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Episode 04 ; Travail et doutes

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Ven 10 Oct - 9:58

Travail et doutes



L'air calme de septembre enflait ses cheveux détachés. Les bras appuyés sur la barrière, assise sur une chaise sur le bord de la carrière, le menton sur ses avant-bras, Myriam regardait en silence le travail du cheval et du cavalier dans la carrière. Son pull large et léger, crème, se plaquait doucement sur son ventre de plus en plus rond à chaque souffle de brise. Les jambes croisées sous sa chaise, elle attendait, sage. Dans la carrière, l'étalon double pearl s'appliquait sous les demandes de son cavalier. Liam, en selle, était enfermé dans sa bulle, comme à chaque fois qu'il montait seul. Plus rien d'autre que son cheval n'existait pour lui à cet instant de sa vie. Elle aurait pu faire un malaise, qu'il ne l'aurait même pas vu tant que son exercice était en cours. La jeune femme regardait et apprenait.

Le couple était beau en tant que tel. Harmonieux. Le cavalier donnait l'impression de ne bouger qu'à peine sur sa selle, alors qu'il était sans arrêt en mouvement. Sous lui, le lusitanien croisait les jambes, ou allait en avant, selon ce qu'il lui était demandé. L'encolure arquée, les oreilles couchées sur sa nuque, attentif à son cavalier, et soumis. Seul sa queue fouettait parfois l'air, faisant écho à son souffle pour battre la mesure, donner un rythme. Liam était silencieux. Il ne parlait pas à son cheval lors de répétitions de dressage comme celle là. Il répétait inlassablement un court répertoire de reprises de sa création, et en cherchait les failles. Il n'abandonnait jamais et demandait toujours plus d'application, toujours plus de perfection. Tendre vers l'excellence... Cela avait toujours été son mot d'ordre...

Piaffer. Le trot qui se raccourcit, pour faire un presque sur place. Le temps se suspens alors que le cavalier garde les yeux rivés sur la nuque de son cheval. Ses lèvres remuent mais il n'en sort aucun son. Il compte les pas, ressent chaque foulée et corrige selon ses sensations. Call renâcle pour avoir loupé un pas. Mais il est comme son cavalier, têtu. La jeune femme se demande même comment ils ont fait tous les deux pour si bien s'entendre. Deux fortes têtes de ce genre ne terminent que peu ensemble, dans une aussi belle harmonie. Mais eux si. Liam sera-t-il aussi appliqué lorsqu'il sera père ? Sera-t-il aussi attentionné qu'il ne l'est avec ses chevaux ? Les relations qu'il entretient avec le genre humain sont pourtant différentes de celles qu'il a avec ses équidés. La demoiselle devrait-elle avoir peur ? C'est ce qu'elle se demande... Quel genre de père il peut être...

Reprise du trot. Toujours aussi raccourcit mais relevé. Le passage. Call en serait presque au trot espagnol. Mais il se contient. Au bout de la ligne, le couple bifurque à droite sur la piste. Ils passent l'angle et galop. Un galop court, relevé. Même attitude qu'au trot, mais avec l'allure supérieure. Au milieu du grand côté, doublé dans la largeur et en x, pirouette. Le cheval pivote sur ses postérieurs par quart de cercle. Puis après avoir fait demi tour, il reprend le chemin de la piste, en revenant sur ses pas. Puis ils rejoignent de nouveau le petit côté et le cavalier demande un cercle. Vaste, de vingt mètre. Il maintient cette allure courte, presque sur place. Call souffle fort, la transpiration tâche ses flancs et son encolure. Mais il n'abandonne pas. L'écume colore ses lèvres de blanc et humidifie sa robe. Mais il n'y prend pas garde. De nouveau une pirouette à l'inverse de la première, au même endroit. Puis arrêt, net, face au jury imaginaire. Cheval et cavalier sont immobiles durant quelques secondes, avant que le lusitanien ne face quelques pas de reculer.

L'arrêt de nouveau, l'immobilité parfaite. Ils pourraient rester ainsi presque des heures s'ils le voulaient. Les sabots parfaitement alignés, le reste du corps également. La queue flottant doucement au vent faible. Ils sont beaux tout de même, "ses hommes". Puis le cavalier lâche tout doucement ses rênes. Le temps reprend son cours et s'accélère. L'étalon baisse la tête et remet les oreilles en avant. Il sait que le travail est terminé. Le cavalier se penche sur son encolure et l'englobe de ses bras, grattant de ses mains les deux côtés de l'encolure musclée. L'étalon prend le pas de lui-même, l'encolure basse. C'est sa meilleure récompense, que son cavalier ne recommence pas la reprise. Cela veut dire qu'il a tout bien exécuté.

