus en plus étouffée, elle devait partir de cette pièce, elle avait besoin d'air. D'un bond, elle s'éloigna vers le jardin sans réagir aux appels de détresse de sa mère. Le coréen la laissa partir, sans tenter de la retenir et sans rien dire. Il baissa les yeux un instant, indécis, avant de faire volte face et rejoindre sa chambre. Il prit simplement le temps de se changer, enfilant un pantalon en coton noir et une chemise blanche, toute simple.

Il ne mit pas longtemps à rejoindre Yennefer dans le jardin. Mais il ne dit rien. Les mains glissées dans ses poches, il se contenta de rester à côté d'elle, silencieux, scrutant la montagne comme s'il voulait en connaître tout les secrets. Il laissait à Yennefer le loisir de parler si elle le désirait. Il ne voulait pas la forcer. Et il n'avait pas non plus la force de la rassurer. Il faisait acte de présence, se rendait disponible, mais se sentait toujours affreusement vide, lâche et détestable. Non digne de son amour... Cela continuait de le ronger même s'il apprenait, peu à peu, à cacher ses émotions aux autres, à nouveau. L'arrivée de Yennefer dans sa vie avait fissurer sa carapace mais il était en train de la reconstruire, comme avant de la connaître, se rendant froid aux yeux du monde...

Y – Il le savait ? Demanda-t-elle dans un souffle.

Il n'était pas difficile de savoir qu'elle parlait de Nobu, car étrangement sa première pensée suite à cette révélation alla pour lui. Comme le fait qu'elle ne savait pas si elle devait rire ou pleure d'apprendre qu'elle a un lien avec lui. Elle avait encore beaucoup de question à poser à sa mère, mais pas maintenant... Le coréen prit un peu de temps avant de répondre et il fini par hocher faiblement de la tête.

K – Oui... Depuis notre mariage...

Il avait légèrement hésité à lui révéler la date, se demandant si c'était bien utile mais finalement il avait opté pour le détail. Il se tut à nouveau, ses yeux se fixant sur un bouquetin qui gravissait paisiblement la montagne en face d'eux...

Y – Je vois...

Probablement depuis la rencontre avec sa mère où elle avait insisté pour y aller uniquement en compagnie de Kwaigon. Elle avait senti qu'il s'était passé quelque chose, mais elle était loin de se douter de ça. Comment aurait-elle pu le savoir ? Combien de chance avait-il que sa mère croise un membre de la famille de son père ? Cette situation était dingue d'un roman improbable. Elle n'en voulait pas à son mari... En voulait-elle à sa mère ? Elle ne savait pas encore.

Y – Tu peux me dire maintenant ce qui te travaille... En dehors de ta culpabilité d'avoir respecter la volonté de Nobu ?

Le coréen soupira lourdement, sentant sa gorge se nouer et les larmes lui monter aux yeux. Il leva les yeux au ciel pour chasser les larmes avant de répondre d'une voix enrouée par l'émotion.

K – La maladie qui a touché Nobu est... Est héréditaire... Il y a une chance pour que toi et Sora soient touchés aussi.

Une larme perla sur sa joue, suivi d'une seconde, avant qu'il ne se décide à passer la paume de sa main sur ses yeux. Il inspira profondément en essayant de se reprendre, mais c'était en vain. Il avait bien du mal à contrôler le flux continu de larmes qui s'écoulait silencieusement de ses yeux... Elle comprit l'ampleur du tourment qui envahissait le coréen depuis la mort de Nobu, en se raisonnant elle-même de la gravité de la situation. Son père n'était que le frère de Nobu, il peut être sain comme elle et son fils. Elle se tourna vers lui, s'approchant pour enrouler ses bras autour de lui tout en posant la tête contre son torse.

Y – Il y a des tests qui existent ? Ce n'est pas parce que Nobu était atteint de cette maladie que je le suis automatiquement...

Face à son geste, il ne pu se retenir, explosant en sanglots. Il se contenta seulement de relever les mains pour en plaquer les paumes sur son visage, ayant bien du mal se reprendre. Il se contenta de hocher finalement de la tête pour répondre à sa question, incapable de plus... Sa réaction lui serra le cœur, elle n'avait pas l'habitude de le voir aussi dévasté et ne savait pas comment le rassurer. Elle l'incita à blottir sa tête dans son cou, glissant une main dans ses cheveux pendant que l'autre lui caressait tendrement le dos. Elle lui murmura doucement qu'ils allaient faire ses tests, qu'il ne fallait pas qu'il s’inquiète car elle était coriace et qu'elle n'était probablement pas porteuse de cette maladie, qu'elle serrait toujours présente dans sa vie, combien elle l'aimait...

Après plusieurs longues minutes, elle se détacha de lui afin de rejoindre sa mère. Il était temps qu'elle réponde à certaines de ses questions, elle n'avait pas quitté la pièce, le visage baignait de larmes. Cette tristesse qui s'illuminait dans les pupilles de ses yeux ne laissa pas indifférente Yennefer, cette révélation possédait encore de lourds secrets. Elle s'installa sur le canapé, avant de lui demander d'une voix calme.

Y – Raconte-moi tout.
D - Il s'appelle Kyoshi... Je l'ai connu sous le nom de jeune fille de sa femme, c'est Nobu qui m'a révélé ça. J'ai su aussi bien après qu'il était marié, certes je savais qu'il était plus âgé que moi lorsqu'on s'est rencontré, mais sa vie n'a été que mensonge.

Sa voix était sifflante d'émotion, elle marquait régulièrement des pauses pour chercher ses mots qui n'étaient pas évidents à dévoiler. Son regard s'était voilé de larmes en fixant un point invisible devant ses pieds. Elle ne pouvait pas se résoudre à croiser le regard de sa fille.

D - Quand je suis tombée enceinte... J'ai quand même osé lui révéler malgré la situation, peut-être que secrètement j’espérais qu'il quitte sa femme pour moi. J'avais la naïveté de mon age, et il était le premier. Il a été heureux d'apprendre que j'étais enceinte, mais...  

Daria serra les doigts autour de ses genoux, comme pour se donner la force de continuer.

D - Il m'empoissonnait secrètement pour déclencher une fausse-couche... Et quand j'ai commencé à comprendre ce qu'il était entrain de faire, il a tenté de me tuer. J'ai été obligé de fuir du pays... à cause de lui.

Yennefer resta muette à ses révélations, sa mère lui avait menti une grande partie de sa vie. Elle avait inventé un passé, presque sans faille dans le récit. Mais maintenant qu'elle connaissait la vérité, elle comprenait mieux certaines réactions de sa mère...

D - Yennefer... Dit quelque chose...
Y – Et dire quoi hein ? Bravo pour tes mensonges ?
D - Je voulais seulement te protéger...
Y – J'aurai pu comprendre !
D - Comprendre que ton propre père voulait te tuer avant ta naissance...
Y – OUI ! PARCE QUE VISIBLEMENT C'EST QU'UN CONNARD MON PÈRE ! ET JE NE L'AURAI PAS IDÉALISÉ EN L'INVENTANT, IL AURAIT JUSTE ÉTÉ UN CONNARD QUE TU AS BIEN FAIT DE FUIR !

Elle quitta la pièce en direction de la chambre dont le porte claqua de nouveau, elle ne tarda pas à se laisser tomber sur le lit.

Calum, Misako et Lia, assit dans la pièce à vivre, avaient suivi les allées et venues de tout le monde avec une certaine attention. En entendant une dernière fois la porte claquer à l'étage ils échangèrent des regards lourd de sens. Finalement c'est Misako qui brisa le silence.