Enfin, le regard du cavalier croise celui de la demoiselle. Il lui sourit et elle répond faiblement, en relevant la tête. Elle se lève finalement et ouvre la porte de la carrière. Elle se sent lasse et fatiguée. La grossesse ? Peut-être oui. Mais aussi autre chose. Ces questions qui la tourmente et auxquelles elle ne trouve pas de réponse. Des problèmes auxquels elle n'avait pas pensé jusque là, mais qui la décourage et la font douter...

Liam — Merci !

Le cavalier lui sourit et saute à terre pour venir l'embrasser. Call en profite pour se secouer allègrement, du bout du nez jusqu'au bout de la queue. La demoiselle sourit faiblement et se tourne vers les écuries. Il est tant de rentrer, les autres sont déjà parti déjeuner. Elle a faim, mais elle le sait, le cavalier a encore du travail avec sa monture.

Liam — T'es sûre que ça va ?
Myriam — Oui... Je... Je suis fatiguée. Je vais aller au club-house en attendant.
Liam — D'accord. Mais t'es pas obligé de m'attendre pour déjeuner, tu peux manger avec les autres si tu veux.
Myriam — Non ça va, je t'attends.
Liam — Très bien. À tout de suite alors.

Il l'embrasse sur le front et sourit. Ils se séparent. L'un va vers les écuries, alors que l'autre prend le chemin de la maison...

***
La demoiselle attendait patiemment dans le club-house. Les autres étaient parti depuis longtemps déjeuner. Le cours de Logan de ce matin avait duré jusqu'à onze heure et demi et Liam s'était mit en selle à midi. Une heure et demi après, la blondinette avait faim et les autres en devait déjà être au dessert. Elle soupira, soudain reprise par les doutes qui l'avaient tourmenté le matin même. Un certain malaise l'habitait et elle était incapable de dire pourquoi. Elle ne savait plus à vrai dire. Elle ne savait plus si elle avait fait les bons choix. Elle était follement amoureuse de Liam, cela, personne ne pouvait le lui enlever. Mais est-ce qu'elle avait bien fait de garder ce bébé ? Si tôt dans leur relation... Elle voyait mal Liam s'occuper d'un enfant. Il était trop dans son élevage pour s'occuper d'autre chose. Déjà qu'il se négligeait lui-même par certains moment, comment gérerait-il un bébé ? Et elle ? Comment ferait-elle si elle se retrouvait seule ? Elle savait que Liam l'aimait aussi, mais il ne lui prouvait que peu et elle avait besoin qu'il le lui prouve.

Certes, ils ne se disputaient presque pas. Liam n'était pas du genre à élever la voix de toute façon. Il préférait feindre l'ignorance plutôt que se confronter au problème et crier un bon coup. Et ce comportement la frustrait plus qu'autre chose. Elle avait l'impression qu'il y avait des non-dits, qui la gênait beaucoup... Elle soupira de nouveau, le regard perdu sur le paysage. Elle ne fit même pas attention à la silhouette de sa moitié se dessiner dans le coin de ce paysage, marchant à vive allure vers la porte. Il regardait le sol et à ses pieds, Légolas sautillait comme un joyeux gardon. Le chien du moniteur de CSO ne lâchait plus Liam depuis qu'il l'avait vu. Au grand désespoir de son maître.

Peu de temps après, la porte s'ouvrit sur Liam et le berger australien qui donna un aboiement de joie. Myriam tourna alors la tête vers le cavalier. Il lui sourit la poignée de la porte encore dans la main.

Myriam — T'as fini avec tes chevaux ?

Son ton avait été un peu sec, dépeignant son état psychologique du moment. Le sourire de Liam disparu, et même Légolas ne moufta plus. Le cavalier soupira doucement et se pencha sur le berger australien.

Liam — Il est où le maître ? Va chercher le maître ! Aller va !

Le chien émit un couinement et détala au dehors, à la recherche de Logan. Il releva la tête vers elle, avec une certaine lassitude, ce qui pinça le coeur de la demoiselle. Elle regrettait un peu son ton. Elle n'aimait pas le voir ainsi et elle savait bien que les minutes qui allaient suivre allaient être silencieuses pour le cavalier.

Liam — J'ai fini avec Call. Walig et Ezra s'occuperont des autres dans l'après-midi. Tu veux rentrer au bungalow ?

Le ton neutre de celui qui se referme comme une huître. Elle hocha doucement de la tête sans dire un mot, la gorge nouée. Elle détestait ce genre de situation...

***
Le voyage jusqu'au bungalow avait été des plus silencieux. Liam se concentrait sur la route tandis que Myriam gambergeait encore, en essayant de se calmer et retenir ses larmes. C'est qu'avec sa grossesse elle était aussi très à fleur de peau et lunatique. Un effet secondaire indésirable sans doute. Liam encaissait sans rien dire, bien que certains moments, comme celui-ci, lui pèse un peu.