M – Je ferais mieux d'aller voir Daria...
C – Et moi Yen...
L – Non ! Ne me laisse pas toute seule...
C – Vas voir Kwai ?
L – Laisses moi aller voir Yen.
C – Non.
L – Calum !

Avant qu'elle n'ai pu ajouter quoi que se soit, Misako et Calum se levèrent d'un même mouvement et disparurent dans les étages...

L'américain frappa discrètement à la porte de Yen avant d'entrer, sans attendre d'autorisation. Il referma doucement la porte derrière lui et s'approcha du lit de Yen et Kwai, s'asseyant doucement au bord du lit. Il portait toujours son kimono blanc traditionnel et semblait fatigué. Les traits tirés, les yeux rouges... Mais il posa sur Yen un regard doux, compréhensif ou du moins, qui se voulait compréhensif. Il posa doucement une main amicale sur l'épaule de la jeune femme, essayant d'attirer doucement son attention.

C – Hey... Yen...

Elle ne repoussa pas sa main, mais resta un instant la tête dans l'oreiller en soupirant lourdement. Elle tourna finalement la tête, lui jetant un regard avant de demander du bout des lèvres.

Y – Tu connais Kyoshi ?

L'américain fronça des sourcils un instant avant de doucement hocher de la tête.

C – Kyoshi Tanaka ? Oui pourquoi ?
Y – Il se trouve que c'est mon père...

Soudainement, elle éclata d'un rire nerveux avant de poursuivre sur un ton légèrement sifflant.

Y – Il fallait que mon père soit un Tanaka... Quelle chance il y avait pour que ma mère tombe sur un membre de la famille de Nobu, son frère. Le destin a un humour bien particulier...

Le jeune homme resta interdit un moment, suspendant sa main sur l'épaule de la jeune femme. Il était réellement surprit et il mit un petit moment avant de s'en remettre. Mais la voix sifflante de la jeune femme le reconnecta à la réalité. Il fixa son regard dans le sien, restant sérieux avant de finalement trouver quelque chose à répondre.

C – Kyoshi ? Ton père ? Non... Mais...

Il fronça les sourcils, ayant un peu de mal à digérer l'info... Mais il se reprit, faisant les connexions au fur et à mesure...

C – Mais... Ça veut dire que Nobu était... Ton oncle ? Mais... Kwaïgon le sait ? Enfin, le savait avant aujourd'hui ?
Y – Oui, il le savait depuis notre mariage visiblement. Le jour où ma mère a rencontré Nobu je suppose...

Elle roula sur le dos en soupirant, laissant son regard se perdre sur le plafond. Elle n'arrivait pas à mettre de l'ordre dans ses pensées, mais elle se surprenait elle-même d'être aussi calme après une telle révélation. Peut-être était-elle encore sous le choc ?

Y – Kwaigon a peur que j'ai la même maladie que Nobu, vu que celle-ci est héréditaire... Et je n'arrive pas à savoir si j'en veux à ma mère ou non pour ses mensonges. Visiblement, mon père est un connard qui a voulu tuer ma mère, j'ai vu un éclat de terreur dans son regard, elle ne cherche pas à me mentir encore une fois... Mais pourquoi ne pas avoir dit dès le début, pourquoi elle a gardé ce point pour elle...

Le jeune homme récupéra sa main et s'assit un peu mieux sur le lit de la demoiselle, assimilant un peu mieux ce qu'elle venait de dire. Il inspira profondément avant de répondre.

C – Ça, pour être un connard, c'est un sacré connard... Au moins, on est d'accord là dessus...

Il soupira doucement avant de chercher le regard de la jeune femme, demandant doucement.

C – Comment tu te sens ?
Y – Je m'étais imaginé que quand ma mère m'annoncerait l'identité de mon père, je serais heureuse de connaitre mes origines. Je voyais cela comme une étape importante dans ma vie, sans pour autant vouloir le retrouver et apprendre à faire connaissance. Après tout, pour moi il avait lui-même décider que je ne ferais pas partie de la sienne.

Elle marqua une pause, en tournant légèrement la tête avant de reprendre sur le même ton calme.

Y – Mais maintenant que je sais... Je ressens de la culpabilité, de la colère, de la tristesse. Je ne sais pas si je dois pleurer ou rire, si je dois le détester ou l'ignorer. Si finalement, je préférais ne rien savoir car cette révélation risque d'être source de problème. Ou parce que cette cicatrice va faire partir à jamais de la vie de ma mère...

Le jeune homme hocha doucement de la tête et adressa un faible sourire à la demoiselle.

C – Si je peux te donner un conseil, n'essaie pas de faire sa connaissance. C'est un enfoiré de première et si il est plus dans le pays, c'est pas pour rien... Kwaïgon a très fortement œuvré pour son exil du pays de façon officielle et fait toujours en sorte de garder un oeil sur lui. Alors je doute qu'il apprécie de te voir essayer d'entrer en contact avec lui...

Il fit une légère pause avant de reprendre, inspirant doucement.

C – Quand au reste... Il faisait de toute façon parti de ta vie avant et il était déjà une source de souffrance et de peur pour ta mère. Connaître son nom ne change rien. Enfin... ça change juste pour toi, mais pour les autres, il n'y a pas de changement. Tu n'as donc pas à t'en faire pour ça. Ce n'est pas de ta faute... Mais je comprends que tu puisse être en colère contre lui...

Il lui sourit, d'un sourire compatissant, attentif à elle, prêt à répondre à d'éventuelles questions, même s'il n'était pas certain que se soit vraiment son rôle...

Y – Pour quelle raison il a été exilé ?

Kwaigon aurait pu très bien répondre à sa question, mais il n'était pas en état pour le moment... Et elle avait besoin de comprendre certaines choses. Peut-être que sa mère savait aussi, bien qu'elle-même a été abusé par les mensonges de son père. L'américain avait raison sur beaucoup de chose, apprendre le nom ne changeait rien pour sa mère, juste pour elle. Et un nom n'allait pas non plus bouleversé sa vie... Sauf si elle est porteuse de la maladie.

C – Il est... Responsable de beaucoup de morts... Et plus particulièrement celui de la femme et du fils aîné de Nobu... Kwaïgon a assisté à la scène à l'époque. Nobu a usé de tout ses pouvoirs pour empêcher Kwaï d'abattre Kyoshi. Mais il lui a accordé de tout faire pour qu'il disparaisse. Je ne sais pas comment il a fait mais il a obtenu un exil du gouvernement japonais... Il n'a donc pas seulement été banni du clan mais aussi de son pays et il est fiché dans la grande majorité des pays du monde... Il est réfugié politique quelque part dans le monde j'imagine mais bon...

Il haussa des épaules légèrement avant de poursuivre.

C – Il a dû rencontrer ta mère une dizaine d'année avant ça... Il était plus jeune et du peu que j'en sais, il voyageait beaucoup... Mais c'est un sujet tabou ici et depuis qu'il est parti, personne n'en parle.

Le sujet était même sensible chez Misako, sans qu'il ne sache réellement pourquoi... Il n'avait jamais osé poser de questions au sujet de Kyoshi à partir du moment où Kwaïgon avait clos le sujet une fois, un peu plus de dix ans auparavant. Son regard avait été tellement colérique ce jour là que le jeune Calum n'avait plus osé en parler...

Y – Je suis la fille de l'homme qui a tué la femme et le fils aîné de Nobu... Une nouvelle perte dramatique dans sa vie...

Sa voix s'était soudainement brisée en prenant conscience de l'impact que son père a aussi joué dans la vie du coréen. Est-ce qu'il pensait à lui quand il la regarde maintenant ? Et s'il finissait par s'éloigner d'elle à cause de ses origines... Elle sentait une douce panique qui pulsait dans ses veines. Calum se retrouva un peu interdit face à la réaction de la jeune femme mais il finit par poser une main rassurante sur son épaule.