À peine la voiture garée que le conducteur en sortait et se dirigeait vers la porte d'entrée. Il n'y avait aucun doute, il faisait la tête. Plus précisément, il était vexé. Myriam soupira et suivit le mouvement en sortant du véhicule. En entrant, un courant d'air lui fit échapper la porte des mains et celle-ci claqua. Même si elle ne voulait pas d'une telle chose, ce fut un bon point de départ. Liam sursauta et se retourna vivement. L'air étonné qu'il portait au départ se mua rapidement en un regard colérique.

Liam — Bon, qu'est-ce qu'il se passe ? Qu'est-ce que j'ai encore fait pour que tu me fasse la gueule ?!

Il n'avait pas crié. Mais élevé un peu le ton. Il était sec dans ses mots et ses gestes, crispé d'une certaine colère. Frustré aussi de ne pas comprendre. Myriam le foudroya du regard et croisa les bras sous sa poitrine, serrant les dent de colère elle aussi. Il était certain qu'ils n'avanceraient pas beaucoup en restant planté là l'un devant l'autre mais pour l'instant, ils ne savaient faire que ça. Finalement, au bout d'une longue minute de silence à se détester du regard, c'est Myriam qui explosa.

Myriam — Rien justement ! Tu ne fais rien ! J'ai l'impression de ne plus exister à tes yeux !
Liam — Quoi ?!

L'incompréhension la plus totale se lisait sur son visage. Certes, elle exagérait un peu, mais c'était fait exprès.

Myriam — Il n'y en a que pour tes chevaux et l'équipe ! Je suis fatiguée de devoir sans arrêt faire la navette pour vous regarder vous amusez ! »
Liam — C'est un projet qui me tiens à coeur ! Et oui, mes chevaux compte beaucoup pour moi ! Tu le savais dès le départ ! Je ne peux pas les délaisser ni laisser les autres s'en occuper indéfiniment. Se sont mes chevaux et j'en ai la responsabilité ! Et si tu ne monte pas, c'est parce que c'est toi qui l'a décidé ! Si tu ne veux plus venir au club, et bien ne viens plus.
Myriam — Et moi je ne te tiens pas à coeur ? Tu crois que tu n'as aucune responsabilité aussi dans notre couple ? Je l'ai décidé... Tu préférerais peut-être que je ne sois pas enceinte ?!
Liam — Je n'ai pas dit ça ! Et pourquoi ça te pose problème maintenant ? Ça ne te posais pas de problème à Full Horse !
Myriam — Et bien maintenant oui !

L'éleveur leva les yeux au ciel en posant les mains sur ses hanches. Il soupira, cherchant à se calmer. Il n'aimait pas ces débats sans fin, où il ne comprenait rien. Il regarda enfin Myriam un instant et se détourna, en allant vers la cuisine. Tout cela le dépassait un peu.

Liam — Et bien vivement qu'on y retourne alors...

La demoiselle resta un instant là, immobile. Elle souffla quelque chose pour elle-même, sans que personne ne l'entende. Puis répéta, plus fort.

Myriam — Non. Je ne veux pas y retourner.

Liam se figea et porta la main à sa poitrine. Un pincement au coeur l'arrêta net. Il fit volte face pour de nouveau croiser le regard de la demoiselle. Les yeux écarquillés d'étonnement.

Liam — Comment ça ? Mais et... Et l'équipe ? Et les chevaux ?
Myriam — Et notre enfant ?!
Liam — ...
Myriam — Qu'est-ce que tu crois ?! Qu'un bébé ça peut voyager comme ça ? Qu'il suivra les déplacements du Haras ?
Liam — Ben il...
Myriam — Ben il quoi !? Je ne veux pas qu'il subisse une vie nomade comme ça. Je veux qu'il aille à l'école, qu'il se fasse des copains. Qu'il ait une vie normale.
Liam — ...

L'éleveur ne répondit pas. A vrai dire, il ne savait pas quoi répondre. Il ne s'attendait pas du tout à cela. D'ordinaire, quand Myriam avait des doutes, il savait la rassurer. Il la prenait dans ses bras, lui parlait. Mais là... Il tombait des nues. Il ne trouvait pas les mots pour la rassurer et pas la force pour la câliner. Avec de tels doutes, elle mettait en cause le projet de l'équipe et beaucoup d'autres choses. Son regard se voila, une chape de tristesse lui tomba dessus. Les épaules de l'éleveur s'affaissèrent, ses bras tombèrent le long de son corps. Le regard vague, il avança lentement vers la baie vitrée du salon et l'ouvrit. Il allait sortir quand la voix penaude de Myriam le stoppa dans son geste.

Myriam — Où est-ce que tu vas ?
Liam — J'ai besoin de réfléchir.

Il passa la baie et referma la vitre, laissant la jeune femme seule. Tout cela n'augurait rien de très bon...

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