C – Hey ! Non non non... Pas de ça ! Ce n'est pas de ta faute Yen. Tu n'es ni responsable de ses actes, ni fautive dans cette histoire. C'est dramatique, malheureux et tout ce que tu veux, mais tu n'as rien à voir là dedans. Et tout le monde le sait.

Il se décida à prendre finalement la jeune femme dans ses bras, l'obligeant à venir près de lui. Elle se laissa faire en posant la tête contre son épaule en soupirant, elle sentait toujours son cœur battre dans un rythme irrégulier.

C – Ne t'inquiète pas... C'est du passé pour Kaori et Shin...
Y – Tu es vraiment certain que Kwaigon ne me verra pas comme la fille de cet homme ?

Il se détacha d'elle, posant chacune de ses mains de part et d'autre de son visage, fixant son regard dans le sien.

C – J'en suis certain.

Il sourit, lâchant son visage.

C – Tu crois vraiment qu'il t'aurais épousé si chaque jour durant en te regardant il voyait les pires moments de sa vie ? Non Yen... En te regardant, ce sont les meilleurs moments de sa vie qu'il voit... Soit en certaine.

De nouveau il sourit, se voulant rassurant. La journée avait été forte en émotions -un peu trop- et il comprenait aisément que les choses commencent à être difficile à encaisser...

Y – Je ne veux pas le perdre...Dit-elle dans un souffle.

Elle voyait bien que la disparition avait ébranlé le coréen plus qu'elle ne l'aura cru, il semblait se refermer même en sa présence. Elle espérait que ce n'était qu’éphémère, que ce n'était pas la blessure de trop dans son âme. Lentement, sans qu'elle ne s'en rende compte, elle s'assoupit.

***

Le coréen avait passé une nuit chaotique, souvent réveillé par des cauchemars, à tel point qu'il avait fini par quitter sa chambre pour rester sur la terrasse, blotti dans un plaid sur un fauteuil extérieur. C'est l'air froid de la nuit montagnarde qui l'avait éveillé au tout petit matin. Il s'était traîné jusqu'à l'intérieur de la maison pour préparer le petit déjeuner, plus pour s'occuper les mains qu'autre chose. Il avait besoin de faire quelque chose pour ne pas sombrer. La maison s'éveilla petit à petit, mais il ne participa pas au petit déjeuner ni au reste. Il évitait soigneusement les autres, Yen et Daria comprit. James n'allait pas tarder à arriver et il s'enfermait peu à peu dans une bulle, revêtant un masque. Et pour ce faire, il avait besoin de concentration et d'isolement. L'américain ne tarda pas à les rejoindre. Lia avait enfin quitter les vêtements de Nobu et avait enfilé une robe blanche très simple. Elle s'était légèrement maquillé mais ce n'était pas aussi extravagant que ce qu'elle avait l'habitude de faire. Elle accueillit James en compagnie de Kwaïgon, tout deux devant la porte, fier et droit. A les voir comme ça, on pouvait aisément comprendre à quel point ils pouvaient être autant craint qu'aduler. Le regard dur, déterminé, le port altier et sévère... Ils saluèrent James selon la tradition japonaise et le conduisirent dans le bureau de Nobu, que le coréen avait un peu rangé pour l'occasion...

James prit place sur un fauteuil, laissant le petit canapé à ses deux clients. Il avait enfilé un costume et il avait bien vu, aux regards des deux japonais, qu'ils n'étaient pas là pour faire des concessions ou discuter de futilités. Malgré le deuil qui les frappait autant l'un que l'autre, ils étaient là en chefs d'entreprise et non en enfants détruits par la mort d'un père. Lia s'assit avec précaution sur une moitié du canapé et après avoir refermé la porte, le coréen fit de même.  

J – Bien... Comme vous le savez, je suis l'exécuteur testamentaire de Nobu Tanaka. Au vu de l'amitié qui nous unissait et nous unit, j'ai préféré faire le déplacement pour la lecture testamentaire autant que les funérailles de Nobu. Mais si vous le souhaitez, nous pouvons repousser cette entrevue et se retrouver à New York.

Lia lui lança un regard acerbe, répliquant sèchement.

L – Maintenant que l'on est tous là, je pense que ce ne sera pas nécessaire de se retrouver à New York.
J – Bien. Je préférais simplement m'en assurer.

Ils échangèrent un regard poli et James ouvrit un porte document, en sortant la version originale et manuscrite du testament de Nobu. Kwaïgon ne disait rien, observant avec attention. James ne tarda pas à reprendre la parole cependant.

J – Vous êtes les deux légataires universels de Mr Tanaka. Vous héritez à parts égales de ses biens, en terme financier. Vous devenez tout deux co-leader du clan Tanaka. Kwaïgon, tu hérite de tout ses biens immobiliers et Lia, de tout ses actifs et placements financiers. Vous recevez également tout deux l'argent contenu sur un compte bloqué vous étant destiné.

Il marqua une pause et Lia comme Kwaïgon acquiescèrent doucement pour signifier qu'ils avaient bien comprit. L'américain reprit donc la parole.

J – Il y a simplement quelques conditions à cela. Vous ne pourrez toucher cet héritage qu'en respectant quelques clauses décidés par Nobu.

De nouveau, l'américain marqua une pause. Kwaïgon savait à peut près de quoi il s'agissait pour les biens qui lui revenaient, en revanche, Lia ne savait rien et elle se montra tout de suite suspicieuse.

L – Quelles sont-elles ?

James échangea un regard avec chacun d'eux avant de se fixer sur le coréen.

J – Pour Kwaïgon, tout les biens dont il hérite ne peuvent ni être vendu, ni entrer dans la communauté de son mariage.

L'américain tourne la tête vers Lia après que le coréen eut brièvement hoché de la tête.

J – Pour toi Lia, les actifs ne peuvent ni être vendu ni être cédé ou donné à un tiers.
L – Très bien...
J – Et enfin pour tout les deux... Vous êtes les deux seuls et uniques co-leader du clan. Personne ne peut prendre cette charge à part vous et vous ne pouvez nommer personne d'autre, hormis si l'un de vous décède, dans ce cas, un remplaçant pourra être nommer par vos soins.

Il se tut et un instant de silence les engloba. Lia et Kwaïgon échangèrent un regard, s'assurant qu'ils avaient l'un comme l'autre comprit ce que cela engendrait avant que le coréen ne se tourne vers James et demande :

K – Donc Calum perd son statut de co-leader ?
J – Oui. Vous pouvez nommer des gens pour vous aider dans la gestion, mais vous êtes seuls tout en haut de l'organigramme.

Le coréen sentie monter en lui une vague de colère. Il avait osé. Après tout ce qu'ils avaient vécu, après tout ce que Calum avait fait pour lui... Le coréen se sentait trahit. Il s'était assuré que Calum pourrait avoir plus d'importance au sein du clan, il avait obtenu son statut de co-leader en même temps que la retraite de Nobu et voilà que tout cela partait en fumée. C'était comme si toutes ses promesses et ses paroles n'étaient que mensonge. Nobu l'avait mené en bateau. Au final, il obtenait ce qu'il voulait. Deux Ono à la tête du clan... Et même s'il n'était pas marié à Lia, c'était tout comme dans l'esprit des gens... Lia l'avait comprit elle aussi. Mais ils restèrent stoïques et fiers. Après un dernier échange de regard, elle se tourna vers James, plus déterminée que jamais.

L – Où est-ce qu'on signe ?

***

James était resté discuter un peu avec Misako et Calum avant de prendre congé juste avant le déjeuner. Sans qu'il ne sache trop pourquoi, l'ambiance dans la maison était plus légère, moins tendue. Pour l'instant, ils avaient décidé de ne rien dire à Calum et Misako sur ce que contenait le testament. Le coréen ne s'était pas encore séparé de son masque et c'est avec un regard un peu sévère qu'il rejoignit Yennefer. Glissant les mains dans ses poches, il se posta à côté d'elle, sans chercher plus de contact. Il ne sut pas vraiment comment engager la conversation et resta silencieux quelques longues secondes, l'observant avec attention, cherchant d'abord à lire sur ses traits la réponse à la question qu'il fini par poser tout haut.

K – Comment te sens tu ?

Elle tourna la tête vers lui, se perdant un instant dans l'observation de la tenue de son mari. Il possédait ce charme des patrons, mais il manquait l'éclat qu'elle aimait tant chez lui et qui l'aurait rendu plus désirable à ses yeux. Au fur et à mesure des jours, elle le voyait changer sans pouvoir y faire quelque chose. Et cela l'inquiétait énormément.

Y – Je sais qui est mon père, un véritable connard de ce que j'ai entendu...
K – Oui... En effet...

Il acquiesça légèrement avec un soupir. Elle détourna le regard en soupirant lourdement avant de poursuivre.

Y – Mais je n'arrive pas à savoir si je suis contente, soulagée, en colère, triste, déçue... Et je ne sais pas comment réagir vis à vis de ma mère.
K – Elle a fait ça pour te protéger. Et connaissant Kyoshi, elle a bien fait.

Elle s'approcha de lui, afin de se blottir contre son torse en enroulant les bras avec une certaine force. Elle ferma les yeux, respirant son odeur et écoutant le battement de son cœur. Il la laissa faire mais mit un certain avant de sortir une main de sa poche et la poser sur sa tête, passant les doigts dans ses cheveux.

Y – On rentre quand ?

Est-ce que partir ne serait pas la solution pour retrouver l'homme qu'elle a épousé ? Reprendre une vie loin de ce souvenir, de cette disparition ? Cependant, elle se doutait qu'il ne pourrait pas partir aussi facilement que ça... Il avait des affaires à gérer. Il soupira avant de répondre. Il y avait déjà réfléchi.

K – Toi, dans quelques jours.

Il avait dit cela d'un ton ferme, qui se radoucit quand il prit une inspiration pour poursuivre.

K – Il y a quarante neuf jours de rites funéraires avant que l'on puisse mettre l'urne de Nobu dans la crypte des Tanaka. Et il faut que je trouve quelqu'un pour aider Lia à gérer le clan d'ici. Je ne peux pourrais pas tout faire depuis le Haras.

Même si Lia pouvait finalement mener les rites seules, il préférait être là, au moins au début. Quitte à refaire le voyage au Japon au moment de la mise en crypte...

Y – Quarante neuf jours... Marmonna-t-elle du bout des lèvres.

Elle leva la tête vers lui, posant tendrement la paume de sa main sur sa joue.

Y – Tu as intérêt à revenir me rejoindre, où je viendrais te chercher...

Elle acceptait qu'il doit rester au pays pour s'occuper de la nouvelle organisation, elle acceptait de ressentir le manque de son époux à ses côtés. Mais elle avait du mal à ne pas s’inquiéter qu'il finisse un jour par l'abandonner, surtout avec une telle perte, une telle révélation sur ses origines. Malgré les paroles de Calum, elle n'arrive pas à faire taire ses pensées qui lui chuchotait que sa simple présence lui rappellerait de mauvais souvenirs. Il acquiesça, sans pour autant répondre à sa remarque. Que pouvait-il dire de toute façon ? Il rentrerait au Haras, sans doute... Il ne savait simplement pas quand...


J'ai 1 610 lignes
Utilisation d'un résumé x2 de Louna !
Des points pour Yen !
Merciiii ! ^^

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